// analyse
L’argent d’Epstein, 4/4 : le dernier grand livre
Garanties de lectureDatée, sourcée, sans tracker
Niveaux de preuveProfondeur 2 : référence · 3 niveaux détectés
Sommaire et notions12 étapes · 2 notions
Analyse complète
À la fin de juin 2024, la succession de Jeffrey Epstein ne possède plus que 2,19 millions de dollars en cash. Elle a vendu presque toutes ses propriétés, versé plus de 121 millions au programme d’indemnisation, conclu d’autres accords avec des victimes et payé l’essentiel d’un règlement à neuf chiffres aux Îles Vierges américaines. Selon les informations de presse disponibles, le fisc américain lui rend ensuite environ 111,6 millions. Trois mois plus tard, son actif remonte à 145,08 millions.
Ce remboursement transforme l’épilogue. Une fortune promise à l’épuisement redevient une succession à neuf chiffres. Au 30 juin 2026, le dernier compte trimestriel disponible affiche encore 107 644 728,02 dollars d’actif brut. En face, 22,5 millions restent comptabilisés pour un accord collectif avec des victimes et 4,5 millions d’honoraires professionnels sont dus. D’autres demandes, les droits de succession et d’éventuelles taxes sur les donations restent indiqués comme inconnus ou à déterminer.
L’histoire ne tient donc pas dans une soustraction entre 577,7 millions en 2019 et 107,6 millions en 2026. Le premier chiffre est un inventaire estimatif. Le second mélange cash, créances et sociétés privées valorisées pour partie à leur niveau d’août 2019. Entre les deux, les mêmes dollars ont parfois été vendus, taxés, prêtés, remboursés et comptés sous une nouvelle forme.
Ce dernier volet suit la caisse sans la prendre pour la fortune. Après les origines documentées et les trous du patrimoine, ce que les banques ont laissé passer et le portefeuille Highbridge, Valar, Apollo et ESW, voici le compte de sortie.
Le départ à 577,7 millions
La pétition d’ouverture de la succession déposée le 15 août 2019 énumère 577 672 654 dollars de biens personnels et successoraux. Elle compte 56,55 millions de cash, 14,30 millions de titres à revenu fixe, 112,68 millions d’actions, 18,55 millions d’avions, voitures et bateaux, et 194,99 millions de hedge funds et de private equity. Les œuvres d’art restent « TBD », sans valeur incluse.
Les six propriétés totalisent 180 603 063 dollars dans la pièce primaire : New York 55,93 millions, Zorro Ranch 17,25 millions, Palm Beach 12,38 millions, Paris 8,67 millions, Great St. James 22,50 millions et Little St. James 63,87 millions. Le chiffre de 117 millions souvent repris dans la presse correspond à peu près à l’immobilier hors Little St. James. Il ne faut pas le substituer au sous-total complet de la pétition.
La note de bas de page est décisive. Les montants doivent encore être expertisés et actualisés à la date du décès. Le document ressemble à une photographie prise avant inventaire physique, fiscalité finale et liquidation des actifs privés. Il fixe un point de départ, pas un prix de sortie.
Les maisons deviennent du cash, puis le cash repart
La liquidation immobilière offre une narration séduisante : six biens, six ventes, un total. Les pièces publiques résistent à cette simplicité.
Palm Beach est vendu 18,5 millions de dollars en 2021. La maison de la 71e Rue à Manhattan part pour 51 millions. La résidence parisienne est cédée le 29 juin 2022 pour environ 10,4 millions selon les prix rapportés. Little et Great St. James sont vendues ensemble pour environ 60 millions en mai 2023. Le ranch du Nouveau-Mexique trouve un acheteur en août 2023, mais son prix n’est pas public dans cet État.
Le sous-total des prix connus atteint donc 139,9 millions de dollars, auquel s’ajoute un prix inconnu pour Zorro Ranch. Forbes a reconstitué les ventes et leurs dates, tandis que le onzième compte trimestriel confirme la vente de Paris et précise que le produit net restait alors chez le notaire français.
Les prix publics sont des prix bruts. La caisse finale absorbe les commissions, frais, impôts, créanciers et transferts liés aux indemnisations. La moitié du produit net de Little St. James revient aux Îles Vierges en vertu de l’accord de 2022. Les déclarations de clôture, ou closing statements, ne sont pas publiques pour l’ensemble des biens. Toute estimation unique de « ce que la succession a gardé » mêle donc chiffres publiés et hypothèses.
La première file d’attente : les victimes
L’Epstein Victims’ Compensation Program a fonctionné entre 2020 et 2021 sous l’administration indépendante de Jordana Feldman. Le dix-septième compte de la succession inscrit 121 127 339,05 dollars sous le libellé « claims and other amounts paid pursuant to the EVCP ». La qualification compte : le dépôt ne présente pas chaque dollar comme une indemnité nette reçue par une victime. Il agrège les demandes et d’autres montants du programme.
Les accords conclus hors EVCP forment une deuxième ligne. Le même dix-septième compte donne un cumul de 34,23 millions au 31 décembre 2023. Les comptes suivants ajoutent 75 000 dollars au deuxième trimestre 2024, 8 344 610,90 au troisième, 1,275 million au quatrième, 1,675 million au deuxième trimestre 2025 et 3 millions au quatrième. Total reconstitué à fin 2025 : 48 599 610,90 dollars. L’arrondi de 49 millions publié par Reuters est cohérent avec ce grand livre.
Une troisième ligne s’ouvre en 2026 dans Ward v. Indyke. L’accord daté du 19 février prévoit 35 millions si le fonds compte au moins quarante membres éligibles, 25 millions en dessous de ce seuil. La succession doit déposer 12,5 millions dans un compte qualifié après l’approbation préliminaire, puis le solde après l’approbation finale et la détermination du nombre de personnes éligibles. Indyke et Kahn contestent les allégations et l’accord ne constitue aucune admission de faute ou de responsabilité.
Les comptes de succession s’emboîtent exactement dans la branche à 35 millions : 10 millions versés au premier trimestre, 2,5 millions au deuxième, 22,5 millions encore dus au 30 juin. Ces 12,5 millions sont un transfert vers le Qualified Settlement Account, pas la preuve d’une distribution déjà effectuée aux membres du groupe. Le fonds reste sous la juridiction du tribunal. L’audience de règlement est programmée au 16 septembre 2026.
L’avis public ajoute une retenue possible : les avocats du groupe demanderont jusqu’à 30 % du montant global, plus jusqu’à 1 million de frais, sous réserve de la décision du juge. Le montant net attribuable aux membres sera donc inférieur au montant global si la cour accorde tout ou partie de ces demandes.
Les Îles Vierges : 117,28 millions, pas 105 plus 80
L’accord annoncé par le ministère de la Justice des Îles Vierges le 30 novembre 2022 prévoit 105 millions de cash, 450 000 dollars pour réparer les dommages environnementaux autour de Great St. James et la moitié du produit de Little St. James.
Le communiqué précise aussi que plus de 80 millions d’avantages fiscaux liés au programme de développement économique reviennent au territoire. Ces 80 millions sont compris dans les 105 millions de cash. Les additionner produirait un faux règlement de 185 millions avant même la vente des îles.
Le dix-septième compte ferme la séquence à 117 282 494,01 dollars versés au 31 décembre 2023. Après déduction des 105 millions, des 450 000 dollars environnementaux et de 456 245,01 dollars d’intérêt final, la part attribuable au produit net de Little St. James ressort à 11 376 249 dollars. Ce montant est dérivé par soustraction, pas libellé ainsi sur la page de couverture.
La succession a emprunté 30 millions à 9 % pour financer une partie de l’accord. Le vingtième compte enregistre son remboursement le 12 août 2024 : 31 768 611,14 dollars, principal et intérêts. Ce paiement appartient à la dette de financement. Le compter une seconde fois comme indemnisation gonflerait encore le coût apparent.
Le chèque qui ressuscite la succession
Le même vingtième compte explique le bond de l’été 2024. Entre le 30 juin et le 30 septembre, l’actif total passe de 84,44 à 145,08 millions. La rubrique « income collected and other increases » inscrit 112 015 145,16 dollars. Le formulaire public ne ventile pas cette ligne en un remboursement fiscal précis.
Les reportages du New York Times, repris avec les montants par le New York Post et Forbes, identifient 111,6 millions de remboursement IRS. Ils le relient à environ 190 millions de droits successoraux versés en juillet 2020, calculés avant que certains actifs, notamment l’immobilier, ne se vendent moins cher que prévu.
Le tribunal publie 112 015 145,16 dollars d’augmentations au troisième trimestre 2024 ; la presse identifie 111,6 millions de cette hausse comme remboursement fiscal. La déclaration Form 706, l’avis IRS et le calcul détaillé du remboursement ne figurent pas parmi les pièces publiques examinées.
Ce remboursement ressemble moins à un gain qu’au retour tardif d’une avance excessive. La succession avait transformé une valorisation en impôt avant de connaître le prix final de ses actifs. Quand les ventes ont déçu ces hypothèses, l’État fédéral a rendu une partie du trop-versé. Le cash réapparaît en 2024, mais sa cause économique remonte à 2020.
Le dernier bilan contient encore du passé
Le vingt-septième compte, daté du 30 juillet et inscrit au rôle le 31 juillet 2026, donne la photographie la plus récente, arrêtée au 30 juin :
- cash : 25 704 907,99 dollars ;
- bijoux et montres : 4 055 dollars ;
- prêts à recevoir : 3 432 264 dollars ;
- sociétés détenues par Epstein : 78 503 501,04 dollars ;
- total publié : 107 644 728,02 dollars.
Une addition des quatre composantes donne 107 644 728,03 dollars. Le dépôt affiche un cent de moins. L’écart est insignifiant économiquement et révélateur méthodologiquement : la pièce primaire reste publiée telle quelle, avec son anomalie, plutôt que réparée sans note.
Le vrai problème d’échelle se trouve ailleurs. Les 78,50 millions de sociétés privées sont encore fondés sur des expertises à la date du décès, selon les notes du compte. En mars 2026, le co-exécuteur Darren Indyke a évoqué devant la commission de contrôle de la Chambre environ 172 millions pour les seuls intérêts Valar, tout en soulignant leur caractère non réalisé et leur durée incertaine.
Cette estimation ne s’ajoute pas au bilan. Valar se trouve déjà à l’intérieur des entités détenues par la succession. La bonne question porte sur l’ajustement éventuel de leur valeur ancienne, pas sur 107,6 + 172. Faute d’état LP récent et audité, cet ajustement demeure inconnu.
La salle d’attente du 1953 Trust
Epstein signe son testament et amende le 1953 Trust le 8 août 2019, deux jours avant sa mort. Le testament déposé aux Îles Vierges verse le résidu au trust. Il accorde aussi à Darren Indyke et Richard Kahn 250 000 dollars chacun pour leur fonction d’exécuteur, payables après l’achèvement de l’homologation, sans autre rémunération d’exécuteur hormis le remboursement de frais raisonnables.
La copie du trust publiée par le ministère américain de la Justice, EFTA01266204, raconte une tout autre échelle. Les dettes, dépenses d’administration et impôts passent d’abord. Ensuite viennent trois legs prioritaires :
- 50 millions de cash à Karyna Shuliak, plus l’achat d’une rente de 50 millions ;
- 50 millions à Darren Indyke ;
- 25 millions à Richard Kahn.
Ces trois rangs représentent 175 millions de dollars nominaux, avant les legs 4 à 41. Le trust prévoit que les legs suivants sont payés dans l’ordre et deviennent caducs si les actifs manquent. Il constitue aussi des réserves nominales, notamment 50 millions pour des demandes contre les actifs et 10 millions pour les contestations du testament ou du trust.
Shuliak devait en outre recevoir les six propriétés, certains biens mobiliers et des diamants. Les six propriétés ont été vendues avant le financement final du trust. Le texte public ne suffit pas à décider quel actif de remplacement, s’il en existe un, lui reviendrait après ces ventes. Cette question relève de l’administration successorale et du droit applicable, pas d’une simple équivalence entre prix de vente et legs.
Les 250 000 dollars de rémunération d’exécuteur et les legs de 50 et 25 millions à Indyke et Kahn sont deux choses distinctes. Les premiers rémunèrent une fonction une fois l’homologation achevée. Les seconds dépendent du trust, de son ordre de priorité et de ce qui restera. Aucun compte examiné ne documente encore de distribution à ses bénéficiaires.
Où est passé l’argent ?
La succession a produit trois grandes sorties documentées : 121,127 millions dans le cadre de l’EVCP, 48,600 millions d’accords hors EVCP jusqu’à fin 2025 et 117,282 millions versés aux Îles Vierges. Elle a ensuite transféré 12,5 millions au compte du règlement collectif 2026, avec 22,5 millions encore inscrits à payer. Ces catégories ne forment toujours pas un « coût total » parfaitement homogène : l’EVCP inclut « claims and other amounts », et le dépôt collectif attend encore sa distribution.
Les règlements de JPMorgan et Deutsche Bank appartiennent à une autre comptabilité. Ces banques ont payé leurs propres accords. Leur argent n’est pas sorti de la succession. Les réunir avec les paiements ci-dessus montrerait l’ensemble des réparations autour de l’affaire Epstein, pas le chemin de ses 577,7 millions.
Les maisons ont fourni du cash, mais les prix nets manquent. Les impôts ont aspiré environ 190 millions en 2020 selon les reportages, puis rendu 111,6 millions en 2024. Le prêt de 30 millions a permis un paiement au territoire, avant de coûter 31,769 millions au remboursement. Les actifs Valar restent enfermés dans des fonds privés dont la valeur finale peut diverger fortement de leur inscription historique.
Le dernier grand livre aboutit ainsi à une réponse moins théâtrale et plus utile. Au 30 juin 2026, 107,645 millions d’actif brut sont publiés. Au moins 27 millions de passifs sont chiffrés. D’autres claims et taxes restent ouverts. La majorité de la valeur comptable demeure dans des sociétés privées. Les bénéficiaires du 1953 Trust attendent derrière cette file.
La fortune d’Epstein n’a pas disparu dans un unique trou noir. Elle s’est fragmentée entre victimes, territoire, fisc, créanciers, professionnels et actifs illiquides. La partie qui pourrait finir en héritage reste la variable résiduelle de cette équation, pas son point de départ.
Ce que les comptes permettent de dire
Les montants cités ici sont distingués selon leur origine : pièce primaire, information rapportée, calcul dérivé ou donnée inconnue. Les comptes trimestriels 17 à 27 sont rapprochés de l’inventaire probate, de l’accord USVI, du règlement collectif 2026, du testament et du 1953 Trust. Les prix immobiliers rapportés ne sont jamais transformés en produits nets. Les estimations Valar ne sont jamais ajoutées au bilan qui les contient déjà.
Les documents dessinent une trajectoire cohérente : l’inventaire de 2019, les ventes rendues publiques, le règlement avec les Îles Vierges, les accords hors EVCP, le règlement collectif et les trois premiers legs se recoupent. Ils ne livrent pas pour autant un solde final clé en main. Le bilan du 30 juin 2026 conserve même un écart d’un cent entre ses composantes et son total. Ce centime ne change pas l’économie de la succession ; il rappelle que les comptes doivent être lus tels qu’ils sont publiés, non ajustés en silence. La déclaration Form 706 et l’avis IRS, les déclarations de clôture immobilières, le prix de Zorro Ranch, des états Valar récents, les honoraires professionnels cumulés, les taxes finales, les autres demandes et d’éventuelles distributions du trust ne sont pas publics dans les pièces examinées.
Lire la version anglaise.
Sources principales
- Pétition d’ouverture de la succession, 15 août 2019, Superior Court of the Virgin Islands, ST-2019-PB-00080.
- Vingt-septième compte trimestriel, arrêté au 30 juin 2026, daté du 30 juillet et inscrit au rôle le 31 juillet 2026.
- Vingtième compte trimestriel, arrêté au 30 septembre 2024, remboursement du prêt et ligne de 112,015 millions.
- Dix-septième compte trimestriel complet, arrêté au 31 décembre 2023, montants EVCP et USVI.
- USVI DOJ, accord avec la succession et les co-défendeurs, 30 novembre 2022.
- Ward v. Indyke, documents du règlement collectif et calendrier officiel, consultés le 7 août 2026.
- Testament de Jeffrey Epstein et 1953 Trust, EFTA01266204.
- U.S. House Oversight Committee, dépositions de Richard Kahn et Darren Indyke, mars 2026.
- Reuters, accord collectif pouvant atteindre 35 millions, 20 février 2026.
- Forbes, reconstitution des ventes immobilières, 22 juillet 2025.
- New York Post, montant et origine rapportés du remboursement fiscal, 15 janvier 2025.
Limites
Les couvertures des comptes trimestriels publient des stocks et plusieurs catégories de mouvements, sans produire à elles seules un tableau consolidé de tous les flux depuis 2019. Les 111,6 millions de remboursement IRS et les quelque 190 millions payés en 2020 sont des montants rapportés ; la ligne primaire du troisième trimestre 2024 est plus large, à 112 015 145,16 dollars. Les prix immobiliers sont bruts et le prix de Zorro Ranch reste inconnu. Les 172 millions de Valar proviennent d’une estimation orale, non d’un relevé audité ou d’une liquidation. Les passifs fiscaux et certaines demandes restent à déterminer. Informations examinées jusqu’au 7 août 2026.
Cet article ne constitue en aucun cas un conseil en investissement.
// historique des révisions
- publication
- révision
Les corrections substantielles suivent la politique de correction et sont consignées dans le changelog éditorial.
$ cd ..