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L’argent d’Epstein, 1/4 : la fortune sans grand livre
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Analyse complète
La fortune de Jeffrey Epstein est souvent décrite comme un mystère. Ce n’est pas tout à fait exact. Une partie de ses revenus, de ses actifs et de ses transferts est désormais documentée. Le vrai problème est ailleurs : les pièces publiques ne forment jamais un grand livre continu. Elles superposent des salaires, des honoraires, des prêts, des restitutions et des estimations patrimoniales dont les périmètres ne coïncident pas.
Au moment de sa mort, en août 2019, Jeffrey Epstein déclarait une fortune supérieure à 577 millions de dollars. Quarante ans plus tôt, le dossier du personnel de Bear Stearns le montre à 42 000 dollars de salaire annuel. Entre les deux, aucune introduction en Bourse, aucune vente d’entreprise, aucun fonds dont la performance pourrait être auditée publiquement.
Il existe pourtant des points d’ancrage solides. Le principal est la relation avec Leslie Wexner : une procuration exceptionnellement large, des opérations immobilières, puis une restitution privée de 100 millions de dollars. Viennent ensuite les sociétés de conseil d’Epstein dans les Îles Vierges américaines. Pour l’ancienne Financial Trust Company, les états financiers donnent de gros agrégats mais presque aucun détail client. Pour Southern Trust Company, la situation est inverse : cinq exercices, trois sources de paiements identifiables et 183 999 980 dollars d’honoraires que l’on peut réconcilier au dollar près. Enfin, les documents relatifs à Leon Black expliquent à la fois une grande part des revenus tardifs d’Epstein et la confusion persistante entre 158, 164,3, 166 et 169,8 millions de dollars.
Ce premier volet ne prétend donc pas résoudre une énigme biographique. Il construit une comptabilité de preuve : ce qui est établi, ce qui est seulement allégué et ce qu’aucun document public ne permet encore de relier.
Le salaire qui n’explique rien
Le dossier Bear Stearns est utile précisément parce qu’il est modeste. Une copie du dossier du personnel, publiée dans les archives Epstein du ministère américain de la Justice, retrace une progression rapide : 225 dollars par semaine à l’arrivée comme trainee en mars 1976, 300 dollars en août, 24 000 dollars par an en 1977, 32 000 puis 36 800 dollars en 1978, et 42 000 dollars en avril 1979.
Un document d’octobre 1979 mentionne aussi un prêt de 20 000 dollars, remboursable sur le bonus de mai 1980. C’est la preuve d’un prêt, pas celle d’un bonus de 20 000 dollars ; encore moins d’une rémunération annuelle de 177 000 ou 200 000 dollars, chiffres parfois reproduits sans bulletin de salaire ni formulaire fiscal à l’appui. Epstein quitte son statut de limited partner en mars 1981. Le même dossier mentionne une amende de 2 500 dollars et une suspension liées à des infractions aux règles de crédit et d’attribution de nouvelles émissions.
Ces montants n’excluent ni bonus ni revenus d’investissement. Ils fixent seulement une limite à ce que l’on peut affirmer : les pièces salariales publiques ne racontent pas l’accumulation d’une fortune de plusieurs centaines de millions. Le règlement de 9,2 millions de dollars reçu de Bear Stearns en 2011 n’y change rien. Il s’agit d’un litige d’investissement intervenu trente ans plus tard, pas d’un revenu d’emploi des années 1970.
La décennie qui suit est le premier grand angle mort. Epstein crée J. Epstein & Company et travaille un temps autour de Towers Financial, mais le corpus public ne fournit ni W-2, ni relevé de commissions, ni liste de clients réconciliée pour 1981–1991. Ne lui attribuer aucun montant pour cette période ne signifie pas qu’il n’a rien gagné ; cela signifie qu’aucun montant ne passe aujourd’hui le seuil de preuve retenu ici.
Wexner : des pouvoirs documentés, un détournement allégué
La bascule se situe au début des années 1990. Leslie Wexner, fondateur de The Limited, confie à Epstein un pouvoir de gestion hors norme. Dans une lettre publique de 2019, Wexner écrit lui avoir accordé une procuration très étendue, lui permettant d’agir en son nom dans ses affaires financières. Il dit avoir découvert en 2007 que « de vastes sommes » avaient été détournées, avoir rompu la relation et récupéré une partie de l’argent.
Un mémo de procureurs fédéraux daté de juillet 2019 apporte un chiffre et, surtout, précise la nature de la source. Le document résume un proffer des avocats de Wexner au parquet fédéral de Manhattan : selon eux, Epstein aurait détourné « plusieurs centaines de millions de dollars » et se serait payé des honoraires à l’insu de Wexner. Les procureurs écrivent que ces faits allégués semblaient expliquer pratiquement toute la richesse d’Epstein. Ils notent aussi qu’il aurait acquis des biens de Wexner avant de se les revendre à une fraction de leur valeur, ainsi qu’un avion avec une forte décote.
Ce texte est une pièce officielle, mais son contenu n’est ni un audit contradictoire ni une conclusion judiciaire. Il consigne la version des conseils de Wexner. La différence est capitale : « plusieurs centaines de millions » est le montant primaire de l’allégation, pas un dommage établi par un jugement.
Le même mémo indique qu’un accord privé aboutit en janvier 2008 à la restitution de 100 millions de dollars par Epstein. Un rapport commandé par la Wexner Foundation détaille une partie du mécanisme. Le 1er janvier 2008, une entité appelée COUQ Foundation transfère à YLK Charitable Fund des actifs inscrits pour 12 377 844 dollars et 201 939 actions Apple valorisées 34 280 154 dollars, soit 46 657 998 dollars. Le rapport décrit l’opération comme une récupération partielle, puis mentionne environ 35 millions de dollars restant dans YLK et versés en 2010 et 2011 au Wexner Family Charitable Fund.
Il serait tentant d’additionner 100 millions, 46,7 millions et 35 millions. Ce serait une erreur. Sans l’accord transactionnel privé ni les écritures complètes des entités, rien ne prouve que les transferts caritatifs soient extérieurs aux 100 millions plutôt que des composantes ou des suites de la même restitution.
La procuration pose le même problème documentaire. Les sources publiques établissent son existence dès 1991 et son ampleur. Nous n’avons toutefois pas retrouvé, dans un dépôt officiel librement accessible, la copie signée complète qui permettrait d’en inventorier chaque pouvoir et chaque limite. Il faut donc distinguer la procuration, documentée dans son principe, de sa lettre exacte, encore manquante.
Le transfert immobilier le plus célèbre n’était pas gratuit
La maison du 9 East 71st Street, à Manhattan, illustre les dégâts causés par une mauvaise lecture des registres. L’opération entre Wexner et Epstein en 1998 est souvent décrite comme le don d’un hôtel particulier pour zéro dollar. Un index d’archives publié sous la référence EFTA00300480 répertorie au contraire un dossier intitulé Leslie H. Wexner Sale of Nine East 71st Street Corporation to NES, LLC, avec vente, billet à ordre, garantie personnelle et grand livre. Des documents de ce dossier décrits par Vanity Fair font état d’un prix d’environ 20 millions de dollars : environ 10 millions en numéraire et 10 millions financés par billet. Faute de fac-similé public complet de chaque pièce, le prix doit rester présenté comme approximatif.
Le bordereau ACRIS à zéro dollar que l’on retrouve en 2011 correspond à un transfert ultérieur entre entités liées à Epstein. Il ne prouve pas une donation de Wexner à Epstein. Le portail officiel ACRIS documente les actes fonciers ; EFTA00300480 documente l’existence du dossier transactionnel, pas son exécution intégrale à lui seul. La distinction entre deed et vente de titres d’une société immobilière n’est pas cosmétique : confondre les deux transforme une vente financée en cadeau.
Deux opérations dans l’Ohio complètent le tableau sans, là encore, démontrer à elles seules un enrichissement indu. Une propriété de New Albany, acquise autour de 1992 pour 3,5 millions de dollars, est revendue en 1998 pour 8 millions. Un autre bien, au 7558 King George Drive, est transféré en 2007 sans contrepartie à un trust d’Abigail Wexner, puis revendu 365 000 dollars. Ces chaînes doivent être vérifiées acte par acte dans le registre immobilier du comté de Franklin. Elles montrent un va-et-vient d’actifs entre sphères Wexner et Epstein ; elles ne donnent ni le solde de leurs comptes courants ni le montant net d’un éventuel détournement.
Financial Trust : 300 millions sans registre client public
Epstein obtient en 1996 une charte dans les Îles Vierges américaines pour Financial Trust Company, société présentée comme destinée aux clients disposant d’au moins un milliard de dollars. Les états financiers repris dans les dossiers judiciaires attribuent à Financial Trust environ 300 millions de dollars d’honoraires entre 2000 et 2006, dont 66 millions pour la seule année 2006.
Puis la courbe s’effondre : moins de 4 millions en 2007, environ 100 000 dollars en 2008 et à peu près autant chacune des trois années suivantes, rien en 2012. Entre 2008 et 2012, la société cumule environ 166 millions de dollars de pertes nettes. Ces chiffres sont importants, mais ils ne répondent pas à la question essentielle : qui a payé ?
Le problème n’est pas l’absence totale de documents fiscaux. Des états financiers, déclarations et dossiers de l’Economic Development Commission des Îles Vierges existent et ont été produits dans les contentieux. Le problème est leur granularité publique. Les comptes de résultat montrent les revenus annuels ; ils ne publient pas le grand livre auxiliaire des clients, les contrats, les factures et les virements permettant d’attribuer les quelque 300 millions dollar par dollar.
La concentration autour de Wexner est fortement suggérée par le proffer de 2019 et par la rareté des autres clients démontrables. Elle ne peut cependant pas être transformée en ventilation comptable exacte sans les livres de Financial Trust. Le dossier public permet de dire qu’Epstein a gagné énormément d’argent dans la gestion et le conseil avant Leon Black. Il ne permet pas d’écrire honnêtement : « voici chaque client et voici ce qu’il a payé ».
Southern Trust : trois payeurs, aucun résidu
Southern Trust Company, constituée en 2012, est beaucoup moins opaque sur la période 2013–2017. Le rapport de l’expert en comptabilité Bruce G. Amador, produit dans le procès des Îles Vierges contre JPMorgan, cite les états financiers annuels de la société et identifie Southern Trust comme la seule entité Epstein générant alors des revenus significatifs.
Les honoraires sont de 51 millions de dollars en 2013, 70 millions en 2014, 54 999 980 dollars en 2015, zéro en 2016 et 8 millions en 2017. Total : 183 999 980 dollars.
Trois ensembles de contrats, factures et virements réconcilient exactement ce total :
- Leon Black : 158 millions de dollars, soit 50 millions en 2013, 70 en 2014, 30 en 2015 et 8 en 2017 ;
- la banque Edmond de Rothschild : 24 999 980 dollars en 2015, versés en deux virements de 10 millions et 14 999 980 dollars après un accord de conseil à 25 millions ;
- Steven Sinofsky : 1 million de dollars en 2013, confirmé par une instruction et une confirmation de virement vers Southern Trust.
La somme est exacte : 158 000 000 + 24 999 980 + 1 000 000 = 183 999 980. Il ne reste aucun revenu d’honoraires non attribué dans les états disponibles. Cette réconciliation ne vient pas des déclarations fiscales seules : elle résulte du croisement des comptes avec le contrat Rothschild, sa facture, les pièces bancaires et le virement Sinofsky.
Cette exhaustivité doit être formulée avec précision. Elle concerne le poste fee income de Southern Trust sur les cinq exercices disponibles. Elle ne signifie pas que ces trois personnes ou institutions résument toutes les relations financières d’Epstein, ni que chaque paiement a la même nature économique. Elle ne dit rien non plus, à elle seule, de la qualité ou de la légitimité des prestations facturées.
Leon Black : pourquoi quatre totaux circulent
L’enquête indépendante commandée par Apollo et menée par Dechert est la source du chiffre le plus connu : 158 millions de dollars d’honoraires versés par Leon Black à Epstein entre 2013 et 2017. Le rapport publié auprès de la SEC ventile les paiements : 50 millions en 2013, 70 en 2014, 30 en 2015, aucun honoraire en 2016 et 8 millions en 2017.
Dechert décrit un contrat signé le 13 février 2013 pour 23,5 millions de dollars, réglé en deux paiements de 15 et 8,5 millions. Un second projet d’environ 56,5 millions apparaît dans les pièces au printemps 2013, mais la copie retrouvée n’est pas signée. Après 2013, selon le rapport, la relation devient largement ad hoc et les prestations ne font plus l’objet de contrats écrits. Une facture de 20 millions en 2014 est liée à un travail sur le relèvement de la base fiscale d’actifs. En 2015, une facture de 35 millions n’est payée qu’à hauteur de 30 millions ; en 2017, un projet de facture de 11 millions aboutit à un virement de 8 millions. Une facture indique une demande. Le virement établit le paiement.
Dechert conclut n’avoir trouvé aucune preuve que Black ait payé Epstein pour une raison illégitime. Le cabinet juge néanmoins les honoraires très supérieurs à ceux des autres conseillers de Black et décrit une documentation parfois lacunaire. Cette double conclusion doit rester entière : absence de preuve d’un objet illicite, mais montant exceptionnel et contractualisation faible.
Le rapport de la commission des finances du Sénat, fondé notamment sur des informations bancaires et des déclarations d’activité suspecte consultées à huis clos, utilise un autre périmètre. Son tableau annuel de virements Bank of America totalise 169,8 millions de dollars entre 2012 et 2017 : 5,5 millions en 2012, 50 en 2013, 70 en 2014, 30 en 2015, 6,3 en 2016 et 8 en 2017.
La réconciliation est simple : 169,8 moins 158 égale 11,8 millions, soit exactement les 5,5 millions de 2012 et les 6,3 millions de 2016 que Dechert n’inclut pas dans ses honoraires 2013–2017. Sur cette dernière période, le tableau bancaire donne 164,3 millions. Le texte du rapport sénatorial arrondit ou décrit ailleurs le même ensemble comme « environ 166 millions », créant un écart interne de 1,7 million avec son propre tableau. Sans les virements sous-jacents complets, ce 1,7 million ne doit pas être inventé ni attribué.
Les prêts constituent encore un autre circuit. En 2017, Epstein avance à des entités liées à Black 22,5 puis 8 millions de dollars dans le cadre de « Plan D », soit 30,5 millions. Une reconnaissance de dette d’abord préparée pour 28,5 millions est révisée à 30,5 millions. Dix millions sont remboursés le 2 octobre 2018 ; 20,5 millions restent dus à la mort d’Epstein. Il ne faut ni traiter ces décaissements comme des revenus d’Epstein, ni les additionner aux 158 millions d’honoraires. Ce sont des actifs, des créances dont le remboursement modifie la trésorerie, pas le chiffre d’affaires.
Highbridge : 15 millions prouvés, 2,25 millions seulement proposés
Avant Leon Black, Highbridge Capital Management fournit l’un des rares paiements importants que l’on puisse associer à un client nommé. Dans une déclaration de faits produite par les Îles Vierges, la pièce 379 indique qu’en décembre 2004 Highbridge a versé 15 millions de dollars à Financial Trust pour des conseils en fusion-acquisition. Epstein évoquera plus tard 20 millions dans une déposition. Le paiement contemporain de 15 millions est la meilleure mesure disponible.
Un autre projet d’accord Highbridge, effectif en théorie de juin 2005 à décembre 2009, prévoit 2,25 millions de dollars en cinq échéances de 450 000 dollars, sans volume horaire minimal, ainsi qu’une capacité d’investissement à des conditions proches de celles des salariés. Mais la page de signature disponible est vide. Sans exemplaire exécuté ni virement, ces 2,25 millions restent une proposition contractuelle, pas un revenu acquis.
Cette distinction résume la méthode nécessaire pour lire les archives Epstein : un projet n’est pas un contrat, une facture n’est pas un paiement, un virement n’est pas nécessairement un revenu, et une valeur d’actif n’est pas du cash.
Une fortune visible avant Black, mais encore impossible à auditer
Les documents internes montrent qu’Epstein était déjà extrêmement riche avant l’arrivée des honoraires Black. Un état patrimonial au 31 juillet 2012 valorise ses actifs à 289 022 838 dollars. Un autre, en janvier 2014, atteint 340 906 529 dollars. Une estimation de 2009–2010 approche 319,5 millions hors résidences, avion et certains biens mobiliers. Ce sont des documents de gestion internes, non des comptes audités ; leurs exclusions et méthodes de valorisation varient.
Le portefeuille immobilier confirme une accumulation antérieure : la résidence de Manhattan acquise en 1998 pour environ 20 millions via une vente d’actions, Little Saint James acheté la même année autour de 7,95 millions, la propriété de New Albany achetée 3,5 millions puis cédée 8 millions. D’autres actifs, notamment Palm Beach, Zorro Ranch, Paris, avions, titres et participations, apparaissent dans les bilans ou registres, mais la chaîne publique ne fournit pas toujours le prix d’origine, la source des fonds, la dette associée et le produit final de cession.
Les honoraires de Financial Trust, les 15 millions de Highbridge, les revenus d’investissement et les transferts liés à Wexner offrent donc des explications partielles, parfois massives. Ils ne forment pas une passerelle annuelle entre 42 000 dollars de salaire en 1979 et 289 millions d’actifs en 2012. Le chaînon manquant n’est pas un seul « secret » : ce sont les grands livres, relevés bancaires, déclarations fiscales complètes, contrats exécutés et accords de restitution qui permettraient d’éliminer les doubles comptes.
Pièces établies, pièces manquantes
Quatre conclusions résistent au contre-audit.
Premièrement, les revenus connus de Bear Stearns ne peuvent pas, à eux seuls, expliquer l’enrichissement ultérieur. Les affirmations plus élevées sur la rémunération d’Epstein ne disposent pas dans le dossier public des pièces fiscales nécessaires.
Deuxièmement, Wexner est le pivot de la première grande phase de fortune documentable. La procuration large, le règlement de 100 millions et les transferts caritatifs sont établis par des sources primaires ou quasi primaires. En revanche, le montant de « plusieurs centaines de millions » reste une allégation des avocats de Wexner rapportée par les procureurs, et le périmètre exact des restitutions demeure couvert par un accord privé.
Troisièmement, les revenus de Southern Trust sont exceptionnellement lisibles : 183 999 980 dollars d’honoraires, dont 158 millions payés par Leon Black, 24 999 980 dollars liés à Edmond de Rothschild et 1 million provenant de Steven Sinofsky. Cette précision ne peut pas être rétroprojetée sur Financial Trust, dont les quelque 300 millions d’honoraires antérieurs restent sans ventilation client publique complète.
Enfin, 158, 164,3, 166 et 169,8 millions ne sont pas quatre estimations interchangeables des paiements Black. Le premier chiffre mesure les honoraires retenus par Dechert ; le second, les virements du tableau sénatorial pour 2013–2017 ; le troisième est le narratif approximatif et non réconcilié du rapport ; le quatrième ajoute 2012. Les prêts de 30,5 millions forment un circuit distinct.
La fortune d’Epstein n’est donc ni entièrement mystérieuse ni entièrement expliquée. Elle est documentée par fragments, avec une asymétrie révélatrice : plus on se rapproche de Southern Trust et de Leon Black, plus les paiements deviennent traçables ; plus on remonte vers Financial Trust et Wexner, plus les montants deviennent agrégés, privés ou allégués. C’est dans cette zone, et non dans les salaires de Bear Stearns, que se trouve encore le principal trou comptable.
Read the English version.
Sources
- Département de la Justice des États-Unis, mémo sur le proffer des conseils de Leslie Wexner, EFTA02731082, juillet 2019.
- Leslie Wexner, Letter from Les, Wexner Foundation, 2019.
- Kegler Brown Hill + Ritter, Report following independent review for the Wexner Foundation, 2020.
- Bruce G. Amador, Expert report, Government of the United States Virgin Islands v. JPMorgan Chase Bank, notamment pp. 72–74.
- Dechert LLP, Report of the Conflicts Committee of Apollo Global Management, annexe déposée auprès de la SEC, janvier 2021.
- U.S. Senate Committee on Finance, The Wall Street Connections to Jeffrey Epstein, rapport des services d’enquête de Ron Wyden, 4 août 2026.
- U.S. Virgin Islands, Plaintiff’s statement of material facts, pièce 285-2, notamment ¶ 379 sur Highbridge.
- Département de la Justice des États-Unis, Epstein Library, collection officielle des pièces EFTA et dossiers judiciaires.
- Copie consultable EFTA00187050, dossier du personnel Bear Stearns, miroir OCR d’une pièce publiée par le DOJ.
- Copies consultables EFTA00584904 et EFTA00586695, accord et facture relatifs à Edmond de Rothschild, miroirs OCR de pièces publiées par le DOJ.
- Copie consultable EFTA00675845, instruction et confirmation du virement Sinofsky, miroir OCR d’une pièce publiée par le DOJ.
- Copie consultable EFTA00589279, reconnaissance de dette Plan D, miroir OCR d’une pièce publiée par le DOJ.
- Copie consultable EFTA00589969, projet de contrat Highbridge, miroir OCR d’une pièce publiée par le DOJ.
- New York City Department of Finance, ACRIS, et Franklin County Recorder, Public Records Search, registres fonciers officiels.
- Copies consultables EFTA00602408, EFTA00607612 et EFTA01119119, valorisations internes au 31 juillet 2012, en janvier 2014 et en 2009–2010, miroirs OCR de pièces publiées par le DOJ.
- Copie consultable EFTA00300480, index des dossiers administratifs et transactionnels d’Epstein, notamment le dossier de Nine East 71st Street Corp., miroir OCR d’une pièce publiée par le DOJ.
- Gabriel Sherman, Inside Jeffrey Epstein’s decades-long relationship with his biggest client, Vanity Fair, 2021, pour la description secondaire des pièces de la vente de Nine East 71st Street Corp.
- Giacomo Tognini, How Jeffrey Epstein Got So Rich, Forbes, 2025, contre-vérification des agrégats Financial Trust, de l’inventaire successoral et de la chronologie patrimoniale.
Limites
Cette enquête repose sur les pièces publiques disponibles au 7 août 2026. Plusieurs documents décisifs ne sont pas publics ou n’ont pas été retrouvés dans une version officielle complète : la procuration Wexner signée dans son intégralité, l’accord de restitution de 2007–2008, le grand livre client de Financial Trust, les annexes fiscales non expurgées et les relevés bancaires sous-jacents à certains tableaux du Sénat.
Les mémoires de parties et rapports d’experts sont cités comme tels : ils peuvent s’appuyer sur des pièces contemporaines sans constituer des constatations judiciaires. Le rapport Dechert a été commandé par Apollo ; le rapport Wexner par la Wexner Foundation ; le rapport du Sénat est un rapport de staff, non un jugement. Les copies Yirah facilitent l’accès et l’OCR de documents EFTA publiés par le DOJ, mais le fac-similé officiel doit prévaloir en cas de divergence.
Enfin, les montants sont présentés selon leur nature comptable. Les honoraires sont des revenus bruts avant charges et impôts ; les prêts sont des créances ; les valorisations patrimoniales ne sont pas de la trésorerie ; les restitutions peuvent se chevaucher. Aucun de ces chiffres ne prouve, à lui seul, une infraction de la personne ou de l’institution qui a effectué un paiement.
Cet article ne constitue en aucun cas un conseil en investissement.
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