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Epstein et les banques européennes : six relations à ne pas confondre

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Sommaire et notions10 étapes · 2 notions

Analyse complète

Six banques européennes apparaissent dans les pièces publiques examinées pour cette enquête. Mais elles n’y apparaissent ni au même titre, ni avec le même niveau de preuve. Deutsche Bank a fourni des services bancaires directement à Jeffrey Epstein. HSBC et BNP Paribas ont détenu des comptes à son nom dans des circonstances différentes. UBS et Barclays sont surtout documentées par leurs relations avec Ghislaine Maxwell. Edmond de Rothschild Holding apparaît comme le donneur d’ordre d’une mission confiée à Southern Trust, une société présidée par Epstein. Réunir ces dossiers peut montrer comment un risque circule. Les fondre en une accusation unique déformerait les sources. NYDFS, ordonnance Deutsche Bank du 6 juillet 2020 · Bloomberg, 21 novembre 2025 · Le Monde, 21 février 2026 · Reuters, 8 février 2026 · Upper Tribunal, 26 juin 2025 · accord daté du 5 octobre 2015, EFTA00587465

Cette distinction évite deux erreurs. La première serait de traiter toute présence dans un fichier comme la preuve d’un compte. La seconde serait de transformer un compte ou un virement en preuve automatique d’une infraction. Un document bancaire établit d’abord une relation, une date ou une opération. Il faut une autre preuve pour qualifier son objet, son bénéficiaire économique ou son éventuel caractère criminel.

Cette enquête complète notre série sur l’argent d’Epstein. Les mécanismes déjà établis chez Deutsche Bank sont détaillés dans une enquête distincte. Le dossier Staley et le compte Maxwell chez Barclays sont traités dans notre analyse dédiée. Ici, l’objectif est comparatif : quelle relation chaque source établit-elle, et où s’arrête la preuve ?

Six banques et six relations documentées de nature différente La carte distingue un client direct, des comptes français et suisses, un compte hérité, un compte Maxwell, une mission de conseil et un dossier de gouvernance. SIX BANQUES, DES PREUVES DISTINCTES La présence dans un dossier ne suffit pas à les confondre DEUTSCHE BANK Epstein, client direct Défaillances constatées par le régulateur de New York HSBC Compte parisien fermé, comptes suisses cités La chronologie suisse reste incomplète BNP PARIBAS Compte de détail hérité de Fortis Fermé en 2018 pour des raisons de conformité UBS Carte Epstein, puis patrimoine Maxwell Deux titulaires et deux décisions différentes BARCLAYS Gouvernance Staley et compte Maxwell Aucun compte Epstein établi par ces pièces EDMOND DE ROTHSCHILD Southern Trust rémunérée comme prestataire Accord de 25 M$, paiements totalisant 24 999 980 $ Ce n'est pas la preuve d'un compte Epstein
Les catégories sont descriptives. Elles ne classent ni la gravité morale, ni une responsabilité juridique. Chaque dossier conserve sa propre chaîne de preuve.

Edmond de Rothschild : une mission rémunérée documentée

Un accord daté du 5 octobre 2015 indique que Southern Trust Company collaborait avec Ariane de Rothschild, pour le compte d’Edmond de Rothschild Holding, sur des affaires en cours entre la holding et les États-Unis. Il prévoit que le groupe Rothschild verse 25 millions de dollars à Southern Trust au plus tard trois jours après un paiement d’Edmond de Rothschild Holding aux États-Unis. Le document décrit Epstein comme président de Southern Trust et précise que le travail devait se poursuivre selon ce qu’Epstein et Ariane de Rothschild conviendraient. EFTA00587465, pages 1 et 2, copie indexée du fichier FBI VOL00009

Un tableau d’opérations publié parmi les pièces américaines enregistre ensuite deux versements vers Southern Trust : 10 millions de dollars le 17 décembre 2015, avec Edmond de Rothschild (Suisse) SA comme donneur d’ordre, puis 14 999 980 dollars le 21 décembre, avec Benjamin Edmond de Rothschild comme donneur d’ordre. Le total est de 24 999 980 dollars. Les deux lignes n’ont pas le même payeur et la pièce ne dit pas pourquoi vingt dollars séparent le total de la somme prévue au contrat. Tableau d’opérations, première page du PDF EFTA00027019

Le 18 décembre 2015, le ministère américain de la Justice a annoncé qu’Edmond de Rothschild (Suisse) SA et Edmond de Rothschild (Lugano) SA paieraient 45,245 millions de dollars dans le cadre du Swiss Bank Program. Le communiqué porte sur des comptes américains non déclarés et sur des infractions fiscales potentielles. Il ne porte pas sur les crimes d’Epstein. La proximité des dates avec le contrat et les versements est documentée ; elle ne suffit pas, à elle seule, à démontrer un acte de corruption, une intervention auprès du ministère ou une contrepartie illégale. DOJ, 18 décembre 2015 · EFTA00587465

La formulation rigoureuse est donc étroite : les pièces établissent une mission de Southern Trust liée à des affaires américaines de la holding et des paiements presque égaux aux honoraires prévus. Elles n’établissent pas, par elles-mêmes, qu’Epstein détenait un compte chez Edmond de Rothschild, qu’il avait un pouvoir sur le règlement du DOJ ou que son intervention a modifié le montant de la pénalité.

HSBC : une fermeture française, trois comptes suisses sans chronologie

Une lettre du 21 décembre 2007, obtenue par Bloomberg, informe Epstein que HSBC ne souhaite pas maintenir la relation et ferme son compte parisien à sa demande. La lettre ne donne pas le motif de la décision. Bloomberg rapporte, sur la base de deux personnes connaissant le dossier, que des responsables de la conformité avaient signalé des opérations suspectes. Cette explication est attribuée à ces sources anonymes ; elle ne figure pas dans la lettre elle-même. La fermeture est devenue effective le 21 janvier 2008, d’après un courriel de l’avocat d’Epstein également publié par Bloomberg. Bloomberg, 21 novembre 2025

Cette fermeture ne clôt pas le dossier HSBC. Un rapport d’activité suspecte déposé par JPMorgan après la mort d’Epstein, puis déclassifié, le répertorie avec trois comptes auprès de la banque privée suisse de HSBC. Reuters précise que le document ne donne ni les montants, ni les détails de la relation. Il ne permet donc pas de savoir quand ces comptes ont été ouverts ou fermés, ni s’ils étaient encore actifs après la fermeture parisienne. Un signalement de JPMorgan établit l’information transmise au Trésor américain, pas une conclusion judiciaire sur HSBC. Reuters, 4 novembre 2025

La vraie lacune est chronologique : une entité française a fermé une relation avant la condamnation de 2008, tandis que des comptes suisses apparaissent dans un document ultérieur dont les dates sont absentes. Rien dans les sources publiques consultées ne permet d’affirmer que les équipes françaises et suisses partageaient alors le même dossier, ni qu’elles ne le partageaient pas.

BNP Paribas : un compte de détail hérité de Fortis

Le cas BNP Paribas commence chez un autre établissement. Le Monde rapporte qu’un compte courant de détail a été ouvert au nom d’Epstein par Fortis France en février 2008. BNP Paribas l’a ensuite hérité lors de l’acquisition de Fortis, avec des milliers d’autres comptes. Les documents examinés par le journal montrent aussi un compte d’épargne et une carte bancaire. BNP Paribas a indiqué au Monde qu’il ne s’agissait pas d’une relation de banque privée et que le compte avait été fermé à son initiative, pour des raisons de conformité, à la mi-2018. Le Monde, 21 février 2026

La date d’ouverture précède de quelques mois la condamnation d’Epstein en Floride, en juin 2008. L’acquisition de Fortis crée donc un problème différent de l’acceptation délibérée d’un nouveau client déjà condamné : elle pose la question des revues réalisées lors de l’intégration d’un portefeuille, puis lorsque le risque public change. Les pièces publiées n’établissent pas que le compte BNP Paribas a financé les crimes d’Epstein. Le Monde écrit que cet usage reste inconnu. Le Monde, 21 février 2026 · notification du DOJ sur le plaidoyer et la peine du 30 juin 2008, EFTA00013888

UBS : le client écarté, la personne liée conservée

Les documents analysés par Reuters décrivent deux décisions distinctes. UBS a fourni une carte de crédit à Epstein en 2014, après la fin de sa relation avec JPMorgan. Selon un courriel de son comptable, la banque l’a fermée en septembre de la même année en raison du « risque de réputation ». Parallèlement, UBS a ouvert en 2014 des comptes personnels et professionnels au nom de Ghislaine Maxwell et a géré jusqu’à 19 millions de dollars pour elle au cours des années suivantes. Le titulaire, les produits et la durée ne sont donc pas les mêmes. Reuters, 8 février 2026

Reuters a vu des documents montrant qu’UBS avait effectué des vérifications avant le transfert des comptes Maxwell depuis JPMorgan, sans pouvoir en établir le détail. L’agence indique n’avoir trouvé aucune preuve d’un acte répréhensible d’UBS ou de ses conseillers. Elle documente cependant une question de périmètre : JPMorgan avait classé Maxwell comme cliente à risque élevé dès 2011 en raison de ses liens avec Epstein, alors qu’UBS a refusé Epstein pour son risque de réputation mais maintenu sa relation avec Maxwell. Reuters, 8 février 2026

Le 22 juillet 2019, seize jours après l’arrestation d’Epstein, UBS a transféré 130 000 dollars d’un compte d’épargne de Maxwell vers son compte courant pour l’aider à payer une facture American Express, selon les documents. Le 16 août, la banque a reçu une assignation d’un grand jury concernant Maxwell et a fourni au FBI des informations sur des virements. Reuters n’a pas pu déterminer si, ni quand, UBS avait fermé ses comptes. Exécuter une opération après une arrestation ou répondre à une assignation ne prouve pas en soi une violation ; ces dates rendent nécessaire une chronologie complète des décisions de surveillance et de sortie. Reuters, 8 février 2026

Le risque change de forme entre les établissements Quatre étapes montrent un client direct, un compte hérité, une personne liée et un prestataire payé, avec la question de contrôle propre à chacune. LE RISQUE CHANGE DE FORME Chaque relation appelle un contrôle différent CLIENT DIRECT Entrée, surveillance, sortie Qui accepte le risque et sur quelles conditions ? COMPTE HÉRITÉ Revue après une acquisition Quand le nouveau propriétaire réévalue-t-il le client ? PERSONNE LIÉE Le risque dépasse un seul nom Quels liens, entités et bénéficiaires sont examinés ? PRESTATAIRE PAYÉ Mandat, résultat, bénéficiaire Qui valide la mission et mesure le service rendu ? Une même personne peut réapparaître sous plusieurs formes.
La vigilance ne s'arrête pas au nom du titulaire. Elle porte aussi sur l'origine de la relation, les personnes liées, les entités, le service rendu et l'évolution du contexte public.

Deutsche Bank et Barclays : deux dossiers déjà établis

Deutsche Bank représente le cas le plus clairement réglementé de cette comparaison. L’ordonnance du régulateur financier de New York décrit une relation directe avec Epstein, plus de quarante comptes rattachés à lui et à ses entités, des signaux connus à l’entrée et des défaillances répétées de surveillance. Cette relation, ses exceptions et sa sortie sont détaillées dans notre enquête sur Deutsche Bank et dans le deuxième volet de notre série bancaire. NYDFS, ordonnance du 6 juillet 2020, pages 6 à 24

Barclays doit rester sur deux plans. En 2025, l’Upper Tribunal britannique a conclu que Jes Staley avait approuvé en connaissance de cause deux affirmations trompeuses sur sa relation avec Epstein. Séparément, des documents analysés par Reuters indiquent que Maxwell détenait 2,4 millions de dollars chez Barclays fin 2018 et que plus de 600 000 dollars ont été transférés de ce compte vers UBS dans les trois semaines suivant l’arrestation d’Epstein. Aucun de ces éléments n’établit un compte Barclays au nom d’Epstein. La chaîne complète est exposée dans notre enquête Barclays. Upper Tribunal, paragraphes 496 à 503 · Reuters, 27 mars 2026

Questions publiques pour les détenteurs des pièces

Les sources permettent de poser des questions précises sans présumer leur réponse. Les institutions et personnes citées ci-dessous pourraient détenir tout ou partie de l’information. Certaines réponses peuvent être limitées par le secret bancaire, une enquête, la protection des données ou d’autres obligations. Une absence de publication ne confirmerait aucune hypothèse.

  1. Qui a approuvé la mission de Southern Trust et sur quelles vérifications ? Edmond de Rothschild Holding, ses organes de gouvernance de 2015 et Ariane de Rothschild pourraient publier une chronologie expurgée de la décision, du travail demandé, des contrôles effectués et des livrables reçus. Le contrat établit les honoraires et un objet général, pas la teneur concrète du service. EFTA00587465

  2. Pourquoi les paiements ont-ils été répartis entre Edmond de Rothschild (Suisse) SA et Benjamin Edmond de Rothschild ? Les archives de la banque, de la holding et de la succession de Benjamin de Rothschild pourraient documenter la base comptable et contractuelle de cette répartition. Le tableau établit deux donneurs d’ordre ; il n’en donne pas le motif. EFTA00027019, première page

  3. Quand les trois comptes HSBC Suisse ont-ils été ouverts et fermés ? HSBC Private Bank (Suisse) et les archives du groupe pourraient fournir une chronologie expurgée. HSBC France pourrait indiquer si la décision parisienne de 2007 et son dossier de vigilance ont été partagés avec l’entité suisse. Reuters documente les comptes, pas leurs dates. Reuters, 4 novembre 2025 · Bloomberg, 21 novembre 2025

  4. Quand BNP Paribas a-t-elle réévalué le compte hérité de Fortis ? BNP Paribas et les archives d’intégration de Fortis pourraient préciser les revues conduites après l’acquisition, après la condamnation de juin 2008 et avant la fermeture de 2018, ainsi que la date exacte du blocage. Ces réponses pourraient être données sans révéler l’existence ou l’absence d’un signalement confidentiel. Le Monde, 21 février 2026

  5. Quel périmètre UBS a-t-elle utilisé pour évaluer Maxwell ? UBS et ses archives de conformité pourraient expliquer quels liens avec Epstein, entités et bénéficiaires effectifs ont été examinés en 2014, puis réévalués après juillet 2019. Reuters a vu l’existence de vérifications, mais n’a pas pu en connaître le détail. Reuters, 8 février 2026

  6. À quelles dates les capacités de transfert et les comptes Maxwell chez UBS ont-ils été restreints ou fermés ? UBS pourrait publier une chronologie expurgée des décisions prises avant et après l’assignation du 16 août 2019. Le FBI et les procureurs fédéraux pourraient indexer les lettres et pièces déjà communicables qui établissent la suite de cette chronologie. Reuters, 8 février 2026

  7. Les régulateurs européens ont-ils reconstitué la circulation transfrontalière de l’information ? L’ACPR, la FINMA, la FCA et les autres autorités compétentes pourraient publier, dans les limites légales, les dates et le périmètre de leurs revues, ainsi que les attentes applicables au partage d’information entre entités d’un même groupe. Cette question porte sur la méthode de supervision, pas sur la divulgation d’un signalement individuel.

  8. Le ministère américain de la Justice peut-il relier chaque affirmation documentaire à une pièce stable ? Un index public associant les contrats, tableaux d’opérations, courriels et relevés à leurs identifiants complets permettrait de contrôler davantage les enquêtes de presse sans republier les données personnelles des victimes ou des tiers.

La méthode : identifier chaque relation et sa preuve

Ces six dossiers ne décrivent pas une même « banque d’Epstein » à l’échelle européenne. Ils montrent une architecture plus difficile à contrôler : un client direct peut être quitté par un établissement et réapparaître ailleurs ; un compte peut être hérité lors d’une acquisition ; une personne liée peut conserver sa propre relation bancaire ; une société contrôlée par le client peut devenir prestataire d’un groupe financier ; un dirigeant peut enfin devenir la principale source d’une vérification portant sur sa propre conduite.

La conclusion la plus solide n’est donc pas un classement des banques. C’est une exigence de méthode : identifier le titulaire exact, l’entité juridique, le produit, la période, le motif du paiement et la source qui l’établit. Tant qu’un de ces éléments manque, la question doit rester ouverte et nommer clairement celui qui pourrait y répondre.

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Sources

Limites

  • Une partie des faits concernant HSBC, BNP Paribas, UBS et Barclays repose sur l’analyse journalistique de documents dont toutes les pièces brutes ne sont pas publiées sous une forme stable et indexée. Ces faits sont attribués aux médias qui les ont établis.
  • Le texte EFTA00587465 est consulté par l’intermédiaire d’une copie indexée avec extraction automatique. Le tableau EFTA00027019 est une copie publique d’un dossier américain. Leur présence dans les fichiers ne suffit pas à qualifier juridiquement le service ou les paiements.
  • Le règlement fiscal d’Edmond de Rothschild avec le DOJ est distinct des crimes d’Epstein. La proximité des dates et le libellé du contrat justifient une question sur la mission ; ils ne prouvent ni corruption, ni influence, ni réduction de pénalité.
  • Un compte, une carte, un virement ou une relation avec une personne liée ne prouve pas en soi une infraction de la banque. Cet article ne qualifie aucun fonds de criminel sans preuve spécifique.
  • Les comptes Maxwell sont juridiquement distincts des comptes d’Epstein. Leur existence ne permet pas de changer le nom du titulaire ou d’attribuer automatiquement les fonds à Epstein.
  • Les motifs détaillés de la fermeture HSBC Paris reposent sur deux sources anonymes citées par Bloomberg. La lettre de fermeture ne donne elle-même aucun motif.
  • D’autres établissements sont cités dans des listes politiques, des courriels ou des enquêtes de presse. Ils ne sont pas ajoutés à cette comparaison faute d’éléments publics suffisants pour établir une relation bancaire ou contractuelle de nature comparable.
  • L’état des sources est arrêté au 9 août 2026. Une absence de document public ne prouve pas l’absence d’une revue interne, d’un signalement confidentiel ou d’une enquête.

Cet article ne constitue en aucun cas un conseil en investissement.

// historique des révisions

  • publication
  • révision

Les corrections substantielles suivent la politique de correction et sont consignées dans le changelog éditorial.


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