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La Fed peut-elle faire baisser les taux longs en remontant ses taux ?

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Analyse complète
La Fed pourrait relever son taux directeur et voir le rendement des obligations à dix ans reculer. Pour comprendre ce paradoxe, il faut regarder ce que les prêteurs attendent des années suivantes. Un resserrement jugé efficace contre l’inflation peut les rassurer sur la suite ; un geste perçu comme tardif peut les inquiéter davantage. À deux jours de la décision du 16 septembre, cette différence compte autant que le nombre de points de base annoncé.
Le décor est déjà posé. Le comité de politique monétaire américain, le FOMC, se réunit les 15 et 16 septembre. Depuis sa dernière décision, le 29 juillet, sa fourchette cible demeure 3,50–3,75 %. Vendredi 11 septembre, la courbe publiée par le Treasury indiquait 4,63 % à deux ans, 4,96 % à dix ans et 5,35 % à trente ans. Ces chiffres sont des rendements nominaux de marché à maturité constante, pas les coupons d’une même obligation ni des cotations en direct du lundi. [1] [2] [9]
La banque centrale fixe donc le prix de l’argent à très court terme dans un univers où prêter longtemps coûte déjà sensiblement plus cher. Elle peut relever le premier sans condamner les autres à suivre. Elle peut aussi maintenir le premier et regarder les autres s’envoler.
Pour comprendre pourquoi, il faut commencer par séparer deux questions que le langage courant range trop vite dans le même tiroir : combien coûte l’argent aujourd’hui ? Et quel rendement faut-il pour accepter les risques des dix prochaines années ?
Mercredi, le geste et le message
Le tableau CME FedWatch, horodaté du 14 septembre 2026 à 06:00:36, heure de Chicago (11:00:36 UTC), attribue 86,5 % à une hausse de 25 points de base lors de la réunion du 16 septembre, et 13,5 % au maintien de la fourchette actuelle. La fourchette associée à la hausse est 3,75–4,00 %. C’est une photographie de marché datée, susceptible de changer avant la décision. [3]
Ces probabilités sont calculées à partir des prix des contrats à terme sur les federal funds. La méthode du CME utilise la moyenne mensuelle du taux effectif au jour le jour et des mouvements par pas de 25 points de base. Elles reflètent des prix et des hypothèses de calcul ; elles ne comptent ni les réponses d’économistes ni les intentions des membres du FOMC. [25]
Une hausse est donc largement anticipée dans cette observation. Sa simple annonce apporterait moins d’information qu’un relèvement totalement inattendu. Le marché réagirait aussi au discours qui l’accompagne, à la persistance envisagée de l’inflation et à la trajectoire des décisions suivantes.
Un point de base représente 0,01 point de pourcentage. Une hausse de 25 points de base déplacerait la fourchette de 3,50–3,75 % vers 3,75–4,00 %. Elle ne ferait pas automatiquement passer le Treasury à dix ans de 4,96 % à 5,21 %. Ce raccourci arithmétique supprime précisément le sujet : dix ans d’anticipations ne se résument pas à la décision de mercredi.
Une inflation contrastée selon les indices
Le rapport publié par le Bureau of Labor Statistics le 11 septembre porte sur les prix d’août 2026. Le CPI augmente de 0,4 % sur le mois, après 0,1 % en juillet, en données corrigées des variations saisonnières. Sur un an, sans correction saisonnière, il progresse de 3,4 %, comme en juillet. L’essence augmente de 3,9 % sur le mois et contribue à plus d’un tiers de la hausse mensuelle globale. [4]
Le détail complique utilement le récit. Hors alimentation et énergie, le CPI gagne 0,3 % sur le mois, mais sa hausse annuelle ralentit à 2,4 %, contre 2,5 % en juillet. Il y a donc accélération mensuelle, poids important de l’énergie et modération annuelle du sous-jacent. Présenter ce rapport comme une flambée uniforme de tous les prix forcerait les données à entrer dans une histoire plus simple qu’elles. [4]
La Fed vise par ailleurs une inflation de 2 % mesurée par l’indice PCE, construit par le Bureau of Economic Analysis, et non par le CPI. Les deux indices se recoupent largement, mais leurs périmètres et pondérations diffèrent. Il ne faut pas comparer mécaniquement le CPI sous-jacent à la cible de PCE global pour conclure que la mission serait accomplie, ou perdue. [5]
Une banque centrale ne produit pas de pétrole. Face à un choc d’offre, relever les taux ne remet pas immédiatement de l’essence dans les stations. Le mécanisme passe par les dépenses, le crédit, les décisions d’investissement et les anticipations : empêcher une hausse sectorielle de se diffuser durablement dans la fixation des prix, sans casser inutilement le reste de l’économie. Le communiqué de juillet reconnaissait déjà le rôle de chocs d’offre, notamment énergétiques, dans l’inflation. [2]
C’est pourquoi le débat reste ouvert. L’effet immédiat du choc peut appeler de la patience ; le risque qu’il s’installe peut appeler de la fermeté. Ni le seul prix du baril ni une variation mensuelle isolée ne tranchent cette question.
Ce que rémunère une obligation à dix ans
Acheter une obligation à dix ans, c’est comparer son rendement à plusieurs solutions de rechange. On pourrait conserver des placements très courts et les renouveler au fil des années. On pourrait acheter un autre actif. On pourrait exiger davantage pour supporter un risque que l’on trouve mal payé.
Une représentation courante, utilisée notamment par la Fed, décompose le rendement long en deux grandes parties : la moyenne des taux courts nominaux attendus sur la période, plus une prime de terme. Pour un zéro-coupon, qui verse un seul paiement à l’échéance, cette décomposition est particulièrement naturelle dans les modèles de structure des taux. Appliquée au Treasury à dix ans coté au pair, elle sert ici d’approximation pédagogique, pas d’identité comptable calculée à partir de deux chiffres trouvés sur Internet. [6] [7]
La première partie contient déjà une vision de l’inflation future. Si les investisseurs pensent que les prix augmenteront davantage et plus longtemps, ils peuvent aussi prévoir des taux directeurs durablement plus élevés. Il ne faut donc pas ajouter ensuite, une seconde fois, toute l’inflation attendue à une moyenne de taux nominaux.
La deuxième partie rémunère le risque de détenir de la duration. Ce mot désigne la sensibilité du prix d’une obligation aux variations de taux : plus les paiements sont éloignés, toutes choses égales par ailleurs, plus leur valeur présente est sensible au rendement exigé. Une obligation longue peut perdre de la valeur bien avant que son émetteur ait la moindre difficulté à payer.
Le détenteur n’est pas matériellement enfermé pendant dix ans. Il peut revendre. Mais il ne connaît pas à l’avance le prix de sortie. Même s’il conserve le titre jusqu’à l’échéance, des dollars remboursés comme prévu peuvent acheter moins de biens que ce qu’il espérait. Sécurité du paiement nominal et stabilité du pouvoir d’achat sont deux propriétés différentes.
La prime de terme peut varier avec l’incertitude sur l’inflation, les taux réels, l’offre d’obligations longues et la capacité des investisseurs à absorber ce risque. Il ne s’agit pas d’une surcharge fixe au guichet. Elle peut même devenir négative : certains investisseurs acceptent un rendement inférieur à celui attendu d’une succession de placements courts parce qu’une obligation longue protège leur portefeuille dans certains mauvais scénarios. Richard Clarida décrivait explicitement cette possibilité en 2019. [6]
Voilà pourquoi le « taux à dix ans moins le taux de la Fed » ne mesure pas la prime de terme. Cet écart contient aussi la différence entre le taux court actuel et toute sa trajectoire future. La pente dix ans moins deux ans n’en constitue pas davantage une mesure pure.
Monter maintenant pour devoir monter moins longtemps
Le paradoxe devient assez simple dès que l’on raisonne sur une trajectoire plutôt que sur un bouton.
Supposons qu’une hausse convainque les investisseurs que la Fed empêchera l’inflation de s’installer. Les taux courts des prochains mois montent. Mais les taux qu’ils jugent nécessaires dans plusieurs années peuvent baisser : le risque d’une longue séquence de rattrapage monétaire se réduit. Simultanément, une partie de la rémunération exigée pour supporter l’incertitude peut diminuer.
Ces effets peuvent l’emporter sur la hausse immédiate, sans aucune garantie.
Un calcul volontairement simplifié donne l’ordre de grandeur. Dans une moyenne arithmétique sur dix ans, un supplément de 25 points de base pendant une seule année ajoute seulement 2,5 points de base à la moyenne. C’est une illustration, avec les autres années inchangées et sans les détails de capitalisation d’une véritable obligation. Elle montre pourquoi une révision modeste des années lointaines peut dominer la décision du jour.
Voici une seconde illustration. Aucun de ces chiffres n’est une prévision ni une estimation de la réunion de septembre.
| Exemple fictif | Avant | Après |
|---|---|---|
| Taux directeur utilisé dans l’exemple | 3,75 % | 4,00 % |
| Moyenne attendue des taux courts sur dix ans | 4,10 % | 4,00 % |
| Prime de terme | 0,90 % | 0,75 % |
| Rendement long simplifié : moyenne + prime | 5,00 % | 4,75 % |
Le taux directeur gagne 25 points de base ; le rendement long en perd 25. L’explication tient aux deux lignes centrales. Dans cet exemple fictif, le relèvement a modifié les anticipations pour les années suivantes.
L’inverse est tout aussi possible. Une hausse peut être interprétée comme l’aveu d’une inflation plus persistante, ou comme un geste insuffisant. La trajectoire anticipée des taux et la prime de terme peuvent alors monter ensemble. Et même une décision crédible ne supprime pas un besoin supplémentaire de rémunération lié à l’offre de dette ou aux taux réels.
Il serait donc excessif d’écrire que relever les taux « fait baisser » les taux longs. Le relèvement peut les faire baisser si le changement d’anticipations et de prix du risque qu’il provoque est suffisamment puissant. C’est une condition économique, pas une recette.
Estimer la prime de terme
On observe les prix des obligations. On ne voit jamais, sur le ticket, une ligne séparant exactement les anticipations du risque. Cette séparation nécessite un modèle.
Le graphique ci-dessous utilise la série Kim–Wright diffusée par la Fed et FRED pour la prime de terme d’un zéro-coupon à dix ans. Les deux rendements de Treasury proviennent de séries de maturité constante. La ligne Fed représente la borne supérieure de la fourchette cible, et non le taux effectif des transactions au jour le jour. [7] [8] [9] [10] [11] [12]
Entre le 6 juillet et le 11 septembre, le deux ans passe de 4,13 % à 4,63 %, le dix ans de 4,48 % à 4,96 %, alors que la borne supérieure de la cible Fed reste à 3,75 %. Les taux de marché n’ont manifestement pas attendu un nouveau relèvement pour bouger. La comparaison décrit les évolutions observées, sans attribuer chaque mouvement à un événement particulier. [9] [10] [11] [12]
Pour la prime de terme, la dernière observation disponible dans l’extrait consulté est le 4 septembre : 0,8892 point de pourcentage, soit environ 89 points de base. La série s’arrête là. Elle ne permet pas d’attribuer à une hausse de la prime de terme les mouvements des 10 et 11 septembre. [8]
La Fed précise que cette série est un produit de recherche de ses équipes, non une publication statistique officielle. Les paramètres, la méthode et les données peuvent être révisés. Une autre spécification pourrait attribuer davantage de variation aux anticipations de taux courts et moins à la prime, ou l’inverse. [7]
Il serait également incorrect de soustraire cette prime de zéro-coupon au rendement au pair d’un Treasury, puis de présenter le résultat comme « le taux Fed attendu ». Les instruments ne coïncident pas exactement ; les dates récentes non plus. Le graphique compare des indicateurs complémentaires. Il ne prétend pas reconstituer une décomposition parfaite de la dernière cotation.
Deux précédents de divergence
Le phénomène n’a pas attendu septembre 2026. En février 2005, Alan Greenspan constatait devant le Congrès que les taux longs avaient reculé malgré 150 points de base de hausse du taux directeur. Il évoquait plusieurs explications et décrivait le mouvement comme une énigme. La divergence était réelle, tandis que ses causes restaient discutées. [13]
L’automne 2024 offre la divergence inverse. Entre la veille de la première baisse de septembre et la fin décembre, la Fed réduit sa fourchette de 5,25–5,50 % à 4,25–4,50 %. Sur les mêmes dates de comparaison, le rendement à dix ans monte de 3,65 % à 4,58 %. Le deux ans monte également. [14] [15] [16]
Une baisse décidée aujourd’hui n’interdit pas au marché d’anticiper moins de baisses demain, un taux d’équilibre plus élevé ou une prime de risque plus importante. Inversement, la baisse d’un taux long après un resserrement peut refléter autant une peur de récession qu’une confiance retrouvée dans la stabilité des prix.
L’observation interdit le réflexe « Fed baisse, obligations montent ». Elle n’autorise pas à remplacer ce réflexe par son contraire. Pour distinguer les moteurs, il faut confronter prix, anticipations, données économiques et estimations de risque. Une ligne de graphique ne dispose pas, à elle seule, d’un détecteur de crédibilité.
Comment la Fed interprète les taux longs
La tentation suivante serait de conclure que le marché obligataire force la Fed à agir. Il influence les conditions financières et lui apporte des informations. Mais un rendement plus élevé n’indique pas automatiquement quelle décision répond le mieux au double mandat d’emploi et de stabilité des prix.
Le 28 août, à Jackson Hole, Kevin Warsh insistait sur l’insuffisance des progrès contre l’inflation. Il jugeait toutefois les anticipations à moyen terme globalement stables et soulignait la nécessité de préserver cet ancrage. Son discours défendait une discipline, pas une décision déjà prise pour septembre. Affirmer aujourd’hui que les anticipations seraient manifestement désancrées irait au-delà de ce constat daté et des données présentées ici. [17]
Une hausse des taux longs peut aussi accomplir une partie du travail de refroidissement : certains crédits deviennent plus chers, des projets cessent d’être rentables, l’immobilier ralentit. En octobre 2023, Jerome Powell relevait déjà que les rendements longs avaient contribué au durcissement des conditions financières, avec des conséquences possibles pour la politique monétaire. [18]
La nature du mouvement est déterminante. Si les taux longs montent parce que la demande reste forte et que les investisseurs anticipent une Fed plus ferme, ne pas resserrer peut contredire le scénario sur lequel reposent déjà les prix. Si le mouvement provient d’une prime de risque qui durcit elle-même le financement, une hausse supplémentaire peut produire un freinage excessif. Et si le long baisse parce que le marché craint une récession, cette baisse n’est pas un certificat de bonne santé.
Le comité doit donc examiner l’origine et la persistance du choc, les délais de transmission et les écarts entre secteurs. Le marché lui pose une question. Il ne lui fournit pas nécessairement la réponse.
Pendant ce temps, Bessent doit placer la dette
Le Trésor américain évolue dans le même marché, avec une autre mission : financer l’État dans la durée.
Dans ses prévisions publiées le 3 août, il annonçait 739 milliards de dollars d’emprunts nets négociables détenus par le secteur privé au troisième trimestre 2026, puis 628 milliards au quatrième. Ces montants reposent notamment sur des soldes de trésorerie de fin de trimestre supposés de 950 et 850 milliards. Ce sont des prévisions de financement, pas des dépenses nouvellement votées en septembre. [19]
Le mot net compte. Le Trésor doit aussi remplacer des titres arrivant à échéance : les émissions brutes sont plus importantes que le besoin net. Celui-ci ne coïncide pas exactement avec le déficit budgétaire, puisqu’interviennent la trésorerie et d’autres opérations de financement. Enfin, ces montants couvrent plusieurs maturités ; les présenter comme 739 milliards d’obligations à dix ou trente ans serait faux. [19] [20]
Des rendements plus élevés rendent, toutes choses égales par ailleurs, les prochaines levées plus coûteuses. La transmission à la facture fédérale est progressive. Une obligation à coupon fixe déjà émise conserve son coupon ; son prix peut chuter sans que le Treasury verse immédiatement davantage à son propriétaire. Le surcoût apparaît principalement lors des nouvelles émissions et du refinancement, plus rapidement pour les titres courts et les instruments à taux variable.
Multiplier toute la dette fédérale par la variation du dix ans donnerait donc un chiffre spectaculaire, mais pas la facture de l’année. Pour la calculer, il faudrait connaître les échéances, les nouvelles émissions, les taux applicables à chacune et les titres indexés. L’ordre de grandeur du stock ne dispense pas de regarder son calendrier.
L’offre future de dette peut néanmoins peser dès maintenant sur les rendements : les investisseurs demandent à quel prix ils accepteront d’absorber davantage de risque de taux. Mais un gros besoin d’emprunt ne signifie pas que « plus personne ne veut de Treasuries ». Il peut signifier que les acheteurs en veulent à un rendement supérieur. La différence est moins théâtrale et financièrement essentielle.
Le rôle des rachats du Trésor
Le 19 août, le Treasury a annoncé un élargissement de ses rachats de soutien à la liquidité sur les compartiments nominaux 10–20 ans et 20–30 ans. À compter du 9 septembre, le plafond de 2 milliards par opération devait passer à au moins 4 milliards, jusqu’au prochain refinancement trimestriel du 4 novembre. Il s’agit de la taille maximale des opérations, non d’un minimum d’achats garanti. [21]
Le calendrier mis à jour le 9 septembre va plus loin sur une opération précise : le 10 septembre, dans le compartiment 10–20 ans, le plafond est fixé à 6 milliards, avec règlement le 11. La colonne de minimum reste à zéro. Ce document ne doit pas être confondu avec un résultat d’opération. [22]
Pourquoi un État qui doit emprunter rachète-t-il en même temps ses anciennes obligations ? Parce que la qualité du marché compte aussi.
Les titres les plus récemment émis, dits on-the-run, concentrent une part importante de l’activité. Des émissions plus anciennes, off-the-run, peuvent être moins faciles à revendre en taille et plus coûteuses à intermédier. Le programme crée une possibilité régulière de les céder. Sa FAQ indique qu’il vise le fonctionnement courant du marché, et non, dans sa conception actuelle, la gestion d’épisodes aigus de stress. [23]
Prenons une opération fictive. Un intermédiaire détient des obligations anciennes difficiles à écouler. Il propose au Treasury une quantité et un prix. Le Trésor peut accepter les offres qu’il juge intéressantes, dans la limite annoncée, ou acheter moins. L’intermédiaire récupère de la capacité de bilan ; les titres rachetés sont retirés de la circulation au règlement. Une partie des frictions de transaction peut ainsi diminuer. Cela ne fixe pas le rendement auquel les investisseurs accepteront les prochaines obligations.
La distinction avec l’assouplissement quantitatif, ou QE, est décisive. Lors d’achats monétaires, la Fed acquiert des actifs pour son propre bilan dans le cadre de sa politique. Ici, le Treasury rachète sa dette avec ses ressources de trésorerie et son financement. La Fed de New York peut exécuter les opérations, mais comme agent du Trésor, pas comme acheteur monétaire pour son propre portefeuille. [23] [24]
Le Trésor écrit lui-même, dans la note accompagnant ses prévisions d’emprunt, que les rachats ne devraient pas modifier sensiblement l’emprunt net privé, les nouvelles émissions remplaçant les titres rachetés. On réorganise une dette et son marché ; on ne finance pas durablement les déficits en faisant disparaître les factures. [19]
La structure exacte du refinancement reste importante. Remplacer des obligations longues par des bons courts peut retirer du risque de duration au marché, mais augmente l’exposition de l’État aux refinancements rapprochés. Émettre d’autres obligations longues produit un effet différent. Les règlements peuvent aussi déplacer temporairement la trésorerie et les réserves bancaires. Aucune de ces nuances ne transforme automatiquement l’opération en QE.
Un plafond de rendement exigerait un engagement à défendre un prix ou un taux. Le programme décrit dans ces documents propose des rachats plafonnés, discrétionnaires et ciblés. Il peut améliorer la liquidité, influencer certains écarts de prix et réduire des coûts d’intermédiation sans empêcher les taux longs de monter sous l’effet de l’inflation, des taux réels ou de l’offre de dette.
Bessent peut ainsi chercher un marché plus fluide pendant que Warsh envisage de rendre l’argent court plus cher. Il n’y a pas nécessairement contradiction. On peut réparer les conditions d’échange sans subventionner le prix auquel tout le monde souhaite emprunter.
L’IA arrive au guichet avec les autres
Ce débat dépasse la facture de l’État. Les Treasuries servent de référence à une partie du financement privé. Pour une entreprise qui emprunte à taux fixe, le coût dépend d’un taux de référence de maturité comparable et d’une marge rémunérant notamment son risque de crédit. Pour un prêt à taux variable, la référence courte et ses révisions comptent davantage.
La course aux infrastructures d’IA rend ce mécanisme particulièrement visible. Dans leur bulletin du 7 janvier 2026, des économistes de la BIS expliquaient que l’ampleur des investissements prévus pousserait le financement des flux de trésorerie vers la dette, avec un rôle croissant du crédit privé. Ils qualifiaient alors les risques macrofinanciers de modérés tout en soulignant la dépendance à des résultats futurs élevés. Ce diagnostic daté ne constitue pas une prévision de crise pour septembre. [26]
Un calcul suffit à montrer la sensibilité. Sur 10 milliards de dollars de financement entièrement exposé à un relèvement de 0,50 point, le coût annualisé augmente de 50 millions. C’est un exemple fictif, avant couvertures, remboursements, frais et fiscalité. La formule n’établit l’exposition d’aucune entreprise particulière.
Les marges de crédit peuvent en outre évoluer à l’inverse du taux souverain. Si le dix ans recule parce que la récession paraît plus probable, certains emprunteurs peuvent voir leur risque de défaut réévalué à la hausse. Leur coût final ne baisse pas nécessairement. Les entreprises riches en trésorerie, les projets endettés et les laboratoires dépendants de nouvelles levées n’ont donc pas le même problème.
Il serait tout aussi trompeur d’additionner les besoins du Trésor et les investissements d’IA comme s’ils se disputaient une caisse fermée contenant une quantité immuable de dollars. L’épargne, le crédit, les capitaux étrangers et les prix s’ajustent. La concurrence pertinente porte sur les conditions auxquelles le risque trouve preneur.
Quatre scénarios pour la même conférence de presse
Le résultat du 16 septembre ne pourra pas être lu à partir du seul signe « +25 » ou « inchangé ». Quatre combinaisons restent possibles.
Une hausse convainc. Les taux courts immédiats montent, mais le marché réduit les taux attendus plus loin ou la rémunération de l’incertitude. Les rendements longs peuvent baisser. Ce scénario donnerait corps au paradoxe, sans garantir une amélioration uniforme du crédit privé.
Une hausse ne convainc pas. Le geste paraît tardif, insuffisant, ou révèle une inflation plus persistante. Les rendements longs montent aussi. Des besoins de financement plus importants ou des taux réels plus élevés pourraient produire le même résultat sans rupture de crédibilité.
Le statu quo est compris comme une décision fondée sur un affaiblissement de l’économie. Le marché anticipe moins de pression sur les prix et des taux futurs plus bas. Les rendements longs peuvent reculer. Ne pas relever le taux n’aurait alors pas été une capitulation.
Le statu quo nourrit le doute. Les investisseurs y voient une tolérance accrue à l’inflation ou une capacité d’action insuffisante. Ils exigent davantage pour prêter longtemps. La Fed n’a pas relevé son taux, mais le financement de l’économie se durcit tout de même.
Ce sont des scénarios conditionnels, sans probabilités attribuées. Pour les départager après la décision, il faudra observer la trajectoire attendue des taux courts, les rendements réels, les indicateurs d’inflation anticipée et les primes de crédit, puis les estimations de prime de terme lorsqu’elles seront disponibles. Même les points morts d’inflation, tirés de l’écart entre obligations nominales et indexées, comportent des primes de risque et de liquidité : ce ne sont pas des sondages purs sur les prix futurs. [27] [7]
Une baisse immédiate du dix ans ne suffira donc pas à proclamer que la crédibilité est restaurée. Il faudra distinguer l’effet d’annonce, les autres informations publiées et la persistance du mouvement. Attribuer proprement un changement à la politique monétaire exige davantage qu’une comparaison avant-après.
La réponse à la question du titre est bien oui, c’est possible. Une hausse des taux courts peut faire baisser les taux longs parce qu’elle modifie ce que les investisseurs anticipent et les risques qu’ils acceptent de porter. Elle ne permet ni de choisir librement le rendement à dix ans ni d’effacer les contraintes de financement du Trésor.
La conférence de presse de mercredi devra éclairer la suite de la politique monétaire. On peut payer l’argent plus cher aujourd’hui et exiger moins pour le prêter longtemps. Encore faut-il croire que le resserrement rend effectivement l’avenir moins incertain.
Pour prolonger la lecture
Notre guide du marché des Treasuries détaille les adjudications, la courbe et les risques de liquidité. L’analyse Freiner la frontière de l’IA prolonge la question du financement des infrastructures et du partage des risques.
Sources
- FOMC calendars, Federal Reserve.
- FOMC statement, July 29, 2026, Federal Reserve (2026-07-29).
- CME FedWatch, CME Group (2026-09-14).
- Consumer Price Index, August 2026, Bureau of Labor Statistics (2026-09-11).
- Why does the Federal Reserve aim for inflation of 2 percent?, Federal Reserve.
- Remarks on the term premium and long-term interest rates, Federal Reserve, Richard Clarida (2019-11-12).
- Three-factor nominal term structure model, Federal Reserve.
- THREEFYTP10: Term Premium on a 10 Year Zero Coupon Bond, Federal Reserve / FRED.
- Daily Treasury Par Yield Curve Rates, 2026, U.S. Treasury.
- DGS2: 2-Year Treasury Constant Maturity Rate, Federal Reserve / FRED.
- DGS10: 10-Year Treasury Constant Maturity Rate, Federal Reserve / FRED.
- FOMC statement, June 17, 2026, Federal Reserve (2026-06-17).
- Monetary policy testimony to Congress, Federal Reserve, Alan Greenspan (2005-02-16).
- FOMC statement, September 18, 2024, Federal Reserve (2024-09-18).
- FOMC statement, December 18, 2024, Federal Reserve (2024-12-18).
- Daily Treasury Par Yield Curve Rates, 2024, U.S. Treasury.
- Keynote remarks at the 2026 Jackson Hole Economic Policy Symposium, Federal Reserve, Kevin Warsh (2026-08-28).
- Remarks at the Economic Club of New York, Federal Reserve, Jerome Powell (2023-10-19).
- Treasury Announces Marketable Borrowing Estimates, U.S. Treasury (2026-08-03).
- Sources and Uses of Financing, August 2026, U.S. Treasury (2026-08-03).
- Increased long-end liquidity support buybacks, U.S. Treasury (2026-08-19).
- Tentative Buyback Schedule, Q3 2026, U.S. Treasury (2026-09-09).
- Buyback FAQs, TreasuryDirect.
- Treasury Debt Auctions and Buybacks as Fiscal Agent, Federal Reserve Bank of New York.
- Understanding the CME Group FedWatch Tool Methodology, CME Group (2023).
- Financing the AI boom: from cash flows to debt, BIS, Aldasoro, Doerr and Rees (2026-01-07).
- Tips from TIPS: Update and Discussions, Federal Reserve, Kim, Walsh and Wei (2019-05-21).
Cet article ne constitue en aucun cas un conseil en investissement.
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