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Lire les réserves de change des banques centrales (COFER et part de l'or)

Guide de référence sur les réserves de change mondiales : ce que mesure le COFER du FMI, la part du dollar et son déclin graduel, le piège central de la valorisation face aux vrais flux d'achat, le cas de l'or exclu du COFER et son passage au-dessus des Treasuries, et comment distinguer une décision d'allocation d'un simple effet de prix. Avec les données 2026 comme cas d'école du récit de la dédollarisation.

Les réserves de change disent ce qu’une banque centrale garde sous la main quand tout va mal, et à ce titre elles trahissent ses vraies préférences mieux que ses discours. Mais leur lecture est un champ de mines, car un chiffre qui bouge n’est pas forcément une décision qui a été prise. La part du dollar peut chuter d’un trimestre à l’autre sans qu’aucun banquier central n’ait vendu un seul billet vert, simplement parce que le dollar s’est déprécié. Lire les réserves, c’est d’abord apprendre à séparer ce que le prix a fait de ce que l’allocation a voulu. Ce guide donne cette grille, avec les données de 2026 et le récit de la dédollarisation en toile de fond.

La méthode du COFER

La source de référence est le COFER, publié chaque trimestre par le Fonds monétaire international. Il mesure la composition en devises des réserves de change officielles du monde, c’est-à-dire les avoirs en monnaies étrangères que les banques centrales détiennent pour intervenir et se financer. Deux précisions de périmètre sont essentielles. D’abord, le COFER ne couvre que les réserves dites allouées, celles dont la devise est déclarée au FMI ; une fraction reste non allouée, même si la couverture est aujourd’hui quasi complète. Ensuite, et c’est capital, le COFER exclut l’or : il ne mesure que les devises. La part de l’or, elle, se calcule sur les réserves totales, un ensemble différent.

À l’intérieur de ce périmètre, le dollar reste dominant, mais son règne s’effrite lentement. Sa part est passée de près de 71 % en 2000 à environ 57 % au premier trimestre 2026, un déclin réel mais graduel, étalé sur un quart de siècle, qui n’a rien du décrochage brutal parfois annoncé.

La part du dollar dans les réserves allouéesPart du dollar dans les réserves de change mondiales déclarées, en pourcentage.2000≈ 71 %2015≈ 66 %2026 (T1)≈ 57 %Un déclin réel mais lent : environ quatorze points en vingt-cinq ans, pas un effondrement.Source : FMI, COFER. Parts arrondies.
Le recul du dollar est graduel et étalé sur un quart de siècle. Une part de ce mouvement tient d'ailleurs à la valorisation, non à des ventes : lire la tendance ne suffit pas, il faut la décomposer. Source : FMI.

Le piège de la valorisation

Voici l’erreur qui piège la moitié des commentaires. Quand la part du dollar bouge, la première question n’est pas « pourquoi les banques centrales ont-elles vendu », mais « le prix a-t-il changé ». Car les réserves sont valorisées en dollars, et le simple mouvement des taux de change déplace les parts sans qu’aucune allocation n’ait été modifiée. La donnée de 2026 l’illustre parfaitement : la part du dollar est montée à 57,13 % au premier trimestre 2026, contre 56,42 % fin 2025, mais cette hausse tient pour l’essentiel à l’appréciation du dollar, l’effet de valorisation expliquant environ la moitié du mouvement. Un trimestre plus tôt, la même mécanique jouait en sens inverse : quand la part du dollar avait reculé, 92 % de la baisse venaient des taux de change, pas des décisions de portefeuille.

La leçon est une discipline : ne jamais lire une variation de part sans la corriger de l’effet de valorisation. Une part qui monte peut cacher des ventes, une part qui baisse peut cacher des achats. Seule la mesure à taux de change constant révèle ce que les banques centrales ont réellement décidé, et elle raconte presque toujours une histoire plus terne que le prix.

L’or, hors du COFER

Le même piège se rejoue, amplifié, sur l’or. En 2025, l’or a dépassé les bons du Trésor américain comme part des réserves officielles, un basculement spectaculaire que nous avons commenté dans notre analyse du debasement trade. Mais ce franchissement a été porté presque entièrement par la hausse du prix de l’or, pas par un rééquilibrage, et il n’apparaît pas dans la part du dollar au COFER, restée globalement stable. Quand le métal bondit, sa valeur dans les réserves gonfle mécaniquement, sans qu’une once ait été achetée.

Cela ne signifie pas que rien ne se passe. Les banques centrales achètent bel et bien de l’or à un rythme soutenu, un vrai flux que nous suivons dans notre article sur les tonnes accumulées, et pour le mesurer il faut regarder les tonnes, pas la valeur. La bonne lecture superpose donc deux plans : la valorisation, qui fait le gros des variations de parts, et le flux, plus lent, qui trahit l’intention. Confondre les deux, c’est prendre une hausse du cours pour une décision géopolitique.

Les pièges de lecture

Au-delà de la valorisation, quelques réflexes s’imposent. Le premier est de distinguer réserves allouées et totales : le COFER porte sur les premières, la part de l’or sur les secondes, et les mélanger produit des non-sens. Le deuxième est de se méfier des déclarants manquants : certains grands détenteurs, la Chine au premier chef, ne déclarent pas finement la composition de leurs réserves, ce qui rend la mesure de leurs choix indirecte. Le troisième est le décalage : la donnée COFER paraît avec un trimestre de retard. Le quatrième, enfin, est le biais du récit : la dédollarisation est un mouvement réel mais lent, et la tentation est grande de lire chaque soubresaut de prix comme la fin du dollar, alors que les vrais flux, corrigés de la valorisation, dessinent une diversification graduelle et partielle, cohérente avec notre lecture du récit face aux chiffres.

Lire les réserves en pratique

La méthode tient en quatre gestes. Toujours corriger une variation de part de l’effet de change avant d’y voir une décision. Mesurer l’or en tonnes, jamais en valeur, pour isoler le flux du prix. Séparer proprement le COFER, qui parle devises et réserves allouées, de la part de l’or, qui parle réserves totales. Et croiser la donnée dure avec les intentions déclarées, comme l’enquête annuelle du World Gold Council, pour anticiper les flux à venir. Lu ainsi, le tableau de 2026 est sobre : le dollar autour de 57 %, stable une fois neutralisée la valorisation ; l’or accumulé pour de vrai mais dont la envolée de part doit presque tout au cours. La dédollarisation existe, elle est lente, et elle se lit dans les flux, pas dans les prix.


Sources

Cet article ne constitue en aucun cas un conseil en investissement.


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