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Shadow banking : l'intermédiation non bancaire a dépassé les banques

Le système financier non bancaire pèse désormais 256 800 milliards de dollars, soit 51 pour cent des actifs financiers mondiaux, et croît deux fois plus vite que les banques. Hedge funds, fonds monétaires, crédit privé, véhicules de titrisation : où le crédit a migré hors des banques, et où se logent les nouvelles fragilités, selon les données du FSB, de la BCE et de la BIS.

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Une bascule est passée presque inaperçue. Pour la première fois depuis la pandémie, les institutions financières non bancaires détiennent plus de la moitié des actifs financiers mondiaux. Hedge funds, fonds monétaires, assureurs, gérants d’actifs, crédit privé, véhicules de titrisation : l’ancien shadow banking pèse désormais 256 800 milliards de dollars et croît deux fois plus vite que les banques. Le crédit a migré hors du bilan bancaire, là où la surveillance est plus lâche et les données plus rares. Dans le prolongement de nos articles sur le repo, le basis trade et le crédit privé, voici la carte d’ensemble.

Le terme shadow banking, forgé en 2007, désignait à l’origine un système opaque qui faisait du crédit comme une banque, sans en avoir le statut ni les garde-fous. Les régulateurs lui préfèrent aujourd’hui une expression moins connotée et plus précise, l’intermédiation financière non bancaire, ou NBFI. Le glissement n’est pas cosmétique : il marque le passage d’une chasse aux entités suspectes à une surveillance des activités, celles qui transforment de l’épargne liquide en crédit long, avec du levier, hors du périmètre bancaire.

La mesure : large et étroite

Le FSB tient le décompte de référence, sur 29 juridictions couvrant plus de 90 % du PIB mondial. Sa mesure large agrège toutes les institutions financières qui ne sont ni banques centrales, ni banques, ni acteurs publics. En 2024, ce périmètre a crû de 9,4 %, contre 4,7 % pour le secteur bancaire, atteignant 51 % des actifs financiers mondiaux. La catégorie la plus dynamique, les autres intermédiaires financiers, qui regroupe fonds monétaires, hedge funds, fonds d’investissement et véhicules de titrisation, a bondi de 11 % pour atteindre 169 400 milliards de dollars.

À côté, le FSB suit une mesure étroite, plus pertinente pour la stabilité financière : le sous-ensemble d’activités qui imitent vraiment le crédit bancaire et présentent des risques de même nature, fragilité au retrait des investisseurs ou recours au levier. Cette mesure étroite a progressé de 12 % en 2024, à 76 300 milliards de dollars, soit 15,4 % des actifs financiers mondiaux. C’est ce noyau qui correspond le mieux à l’idée première de shadow banking.

La taille du système non bancaire Part des actifs financiers mondiaux, fin 2024. Source : FSB. ACTIFS FINANCIERS MONDIAUX non bancaire : 51 % banques : 49 % DONT MESURE ÉTROITE (RISQUE BANCAIRE) 76 300 Md$ · 15,4 % Total non bancaire : 256 800 Md$, en hausse de 9,4 % sur un an, soit deux fois le rythme des banques (4,7 %).
Le système non bancaire détient 51 pour cent des actifs financiers mondiaux, soit 256 800 milliards de dollars. La mesure étroite, celle qui porte les risques de type bancaire, en représente 76 300 milliards. Source : FSB, Global Monitoring Report on NBFI 2025 (données 2024).

Où sont les vulnérabilités

Trois fragilités reviennent dans toutes les analyses. La transformation de liquidité et d’échéances d’abord : un fonds ouvert promet un retrait quotidien tout en détenant des actifs peu liquides, ce qui l’expose à des ventes forcées en cas de rachats massifs. Les véhicules susceptibles de subir des retraits de panique pesaient à eux seuls 58 000 milliards de dollars en 2024, en hausse de 15 %. Le levier ensuite, concentré dans les hedge funds, les sociétés de financement et les véhicules de titrisation, qui amplifie les chocs, comme le montrent le repo et le basis trade. L’interconnexion enfin, car non-banques et banques sont liées par mille fils.

C’est ce dernier point, le nexus banques et non-banques, que le FSB a particulièrement documenté cette année. Les liens prennent trois formes : les non-banques placent des dépôts auprès des banques, les banques leur accordent crédits, repo et autres expositions, et les fonds, assureurs et fonds de pension détiennent des titres émis par les banques. En temps calme, ces liens élargissent l’accès au financement. En crise, ils deviennent des canaux de contagion.

Le nexus banques / non-banques Trois canaux qui deviennent des vecteurs de contagion en cas de stress. Banques Non-banques fonds, assureurs, HF crédit, repo, expositions → ← dépôts placés ← détention de titres bancaires En Europe, fonds et autres intermédiaires sont déjà plus de 20 % plus gros que le secteur bancaire, et fournissent près de 23 % du crédit aux entreprises.
Le FSB distingue trois canaux d'interconnexion entre banques et non-banques. En Europe, la BCE relève que fonds et autres intermédiaires dépassent désormais de plus de 20 pour cent le secteur bancaire en actifs. Sources : FSB (2025), BCE et ESRB, EU NBFI Monitor 2025.

L’angle mort : le crédit privé

Le rapport du FSB pointe une limite majeure : la rareté des données sur le crédit privé, dans les statistiques officielles comme dans les déclarations réglementaires. Cette opacité est précisément le sujet de notre guide sur le crédit privé et de notre analyse sur sa contagion silencieuse. Quand le crédit sort du bilan bancaire pour rejoindre des fonds fermés, des sociétés de financement et des véhicules structurés, il échappe au reporting prudentiel détaillé. Le superviseur voit alors un agrégat, pas le détail des expositions ni des effets de levier emboîtés. La croissance des hedge funds, en hausse de 19 % en 2024 et concentrée pour l’essentiel aux îles Caïmans, illustre cette migration vers des juridictions moins lisibles.

Pourquoi ça compte

Le système non bancaire n’est pas un mal en soi. Il a élargi l’accès au crédit, diversifié les sources de financement et soutenu la liquidité des marchés. Mais il a déplacé le risque vers des acteurs moins capitalisés, moins surveillés, et reliés aux banques par des canaux qui se tendent en crise. Mars 2020 et le débouclage du basis trade, la crise des fonds de retraite britanniques à effet de levier en 2022, les épisodes de tension sur les fonds monétaires : chaque secousse récente est venue de cette zone. Avec une mesure étroite à 76 300 milliards de dollars et une dépendance croissante du crédit aux acteurs non bancaires, la question n’est plus de savoir si ce système est systémique, mais s’il est suffisamment cartographié pour être surveillé. Sur le crédit privé, le FSB répond clairement que non.


Sources principales : Financial Stability Board, Global Monitoring Report on Non-Bank Financial Intermediation 2025, publié en décembre 2025 sur données 2024 (mesure large à 256 800 milliards de dollars et 51 pour cent des actifs mondiaux, autres intermédiaires financiers à 169 400 milliards, mesure étroite à 76 300 milliards, croissance des hedge funds et nexus banques et non-banques) ; Banque centrale européenne et ESRB, EU Non-bank Financial Intermediation Risk Monitor 2025 ; Congressional Research Service, « Nonbank Financial Intermediation (NBFI or Shadow Banking) Policy Issues » ; Bank for International Settlements, Aramonte, Schrimpf et Shin, « Non-bank financial intermediaries and financial stability ». Chiffres et dates vérifiés un à un.

Cet article ne constitue en aucun cas un conseil en investissement.

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