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Le dollar caché dans la facture d’énergie

Garanties de lectureDatée, sourcée, sans tracker
Niveaux de preuveProfondeur 3 : source liée · 4 niveaux détectés
Sommaire et notions1 étapes · 2 notions
Analyse complète
Un achat de dix millions de dollars aurait coûté 8,604 millions d’euros au taux de référence du 4 septembre 2026. Au taux de référence du 12 octobre, il en aurait fallu 8,944 millions. Même montant facturé, même marchandise : environ 339 000 euros supplémentaires, dans cette conversion sans couverture ni frais de banque. Entre ces deux dates, l’euro est passé de 1,1622 à 1,1181 dollar dans la série de la Banque centrale européenne. 2
Le 9 octobre, Reuters décrivait un euro en voie de subir une cinquième baisse hebdomadaire, tout en évoquant les inquiétudes sur les finances françaises. 1 Pour l’importateur, l’addition se forme au croisement de ces marchés. Une énergie plus chère exige davantage de dollars ; une monnaie européenne affaiblie rend chacun de ces dollars plus coûteux.
L’exposition est importante à l’échelle du continent. Eurostat évalue à 57 % la dépendance énergétique de l’Union aux importations nettes en 2024. Ce ratio physique rapporte les importations nettes aux besoins énergétiques ; il décrit l’Union européenne, et non la seule zone euro. Il ne renseigne ni la devise des contrats ni leur degré de couverture. 6
Toute l’enquête tient dans cette distinction. Le risque économique peut être visible sur les écrans et encore absent de la facture. Il peut aussi réapparaître au prochain renouvellement du contrat, être absorbé par la marge ou imposer un financement bien avant la livraison.
Un baril, deux mouvements de prix
Le calcul élémentaire mérite d’être posé proprement. Quand un euro achète 1,20 dollar, un baril facturé 120 dollars représente 100 euros. Si l’euro n’achète plus que 1,10 dollar, le même baril coûte 109,09 euros. Il faut diviser le prix en dollars par le nombre de dollars obtenu pour un euro. Une dépréciation de la monnaie et le renchérissement symétrique de la devise étrangère ont des pourcentages différents, parce que leur base de calcul change.
Pour mesurer l’épisode récent, nous utilisons le Brent au comptant publié par l’Energy Information Administration américaine, associé au taux de référence quotidien de la BCE. Du 1er septembre au 6 octobre 2026, le brut passe de 96,02 à 125,44 dollars le baril, soit +30,6 %. Converti aux taux des mêmes dates, il passe de 82,85 à 111,31 euros, soit +34,4 %. 2 3
Données, hypothèses et calculs
Prix euro = Brent en dollars / taux BCE exprimé en dollars par euro. Base 100 au 1er septembre 2026 pour chaque courbe. Les 26 observations communes sont nominales. Aucune série à terme ni prix de pompe n’est utilisé. L’EIA publie jusqu’au 6 octobre ; le change seul est disponible jusqu’au 12. Les cotations quotidiennes ne sont pas synchrones.
| Date | Brent $/baril | USD / EUR | Brent €/baril |
|---|---|---|---|
| 2026-09-01 | 96,02 | 1,1590 | 82,8473 |
| 2026-09-02 | 97,59 | 1,1578 | 84,2892 |
| 2026-09-03 | 100,52 | 1,1615 | 86,5433 |
| 2026-09-04 | 102,24 | 1,1622 | 87,9711 |
| 2026-09-07 | 104,47 | 1,1622 | 89,8899 |
| 2026-09-08 | 106,12 | 1,1614 | 91,3725 |
| 2026-09-09 | 109,51 | 1,1652 | 93,9839 |
| 2026-09-10 | 120,98 | 1,1616 | 104,1494 |
| 2026-09-11 | 118,06 | 1,1592 | 101,8461 |
| 2026-09-14 | 121,25 | 1,1551 | 104,9693 |
| 2026-09-15 | 130,80 | 1,1539 | 113,3547 |
| 2026-09-16 | 127,84 | 1,1537 | 110,8087 |
| 2026-09-17 | 121,18 | 1,1481 | 105,5483 |
| 2026-09-18 | 119,66 | 1,1460 | 104,4154 |
| 2026-09-21 | 116,15 | 1,1490 | 101,0879 |
| 2026-09-22 | 114,89 | 1,1463 | 100,2268 |
| 2026-09-23 | 117,45 | 1,1411 | 102,9270 |
| 2026-09-24 | 120,92 | 1,1367 | 106,3781 |
| 2026-09-25 | 116,01 | 1,1403 | 101,7364 |
| 2026-09-28 | 119,97 | 1,1378 | 105,4403 |
| 2026-09-29 | 113,96 | 1,1355 | 100,3611 |
| 2026-09-30 | 115,91 | 1,1355 | 102,0784 |
| 2026-10-01 | 114,82 | 1,1298 | 101,6286 |
| 2026-10-02 | 135,51 | 1,1225 | 120,7216 |
| 2026-10-05 | 125,51 | 1,1204 | 112,0225 |
| 2026-10-06 | 125,44 | 1,1269 | 111,3142 |
S02 / European Central Bank · S03 / US Energy Information Administration · S04 / Federal Reserve Bank of St. Louis / EIA
Le graphique garde les mouvements intermédiaires : le parcours a été heurté, avec plusieurs baisses entre les hausses. La série pétrolière consultée a été publiée le 7 octobre et s’arrête au 6. FRED reproduit cette même dernière observation ; il s’agit d’une reprise de l’EIA, pas d’une confirmation provenant d’un autre fournisseur de prix. La série de change disponible va jusqu’au 12 octobre. Nous arrêtons donc la comparaison commune au 6, sans prolonger artificiellement le pétrole. 3 4
Ces valeurs concernent un prix au comptant, pour une livraison immédiate de référence. Elles se distinguent des contrats à terme, qui portent sur une échéance future, et du prix effectivement négocié pour une cargaison particulière. L’EIA définit précisément cette nature du prix et mentionne Refinitiv comme fournisseur des observations. Quant au taux BCE, il est informatif et ne constitue pas une offre de conversion bancaire. 5 14
Pour séparer les deux effets, conservons d’abord le change du 1er septembre. Le pétrole du 6 octobre coûterait alors 108,23 euros. Le changement de cours du brut ajoute 25,38 euros au prix de départ ; le passage au change du 6 octobre ajoute ensuite 3,08 euros. Ensemble, ils expliquent les 28,47 euros supplémentaires par baril.
Données, hypothèses et calculs
P0 = 96,02 ; P1 = 125,44 dollars par baril ; e0 = 1,1590 ; e1 = 1,1269 dollar par euro. Départ P0/e0. Contribution pétrole (P1−P0)/e0. Contribution change P1×(1/e1−1/e0). Identité complète : P0/e0 + (P1−P0)/e0 + P1×(1/e1−1/e0) = P1/e1. Les calculs sont effectués avant l’arrondi à six décimales du tableau.
| Pétrole | Change | €/baril |
|---|---|---|
| 96.02 | 1.159 | 82,847282 |
| 125.44 | 1.159 | 108,231234 |
| 96.02 | 1.1269 | 85,207206 |
| 125.44 | 1.1269 | 111,314225 |
S02 / European Central Bank · S03 / US Energy Information Administration
Cette décomposition choisit volontairement un ordre : pétrole, puis change. Inverser l’ordre modifierait le partage de leur interaction, tout en laissant identique la hausse totale. C’est une attribution comptable, utile pour lire une facture. Elle n’identifie pas la cause des mouvements de marché : le choc pétrolier peut lui-même influencer l’euro, la croissance attendue et les anticipations de taux.
Le contrat choisit le dollar qui vous concerne
Entre ce baril de référence et l’énergie utilisée par une entreprise, il reste du chemin. Un raffineur achète une qualité de brut, un transporteur du gazole, une compagnie aérienne du kérosène. Leurs prix reflètent aussi la transformation, le lieu de livraison, le transport et la disponibilité du produit. Le brut est une matière première commune à plusieurs carburants ; chaque produit conserve son marché. 5
Une protection indexée sur le Brent peut donc laisser varier l’écart entre le brut et le carburant réellement acheté. Les financiers appellent cela le risque de base : la référence couverte et la dépense réelle évoluent différemment. Couvrir cent unités de pétrole ne verrouille pas automatiquement le prix de cent unités d’un produit raffiné, au bon endroit et à la bonne date. La BCE documente aussi ces écarts entre produits et lieux de livraison dans son étude sur les dérivés énergétiques. 9
La monnaie du contrat ajoute un autre étage, à examiner avec la couverture de change. Le gaz négocié sur la référence européenne TTF est coté en euros par mégawattheure, selon les spécifications d’ICE. Multiplier une hausse déjà exprimée en euros par un nouvel effet EUR/USD conduirait à compter deux fois une conversion. La concurrence avec d’autres approvisionnements peut influencer le prix du TTF ; la cotation en euros a néanmoins déjà fixé la monnaie du calcul. 7
Une entreprise doit ainsi reconstituer sa propre formule de prix : référence énergétique, prime ou écart local, période de fixation, devise de paiement. Une facture libellée en euros peut intégrer un prix révisé à partir du dollar. À l’inverse, un prix en dollars fixé longtemps à l’avance laisse le risque de change ouvert jusqu’à son règlement, sauf dispositif complémentaire.
C’est à cette échelle que l’expression « énergie couverte » prend un sens précis. Le pourcentage annoncé résume un volume et une période ; il gagne à être lu avec le prix garanti, la monnaie et les dépenses auxquelles il s’applique.
La couverture qui laisse une porte ouverte
Prenons une entreprise fictive qui doit acheter 100 000 barils. Son budget repose sur 100 dollars le baril et 1,20 dollar pour un euro, soit 8,333 millions d’euros. À la livraison, supposons un baril à 125 dollars et un euro à 1,10 dollar. Sans protection, la facture atteint 11,364 millions d’euros, une hausse de 36,4 %.
Ce cas est pédagogique. Les prix, le volume, les cours de couverture et la simultanéité des règlements sont des hypothèses. Nous écartons les frais, les garanties initiales, la fiscalité et les écarts entre références pour isoler les deux risques.
Si l’entreprise a fixé le pétrole à 100 dollars le baril, son coût économique en dollars reste de dix millions. Il lui faut toutefois 9,091 millions d’euros au nouveau change. La couverture de la matière première fonctionne ; la facture en monnaie domestique augmente de 9,1 %.
Imaginons maintenant qu’elle ait réservé dix millions de dollars à 1,20 dollar pour un euro, sans fixer le pétrole. Cette couverture porte sur le montant prévu au budget. Or le produit coûte finalement 12,5 millions de dollars. Il reste 2,5 millions de dollars à acheter au nouveau cours. Le coût total atteint 10,606 millions d’euros, en combinant les dollars réservés et les dollars supplémentaires.
Données, hypothèses et calculs
Quantité 100 000 barils ; budget 100 $/baril ; prix final 125 $/baril ; taux initial et forward fictif 1,20 USD/EUR ; taux final 1,10. Notionnel de change fixé à 10 M$. Dans le cas de change seul, 10 M$ sont convertis à 1,20 et les 2,5 M$ restants à 1,10. Hors frais, taxes, risque de base, marge initiale et financement ; règlements supposés simultanés.
| Cas | Coût € | Variation % |
|---|---|---|
| Budget | 8 333 333,33 | 0,0000 |
| Sans protection | 11 363 636,36 | 36,3636 |
| Pétrole seul | 9 090 909,09 | 9,0909 |
| Change seul, notionnel fixe | 10 606 060,61 | 27,2727 |
| Pétrole et change | 8 333 333,33 | 0,0000 |
Le détail compte : un pourcentage de couverture de change calculé sur le budget initial peut laisser une dépense supplémentaire entièrement exposée. Dans cet exemple, annoncer une couverture complète des dix millions prévus serait exact. En déduire que toute la facture future était protégée serait trompeur.
Avec un prix pétrolier fixé à 100 dollars et les dix millions de dollars correspondants réservés à 1,20, le modèle retrouve ses 8,333 millions d’euros. Les montants, les échéances et les références se correspondent. Dans une opération réelle, les termes du contrat à terme de change incorporent notamment les conditions de financement ; un taux budgétaire et un taux de couverture ne sont pas interchangeables. Le cas ne suppose aucun produit bancaire réellement disponible aux conditions retenues.
Une modification du volume consommé peut encore désaligner la protection. Les renouvellements des protections en dollars sont aussi développés dans notre enquête sur les couvertures de change asiatiques. Un industriel qui réduit sa production a parfois réservé trop de devises ou trop de matière. Celui qui augmente ses commandes doit compléter sa couverture. Le travail de trésorerie consiste aussi à rapprocher régulièrement contrats financiers et activité physique.
La protection a une date de fin
Une couverture peut permettre de traverser plusieurs mois de hausse avec un coût relativement stable. À mesure qu’elle expire, l’entreprise doit acheter au prix courant ou fixer de nouveaux contrats. Si le choc persiste, la dépense rejoint progressivement les nouvelles conditions. Une facture temporairement contenue renseigne donc autant sur le calendrier des protections que sur l’exposition finale.
Les publications d’Air France-KLM illustrent cette lecture par millésime. Dans ses résultats du 30 juillet 2026, le groupe annonçait 67 % de sa consommation de carburant couverte pour 2026 et 40 % pour 2027. Ce sont des positions déclarées à cette date, sur le carburant ; elles ne constituent pas une photographie d’octobre de tous ses risques de change. 10
Un renouvellement peut aussi arriver dans un marché plus favorable. L’entreprise garde alors une période de coûts élevés hérités d’anciens contrats pendant que les cours affichés reculent. La symétrie est utile : sécuriser un budget revient à renoncer à une partie des mouvements favorables futurs, selon les instruments employés. Le bilan doit comparer la dépense physique et le résultat de couverture sur le même périmètre.
Le calendrier des stocks joue lui aussi. Entre achat, livraison, transformation et vente, le coût finit dans les comptes à des moments différents. Une variation quotidienne du Brent et un résultat trimestriel peuvent donc raconter des étapes distinctes d’une même histoire. Il faut retrouver les périodes de fixation et les volumes avant d’attribuer un gain ou une perte à la stratégie.
Protéger le prix peut exiger du cash avant la livraison
La couverture limite un risque économique tout en créant des besoins de trésorerie. Pour les contrats compensés, les appels de marge servent à régler au fil du temps les variations de valeur et à protéger les contreparties. La BCE a montré, à partir de la crise de 2022, comment ces exigences pouvaient pousser les entreprises énergétiques à solliciter leurs banques. Ce précédent éclaire un mécanisme ; il ne chiffre pas les appels de marge d’octobre 2026. 9
Le sens de la position est essentiel. Notre analyse des appels de marge distingue également la perte économique et les espèces exigées à une échéance précise. Un acheteur de pétrole protégé par une position acheteuse gagne normalement sur cette couverture lorsque sa référence monte. Il peut en revanche devoir fournir du cash quand elle baisse, avant de profiter d’un achat physique moins cher. 16
Dans une seconde simulation, indépendante du change, l’entreprise verrouille 100 000 barils à 100 dollars, via un contrat à terme. Vingt jours plus tard, le prix de ce même contrat tombe à 80 dollars : la marge de variation cumulée représente une sortie de deux millions de dollars. L’entreprise doit pouvoir les mobiliser alors que la livraison reste à venir.
À soixante jours, supposons un prix de 125 dollars au règlement. La remontée depuis 80 apporte 4,5 millions de marge de variation. L’achat physique coûte 12,5 millions. Sur l’ensemble du parcours, le gain net de couverture atteint 2,5 millions et ramène le coût économique à dix millions.
Données, hypothèses et calculs
Simulation indépendante du change. Position acheteuse sur le même contrat à terme pour 100 000 barils. La marge de variation représente quantité × variation de prix depuis l’étape précédente. Flux : −2 M$, +4,5 M$, puis −12,5 M$ de paiement physique. Total −10 M$. Les dépôts initiaux et leur financement sont exclus.
| Jour | Contrat $ | Flux marge M$ | Achat M$ |
|---|---|---|---|
| 0 | 100 | 0,0 | 0,0 |
| 20 | 80 | -2,0 | 0,0 |
| 60 | 125 | 4,5 | -12,5 |
S09 / European Central Bank · S16 / Commodity Futures Trading Commission
Le budget en dollars est respecté dans ce modèle idéal. Pourtant, deux millions ont dû être avancés en cours de route. Les dépôts initiaux, les frais et les intérêts de financement sont exclus du calcul ; ils ajouteraient leurs propres contraintes.
Sans couverture, une hausse de la facture physique peut aussi accroître le financement du stock avant son encaissement auprès des clients. Prix protégé, liquidité disponible et accès à la marchandise sont trois dimensions à examiner ensemble. Un contrat financier ne transporte aucun baril et ne règle pas, à lui seul, un retard de livraison.
La hausse cherche une marge à réduire
Revenons à la facture en euros. Pour comprendre sa diffusion, une troisième simulation utilise une entreprise réalisant 20 millions d’euros de ventes, avec 12 millions d’autres charges et cinq millions de dépenses énergétiques. Son surplus d’exploitation simplifié est de trois millions, soit 15 % des ventes. Ce cadre laisse de côté impôt, financement, amortissements et effets de volume.
Appliquons seulement à l’énergie le même choc hypothétique, soit 36,4 % après arrondi, que dans le cas précédent. Elle coûte désormais 6,818 millions. À prix de vente et volumes constants, le surplus tombe à 1,182 million, une contraction de 60,6 %. Le poids de l’énergie dans les coûts suffit à expliquer cette amplification sur le résultat.
Si l’entreprise récupère 60 % du surcoût auprès de ses clients, ses ventes atteignent 21,091 millions et son surplus 2,273 millions. Le client supporte 1,091 million supplémentaire ; l’entreprise conserve une réduction de résultat de 727 000 euros. Cette répartition est une hypothèse, sans estimation de ce que le marché accepterait réellement.
Données, hypothèses et calculs
Ventes initiales 20 M€, autres charges 12 M€, énergie 5 M€. Le choc de 36,3636 % s’applique à l’énergie. Les fractions de répercussion sont 0 %, 60 % et 100 % du surcoût, à volumes constants. Surplus = ventes − autres charges − énergie. Marge = surplus / ventes. Le modèle laisse de côté amortissements, financement et impôts.
| Cas | Ventes M€ | Surplus M€ | Marge % |
|---|---|---|---|
| Initial | 20,000000 | 3,000000 | 15,0000 |
| 0 % | 20,000000 | 1,181818 | 5,9091 |
| 60 % | 21,090909 | 2,272727 | 10,7759 |
| 100 % | 21,818182 | 3,000000 | 13,7500 |
Même en récupérant intégralement le surcoût, une nuance subsiste. Le surplus revient à trois millions, mais sur 21,818 millions de ventes. La marge en pourcentage reste inférieure à son niveau initial : 13,75 %, contre 15 %. Préserver une somme de résultat et préserver un taux de marge sont deux objectifs différents.
Au-delà de cette entreprise, le prix de vente dépend de la concurrence, de la demande et des dates auxquelles les contrats peuvent être révisés. La recherche de la Banque d’Espagne sur la transmission du change insiste sur cette hétérogénéité : contenu importé, devise de facturation, chaînes de valeur et pouvoir de marché influencent le passage aux prix. Elle recommande de tenir compte de la nature du choc plutôt que d’utiliser un coefficient unique. 8
Notre enquête sur les réserves pétrolières et la transmission à la pompe suit la diffusion d’un changement de référence aux carburants. Le prix à la pompe ajoute encore les coûts du produit raffiné, de distribution et les prélèvements fiscaux. La Commission européenne publie séparément les prix des carburants avec et sans taxes, ainsi que les informations sur TVA et accises. 12 Un prélèvement fixe par unité dilue un choc exprimé en pourcentage du prix total ; une taxe proportionnelle accompagne la variation de son assiette. Ce raisonnement arithmétique ne remplace pas les barèmes propres à chaque pays.
Passer ensuite à l’inflation générale exige de pondérer les produits et de suivre les révisions de prix dans le temps. Une hausse de 34,4 % du baril converti ne devient donc pas une prévision d’inflation européenne de 34,4 %. Les données de cette enquête permettent de mesurer le premier étage ; elles ne suffisent pas à chiffrer tous les suivants.
Le dollar a aussi des gagnants européens
Une monnaie plus faible améliore la conversion en euros des recettes encaissées en dollars. Encore faut-il soustraire les achats et les autres paiements dans cette même devise. Une entreprise fictive qui reçoit dix millions de dollars et en dépense six possède une exposition nette de quatre millions. À activité inchangée, passer de 1,20 à 1,10 dollar pour un euro augmente leur contre-valeur de 3,333 à 3,636 millions d’euros.
Les couvertures peuvent reporter cet avantage, tout comme elles reportent les pertes d’un importateur. Safran indiquait dans ses résultats du 28 juillet 2026 que son exposition nette de 2026 était entièrement couverte, avec un taux cible de 1,12 dollar pour un euro et une hypothèse d’exposition annuelle de 16 milliards de dollars. Cette publication d’entreprise illustre le décalage possible entre le cours affiché et la conversion économique retenue. 11
Données, hypothèses et calculs
Tous les montants sont fictifs. Pétrole maintenu à 100 $/baril ; gaz TTF maintenu à 80 €/MWh ; exportateur recevant 10 M$ et payant 6 M$. Le change passe de 1,20 à 1,10 USD/EUR. La cotation TTF en euros est vérifiée dans les spécifications ICE. Une évolution économique du gaz est possible : elle n’est pas modélisée ici.
| Exposition | À 1,20 | À 1,10 |
|---|---|---|
| 100 $ / baril | 83,3333 € | 90,9091 € |
| 80 € / MWh | 80 € | 80 € |
| 4 M$ nets | 3,333333 M€ | 3,636364 M€ |
À l’échelle d’un pays importateur net d’énergie, la question porte aussi sur le pouvoir d’achat du revenu national. Lorsque les importations deviennent plus chères relativement aux exportations, il faut céder davantage de production ou de revenu pour acheter les mêmes biens étrangers. C’est la détérioration des termes de l’échange, le rapport entre prix d’exportation et prix d’importation. La DG Trésor avait étudié en 2022 comment ce prélèvement se répartissait entre entreprises, ménages et budget public. 13
Un exportateur bénéficiaire, une marge absorbant le choc, un fournisseur couvert et un ménage exposé peuvent coexister. Les gains privés sur une devise ne se transforment pas automatiquement en compensation pour tous les importateurs d’énergie. Inversement, calculer une facture nationale à volumes fixes surestimerait la dépense effective si les achats diminuent. La baisse des volumes peut toutefois refléter des économies d’énergie ou une réduction de l’activité : leur sens économique diffère.
L’arbitrage monétaire se joue après la conversion
L’affaiblissement de l’euro renforce la pression importée. Une énergie plus coûteuse peut simultanément réduire les dépenses disponibles pour les autres biens et peser sur l’investissement. La banque centrale doit apprécier ces effets dans le temps, avec les anticipations de prix et les réactions des entreprises.
Dans un entretien réalisé le 1er octobre et publié le 6, Philip Lane indique que l’énergie dépasse les hypothèses du scénario central de la BCE, tout en soulignant l’absence, jusque-là, de très forts effets de second tour. Il insiste aussi sur le frein que peuvent exercer les taux longs sur l’activité et l’inflation. 15
La distinction est concrète. Une hausse de carburant payée aujourd’hui constitue un effet direct. Le transporteur qui révise ensuite son tarif transmet une partie du choc. Si salaires, marges et autres prix s’ajustent durablement dans son sillage, la pression devient plus persistante. La vitesse et l’ampleur de ces étapes conditionnent la réponse monétaire.
L’enquête établit un renchérissement du baril converti et reconstitue plusieurs façons d’en porter le risque. Elle ne reconstitue ni l’intégralité des couvertures européennes ni leur calendrier de renouvellement. Elle ne permet pas davantage d’isoler, dans les mouvements de l’euro, une contribution propre du pétrole ou des tensions budgétaires françaises.
Pour comprendre les prochains résultats industriels, les variables décisives seront la part des achats restant ouverte, le montant de dollars effectivement sécurisé, les échéances des protections et la capacité de relever les prix. À plus long terme, réduire l’énergie nécessaire par unité produite diminue directement la quantité à financer et à couvrir. Le cours de l’euro explique une partie de la facture ; les contrats et l’usage physique de l’énergie déterminent où et quand elle arrive.
Sources et périmètres
01 / Reuters · Euro skids toward fifth weekly fall, but selling pressure slows
Publication : 2026-10-09. Période : 2026-10-09.
https://www.reuters.com/business/euro-skids-toward-fifth-weekly-fall-selling-pressure-slows-2026-10-09/Texte Reuters vérifié dans la reprise publiée par MarketScreener.
02 / European Central Bank · ECB euro reference exchange rate: US dollar
Publication : Daily series. Période : 2026-09-01 to 2026-10-12.
https://www.ecb.europa.eu/stats/policy_and_exchange_rates/euro_reference_exchange_rates/html/eurofxref-graph-usd.en.htmlLa dernière observation du 12 octobre est également contrôlée dans le fichier XML SDMX officiel.
03 / US Energy Information Administration · Europe Brent Spot Price FOB
Publication : 2026-10-07. Période : 2026-09-01 to 2026-10-06.
https://www.eia.gov/dnav/pet/hist/RBRTED.htm04 / Federal Reserve Bank of St. Louis / EIA · Crude Oil Prices: Brent - Europe (DCOILBRENTEU)
Publication : 2026-10-07. Période : 2026-10-06.
https://fred.stlouisfed.org/series/DCOILBRENTEU05 / US Energy Information Administration · Spot prices definitions
Publication : Undated methodology. Période : Methodological.
https://www.eia.gov/dnav/pet/TblDefs/pet_pri_spt_tbldef2.asp06 / Eurostat · EU energy dependency / energy statistics, 2024
Publication : 2026-03-18. Période : 2024.
https://ec.europa.eu/eurostat/en/web/products-eurostat-news/w/wdn-20260318-107 / ICE · Dutch TTF Natural Gas Futures
Publication : Undated product specifications. Période : Contract terms consulted 2026-10-11.
https://www.ice.com/products/2799666508 / Banco de España / Eva Ortega Eslava and Chiara Osbat · Exchange rate pass-through in the euro area and EU countries
Publication : 2020-06-04. Période : Research summary; Occasional Paper No. 2016.
https://www.bde.es/wbe/es/publicaciones/analisis-economico-investigacion/documentos-ocasionales/exchange-rate-passthrough-euro-area-and-eu-countries.html09 / European Central Bank · Financial stability risks from energy derivatives markets
Publication : 2022-11. Période : 2021–2022 historical energy-market stress.
https://www.ecb.europa.eu/press/financial-stability-publications/fsr/special/html/ecb.fsrart202211_01~173476301a.en.html10 / Air France-KLM · Air France-KLM Q2 2026 Results
Publication : 2026-07-30. Période : Q2/H1 2026; hedges reported for 2026 and 2027.
https://www.globenewswire.com/news-release/2026/07/30/3335784/0/en/Air-France-KLM-Q2-2026-Results.html11 / Safran · Safran reports its first-half 2026 results
Publication : 2026-07-28. Période : H1 2026 / June 2026 hedge portfolio.
https://www.safran-group.com/pressroom/safran-reports-its-first-half-2026-results-2026-07-2812 / European Commission / DG Energy · Weekly Oil Bulletin
Publication : Page consulted 2026-10-11. Période : Methodology; latest linked bulletin 2026-10-08.
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https://www.cftc.gov/LearnAndProtect/EducationCenter/economicpurposeCet article ne constitue en aucun cas un conseil en investissement.
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