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Dette publique : le premier acheteur

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Analyse complète
Qui tient la dette des États ? · Épisode 1
Le 1er octobre 2026, la France remet en vente une promesse qui court jusqu’au 25 mai 2048. Pour 100 euros de dette inscrits sur cette obligation, elle s’engage à verser 2 euros d’intérêts par an, puis à rembourser les 100 euros à l’échéance. Ce matin-là, les acheteurs retenus proposent un prix moyen de 57,23 euros, avant intérêts courus. L’écart contient déjà une bonne partie de l’histoire : la promesse reste identique, mais la somme que les investisseurs acceptent d’avancer a changé. [1][9]
L’opération appartient à une adjudication de quatre lignes d’obligations, ces ventes organisées au cours desquelles l’État sélectionne les offres qui lui conviennent. Le premier communiqué annonce 11,999 milliards d’euros de nominal attribués. Après les souscriptions complémentaires du lendemain, le total atteint 15,606 milliards. Le règlement est fixé au 5 octobre. Ces chiffres décrivent les engagements de remboursement créés à différentes étapes de la vente ; pour retrouver la somme versée en contrepartie, il faut encore regarder les prix. [1][2]
Qui a financé l’État ? La question semble appeler des noms : une banque, un assureur, un fonds étranger. Les pièces publiques conduisent d’abord vers une succession de fonctions. Quelqu’un transmet une offre. Un soumissionnaire obtient des titres. Un paiement est effectué. L’obligation peut ensuite changer de propriétaire, parfois conformément à une vente négociée avant même sa livraison. À chaque étape, le mot « acheteur » peut désigner un acteur différent. [3][7][15]
Ce premier volet suit cette naissance de la dette à travers deux opérations d’octobre, en France et aux États-Unis. Il ouvre une enquête sur les institutions qui permettent aux gouvernements de se financer, puis sur les financements dont ces institutions dépendent elles-mêmes. Le FMI a précisément consacré une analyse, le 6 octobre, au rôle des hedge funds : leur activité peut faciliter les échanges et amplifier les tensions lorsque les contraintes de financement se resserrent. Pour comprendre cette transmission, il faut commencer avant le levier financier et les appels de marge, au moment où de nouveaux titres publics trouvent leur prix d’émission. [22]
L’argent neuf rembourse aussi les anciennes promesses
Le besoin de financement d’un gouvernement ne se limite pas à son déficit budgétaire. Des obligations émises autrefois arrivent à échéance. Leurs propriétaires attendent un remboursement à une date contractuelle, même lorsque l’État a réduit ses dépenses ou amélioré son solde budgétaire. Une partie des nouveaux emprunts sert donc à remplacer des financements qui se terminent.
La loi de finances initiale française du 19 février 2026 donne une mesure concrète de cette rotation. Elle prévoyait un besoin de financement de 310 milliards d’euros, comprenant notamment 169,9 milliards d’amortissements de dette à moyen et long terme, contre 134,6 milliards de déficit budgétaire. S’y ajoutaient le remboursement d’une dette reprise à la SNCF et d’autres besoins de trésorerie. C’est le plan adopté en février, utilisé ici pour expliquer le mécanisme, et non une prévision actualisée de l’exécution d’octobre. [20]
Imaginons un titre qui arrive à échéance un lundi et un autre dont l’émission est réglée le même jour. L’État reçoit de l’argent des nouveaux souscripteurs et en rend aux anciens porteurs. À l’échelle de cette séquence simplifiée, une émission importante peut accompagner une variation beaucoup plus faible de l’encours de dette. Le calendrier des remboursements compte donc autant que le montant du déficit pour comprendre la présence régulière du Trésor sur les marchés. [20]
Les titres sont aussi organisés pour pouvoir circuler. L’Agence France Trésor peut augmenter la quantité d’une obligation existante plutôt que créer un contrat entièrement nouveau à chaque vente. Cette réouverture conserve les caractéristiques de la souche, dont l’échéance et le coupon, le paiement périodique des intérêts. Les nouveaux titres rejoignent les anciens sous un même identifiant. L’« assimilation » contenue dans le nom des OAT permet ainsi de concentrer les échanges sur des lignes plus importantes. [10]
C’est ce qui arrive à l’obligation à 2 % remboursable en 2048, lancée initialement par syndication bancaire en mai 2017, puis alimentée à nouveau par adjudication. L’État réutilise un contrat ancien dans les conditions de marché du moment. Le coupon imprimé dans ce contrat raconte l’histoire de la souche ; le prix payé lors de sa réouverture indique la valeur que les investisseurs donnent aujourd’hui à ses flux futurs. [3][9]
À 10 h 50, des prix avant des noms
En France, la vente régulière des OAT passe par les spécialistes en valeurs du Trésor, les SVT. Quinze établissements composent le groupe agréé pour 2025–2027, parmi lesquels BNP Paribas, Crédit Agricole CIB, Société Générale, Barclays, JPMorgan ou Nomura. Leur mandat couvre la participation aux émissions, la distribution des titres et l’animation de leur marché. La présence d’une banque dans ce groupe décrit une fonction d’intermédiaire ; sa nationalité ne renseigne pas sur celle de tous les investisseurs qu’elle dessert. [4]
Ce rôle implique des engagements. La charte leur demande, sauf force majeure, de participer à chaque adjudication. Elle apprécie également leur activité sur douze mois glissants, selon des seuils et des catégories de titres. La discipline porte donc à la fois sur la continuité de présence et sur une contribution mesurée dans la durée. Présenter le seuil de 2 % prévu dans la charte comme une obligation d’acheter 2 % de chaque émission déformerait la règle. [5]
Le dispositif donne à l’État un groupe d’interlocuteurs récurrents. En retour, ceux-ci disposent d’un accès organisé à la production de titres qu’ils négocient et distribuent. Ce service conserve une dimension économique : un intermédiaire doit pouvoir utiliser son bilan, trouver des clients, couvrir certains risques et rémunérer les moyens mobilisés. L’agrément ne fixe pas à sa place le prix qu’il acceptera de proposer. [4][5]
Pour une adjudication ordinaire d’OAT nominales, les offres peuvent être transmises à la Banque de France jusqu’à 10 h 50, heure de Paris. Celle-ci communique à l’AFT une grille anonymisée. Chaque offre associe une quantité de titres et un prix. L’AFT choisit le montant à attribuer et retient les prix les plus élevés, en descendant jusqu’au niveau nécessaire pour le placer. Les offres au prix limite peuvent être partiellement servies. Chaque offre retenue est payée au prix auquel elle a été déposée. [3]
Prenons une vente fictive de 100 millions d’euros de nominal. Un participant offre 99,20 euros pour 100 euros de nominal et demande 50 millions. Un deuxième propose 99,10 et en demande 40. Un troisième propose 99 et souhaite en acheter 40. Les deux premières offres sont entièrement acceptées ; la dernière n’obtient que les 10 millions encore disponibles. Les demandes atteignent 130 millions, mais les acheteurs paient au total 99,14 millions, dans cet exemple où les intérêts courus sont supposés nuls. [3]
Le prix limite a donc un sens très concret : il marque l’endroit où l’offre de titres rencontre les quantités demandées aux différents prix. Le 1er octobre, sur l’OAT échéance novembre 2036, les soumissions à 90,35 n’ont été servies qu’à hauteur de 69,64 %. Les offres situées au-dessus de ce prix ont été retenues intégralement. Le montant demandé agrège ainsi des décisions conditionnelles. Un euro demandé à un prix inférieur n’aurait pas forcément été proposé au prix payé par le meilleur enchérisseur. [1][3]
Un coupon immobile, un prix qui descend
Une obligation à taux fixe est un calendrier de versements. L’acheteur obtient le droit à ces versements, sous réserve que l’émetteur les honore. Si les investisseurs exigent davantage de rémunération, le prix qu’ils acceptent de payer pour ce calendrier diminue. Ils recevront les mêmes euros aux mêmes dates, mais les auront achetés moins cher. Le rendement qui en résulte augmente. [9][10]
La souche remboursable le 25 novembre 2036 permet d’observer ce mouvement sans changer de contrat. Son coupon annuel demeure à 3,70 % du nominal. Le 2 juillet, elle est adjugée au prix moyen de 99,74 pour un rendement moyen de 3,73 %. Le 3 septembre, le prix est de 95,66 et le rendement de 4,23 %. Le 1er octobre, ces valeurs sont respectivement 90,38 et 4,93 %. Entre les deux dernières adjudications, la hausse du rendement atteint 0,70 point de pourcentage, soit 70 points de base. [8]
Cette comparaison dit quelque chose de précis : aux cinq dates observées, l’État a vendu des droits sur les mêmes coupons et le même remboursement final à des conditions différentes. Elle laisse ouvertes les causes de ces variations. Les anticipations d’inflation, la trajectoire des taux monétaires, l’offre de titres, la liquidité et la perception du risque souverain peuvent intervenir dans la formation du prix. Attribuer le mouvement entier à une décision politique exigerait une identification que cet historique d’adjudications ne fournit pas. [8][17]
La vieille obligation à 2 % échéance 2048 rend la différence entre coupon et rendement encore plus visible. Au prix moyen de 57,23, elle offre le 1er octobre un rendement moyen d’adjudication de 5,40 %. Ce rendement tient compte de tous les paiements prévus et de leurs dates, dont les 100 euros remboursables à l’échéance. Diviser seulement les 2 euros du coupon annuel par 57,23 laisserait de côté ce remboursement et son éloignement dans le temps. [1][9]
L’acheteur verse aussi les intérêts courus, la fraction du prochain coupon déjà écoulée depuis la dernière date de paiement. Au règlement du 5 octobre, 133 jours se sont écoulés depuis le 25 mai. Avec les conventions du titre, cela représente environ 0,729 euro pour 100 euros de nominal. En appliquant le prix moyen publié, le paiement illustratif atteint donc environ 57,959 euros. Une offre individuelle peut avoir un prix différent de cette moyenne. [24] [9]
Le versement du coupon entier à la date suivante inclut cette fraction déjà payée à l’achat. D’où l’importance de distinguer prix hors coupon couru et paiement total. La différence entre 100 et 57,23 correspond, elle, à une obligation de remboursement lointaine achetée avec une décote. Elle ne peut être traitée comme un gain reçu immédiatement par le souscripteur. Pour comparer deux financements, il faut placer leurs paiements sur la même ligne du temps. [9][10]
Le lendemain, l’émission grandit encore
L’adjudication française comporte un prolongement. Des spécialistes disposent de droits de souscription complémentaire, les offres non compétitives après adjudication, encadrés par la charte et ses annexes. Ils peuvent acquérir des quantités supplémentaires au prix moyen pondéré de l’adjudication, arrondi selon les règles applicables. L’expression « non compétitive » décrit ici l’absence de nouveau prix à proposer : le prix a déjà été déterminé lors de la séance compétitive. [6]
Le communiqué du 1er octobre indiquait explicitement que le total pourrait augmenter lors des ONC2 du vendredi 2 octobre. C’est ce qui s’est produit. Les quatre lignes ont reçu ensemble 3,607 milliards d’euros de souscriptions supplémentaires en nominal. Les attributions initiales de 11,999 milliards ont donc débouché sur une émission totale de 15,606 milliards. La fourchette annoncée de 10 à 12 milliards concernait la séance avant cet ajout. [1][2]
Ces droits contribuent à l’économie du rôle de spécialiste. La faculté de souscrire au prix fixé la veille peut présenter un intérêt lorsque le marché évolue favorablement. Cet intérêt dépend des prix, des quantités accessibles, des engagements éventuels envers les clients et des coûts de financement. Les documents publics expliquent le dispositif ; ils ne révèlent ni les profits réalisés par chaque banque sur cette séance, ni la destination de chaque lot. [6]
Le rapprochement des quantités et des prix donne ensuite un second résultat. En valorisant les 15,606 milliards de nominal aux prix moyens publiés pour chaque souche, on reconstitue environ 12,521 milliards d’euros de contrepartie hors intérêts courus. L’écart de 3,085 milliards reflète la décote des obligations émises par rapport à leur montant de remboursement. Il relie une promesse de principal futur à un prix présent ; aucun destinataire supplémentaire de cet écart n’apparaît dans la transaction. [2][6]
Le calcul est une approximation reproductible. Les prix moyens de l’AFT sont arrondis au centime pour 100 euros de nominal ; les appliquer aux volumes publiés ne reconstitue pas chaque règlement individuel. Sur ce seul arrondi de prix, une borne prudente de l’incertitude cumulée est d’environ 0,78 million d’euros. Les souscriptions complémentaires étant réglées au prix moyen arrondi, appliquer cette marge aux seuls 11,999 milliards de nominal initial ramène la borne à environ 0,60 million. Surtout, les coupons courus s’ajoutent à la contrepartie hors intérêts : les 12,521 milliards ne sont pas présentés comme le montant exact crédité au compte du Trésor. [2][6]
Ce passage du nominal à la trésorerie explique pourquoi le titre d’un communiqué d’émission doit être lu avec ses unités. L’État organise à la fois ses ressources immédiates, ses intérêts à venir et ses remboursements futurs. Une souche à faible coupon procure moins de trésorerie par euro de nominal lorsqu’elle se vend sous le pair, mais conserve aussi le faible coupon inscrit au contrat. Le coût économique doit intégrer l’ensemble. L’écart de valorisation, pris isolément, ne mesure pas un cadeau aux banques. [9][10]
Le jour où la promesse devient un paiement
Une attribution crée un engagement de transaction. Le règlement-livraison en réalise les deux jambes : les titres sont livrés et la contrepartie monétaire est payée. Pour l’opération française observée, la date publiée est le 5 octobre. La Banque de France intervient dans l’organisation opérationnelle des adjudications et le contrôle de ce règlement ; les mouvements de l’État et de ses correspondants sont centralisés sur le compte unique du Trésor qu’elle tient. [1][7]
On peut représenter le cas simple d’un spécialiste qui achète pour son compte, puis revend les titres à un fonds. À l’émission, le paiement rejoint l’État contre les nouvelles obligations. Lors de la revente, l’argent du fonds est versé au vendeur des titres. L’État conserve ses engagements de coupon et de remboursement envers les porteurs successifs ; cette seconde transaction n’ajoute aucun produit d’émission à sa trésorerie. [7][10]
La chronologie peut être plus serrée que le dessin. Un intermédiaire peut avoir organisé une revente avant de recevoir les obligations. Aux États-Unis, le marché when-issued permet de négocier des titres annoncés avant leur émission effective. D’autres souscripteurs achètent directement pour les conserver. Il serait donc hasardeux de supposer que tout titre neuf séjourne d’abord plusieurs jours dans le portefeuille propre d’une banque, puis seulement dans celui de son client. [12][15]
La distinction entre première vente et circulation ultérieure reste essentielle. Acheter un titre déjà émis permet à son vendeur de récupérer des liquidités. Cette possibilité de revente contribue à l’intérêt d’acheter lors des émissions suivantes : un investisseur peut envisager de sortir avant l’échéance. Le financement de l’État dépend ainsi d’un marché où ses promesses circulent, même lorsqu’aucun argent nouveau ne lui est versé au moment de chaque échange. [10][17]
La présence de la banque centrale dans les opérations mérite elle aussi d’être située. Tenir le compte de l’État et organiser un règlement relève d’une fonction opérationnelle. Dans la zone euro, l’article 123 du traité interdit à la BCE et aux banques centrales nationales d’accorder des découverts ou crédits aux administrations concernées et d’acheter directement leur dette. La banque centrale qui traite le paiement d’une OAT n’en devient pas, de ce seul fait, l’investisseur. [7][21]
Aux États-Unis, les spécialistes offrent beaucoup et obtiennent peu
Le 8 octobre, le Trésor américain publie les résultats de la réouverture d’une obligation remboursable en août 2056, avec encore vingt-neuf ans et dix mois à courir. Son coupon est de 5,125 % ; le rendement d’adjudication s’établit à 5,618 %. Contrairement au système français de prix propres à chaque offre retenue, le mécanisme américain attribue ce type de titre à un prix uniforme. Le règlement est prévu le 15 octobre, une date encore future à l’arrêt de cette enquête, le 11. [11][12][14]
Le tableau américain ajoute une information que le communiqué français ne fournit pas sous cette forme : la répartition des soumissions compétitives et des attributions entre canaux de participation. Il permet de regarder séparément le volume demandé et le volume obtenu, au lieu d’utiliser l’un comme approximation de l’autre. [11][13]
Les primary dealers, les intermédiaires agréés, ont présenté 29,433 milliards de dollars de soumissions pour compte propre, sur 55,853 milliards d’offres compétitives. Ils en représentaient donc 52,7 %. Leurs attributions se limitent à 1,491 milliard, soit 6,8 % des 21,940 milliards attribués sur le segment compétitif. La majorité des offres venait de cette catégorie ; une faible part des titres lui a été attribuée. [11]
Cette différence peut surprendre tant que l’on imagine les demandes comme une quantité d’argent offerte sans condition. Le résultat dépend des prix auxquels les participants sont prêts à intervenir et des offres concurrentes. Les dealers américains sont attendus aux adjudications avec une participation proportionnelle et des propositions raisonnablement compétitives ; leur rôle comporte aussi cette présence régulière. Leur faible allocation sur une séance ne renseigne pas à elle seule sur une intention de boycotter l’émetteur. [12][15]
Les soumissionnaires indirects obtiennent, eux, environ 15,866 milliards de dollars, soit 72,3 % des attributions compétitives. La définition officielle couvre les clients qui passent par un intermédiaire habilité. Elle peut inclure des investisseurs américains et étrangers. Transformer ce pourcentage en « part achetée par l’étranger » attribuerait une nationalité à un canal de dépôt des offres. [11][13]
Une banque qui n’obtient qu’une petite allocation pour compte propre peut par ailleurs avoir transmis les offres de nombreux clients. Dans la nomenclature du Trésor, celles-ci ne deviennent pas ses achats pour compte propre. Le rôle commercial de l’intermédiaire et la part des obligations qu’il obtient pour son bilan répondent à deux questions différentes. [13]
Le total demande une dernière attention. Aux attributions compétitives s’ajoutent environ 60,4 millions de dollars d’offres non compétitives, portant le sous-total à un peu plus de 22 milliards. Le portefeuille SOMA de la Réserve fédérale se voit attribuer séparément quelque 522,5 millions dans le cadre du mécanisme de renouvellement de titres arrivant à échéance. Cet ajout est exclu du ratio de couverture publié. Le renouvellement SOMA échange des échéances du portefeuille de la Fed contre de nouveaux titres selon les règles opérationnelles ; l’additionner à une mesure de demande privée brouillerait sa nature. [11][16]
Une adjudication révèle un prix, puis laisse des questions
La couverture américaine de 2,54 rapporte les offres du sous-total, non compétitives comprises, aux attributions du même périmètre. En France, les taux de couverture des quatre lignes du 1er octobre rapportent les demandes aux attributions initiales, avant les ONC. L’indicateur mesure l’abondance des offres relativement à une quantité mise sur le marché. Il ne décrit pas les ressources que les mêmes acheteurs mobiliseraient à n’importe quel prix. [1][11]
Dans notre petit exemple, trois offres totalisant 130 millions suffisent à couvrir une émission de 100 millions. Ajouter une très grosse offre à un prix extrêmement bas gonflerait le ratio sans améliorer la somme encaissée si cette offre restait hors allocation. C’est une propriété arithmétique du ratio. Pour juger des conditions réelles de placement, il faut donc examiner aussi les prix proposés, ceux finalement retenus et leur position par rapport au marché. [3]
Une appréciation complète d’une adjudication américaine peut comparer son rendement final au rendement observable juste avant les résultats sur le marché when-issued. La précision de l’heure, l’échéance du titre et la qualité de la cotation deviennent alors déterminantes. Nous ne disposons pas ici d’une série intrajournalière vérifiable permettant de réaliser ce test pour le 8 octobre. Le qualificatif d’adjudication « excellente » ou « catastrophique » dépasserait la portée des pièces réunies. [15][17]
Le meilleur contrepoint à un récit de banques désormais incapables de financer les États vient d’une recherche publiée par la Fed de New York en mars 2026 et révisée en juillet. Michael Fleming, Weiling Liu et Giang Nguyen étudient des données intrajournalières de 1991 à 2024. Ils observent une pression de prix autour des adjudications, liée aux contraintes des intermédiaires, mais une atténuation récente dans leur échantillon, notamment parce que les autres investisseurs absorbent davantage d’émissions. [17]
Ce résultat donne une direction d’enquête plus intéressante qu’un diagnostic automatique de saturation. L’architecture peut s’adapter : certains investisseurs interviennent davantage à la source, allégeant la quantité que les dealers doivent porter. Il reste ensuite à examiner leurs propres ressources et leurs contraintes. Les fonds utilisant de l’endettement soulèvent une autre question que les investisseurs finançant leurs achats sur une épargne stable. Le financement des détenteurs de dette française prolonge cette analyse. Le FMI et le Conseil de stabilité financière placent précisément le financement et les garanties au centre de leurs travaux récents. [17][22][23]
Jusqu’où peut-on nommer le créancier ?
À l’issue de cette première collecte, plusieurs informations sont solides : les contrats proposés, les dates, les montants attribués, les prix et certaines catégories de participation. L’identité publique des spécialistes français permet de savoir quels établissements constituent le réseau agréé. Elle ne transforme pas les résultats agrégés en registre de propriété des obligations. [1][2][4][11]
La limite documentaire française est explicite. Les annexes de la charte organisent la communication des résultats et la diffusion restreinte des grilles anonymisées aux équipes habilitées. Le public dispose des volumes et des prix synthétiques ; les livres d’ordres complets et les portefeuilles ultérieurs demeurent hors de cet ensemble. Cette limitation de publication ne signifie pas que les opérateurs ou les autorités ignorent leurs contreparties. [6][7]
D’autres statistiques prennent le relais, avec un champ différent. Le Trésor américain publie des allocations par classes d’investisseurs suivant un calendrier distinct. L’AFT relaie des données de détention agrégées, produites notamment avec la Banque de France. Une photographie de stock en valeur de marché à la fin d’un trimestre et un flux de nominal attribué lors d’une séance d’octobre ne décrivent ni le même objet ni la même date. [18][19]
Même un propriétaire identifié ne raconterait pas encore tout le risque. Le titre peut être conservé, revendu ou mobilisé pour obtenir du financement. L’enquête doit donc distinguer le canal d’achat, le porteur, ses ressources et ses engagements envers d’autres acteurs. Les chiffres immédiats d’une adjudication éclairent l’entrée dans cette chaîne ; suivre la suite demande des données de bilan, de transactions et de financement. [13][22][23]
Le premier résultat de cette enquête est ainsi une remise en ordre du trajet. Le 1er octobre en France, les 11,999 milliards annoncés deviennent 15,606 milliards de promesses de remboursement après les souscriptions complémentaires, valorisées à environ 12,521 milliards hors intérêts courus. Le 8 octobre aux États-Unis, les spécialistes à l’origine de plus de la moitié des offres compétitives ne reçoivent que 6,8 % des attributions correspondantes. Dans les deux cas, les pièces obligent à regarder au-delà du chiffre le plus visible. [1][2][11]
Pour l’État, le point décisif est que quelqu’un puisse proposer un prix, payer à la date prévue et, selon son modèle, conserver ou redistribuer le titre. Le deuxième épisode suit le bilan des intermédiaires : combien de dette un intermédiaire peut-il porter, pendant combien de temps, et avec l’argent de qui ?
Méthode et périmètre
Enquête documentaire arrêtée au 11 octobre 2026, fondée sur des sources primaires publiques et un travail de recherche original de la Fed de New York. Les données françaises concernent les OAT de l’État central ; elles ne constituent pas un relevé de toute la dette des administrations publiques. Les données américaines concernent une adjudication déterminée, et non le stock de dette fédérale. Aucun entretien, accès à un portefeuille privé ou identification d’un investisseur final n’est revendiqué.
Les calculs l0g sont fournis avec leurs données d’entrée. La reconstitution française hors intérêts courus utilise les prix moyens arrondis publiés. L’exemple de carnet d’ordres et le schéma de circulation sont pédagogiques et explicitement signalés. Les sources originales sont directement accessibles dans les références ci-dessous. Pour reproduire le total français, on multiplie le nominal final de chaque ligne par son prix pour 100 euros, puis on additionne : (7 927 × 90,38 + 2 056 × 90,46 + 2 828 × 67,10 + 2 795 × 57,23) / 100 = 12 521,4467 millions d’euros hors intérêts courus.
Sources et pièces de lecture
[1] Agence France Trésor · Émission du 1er octobre 2026 : 11,999 milliards d’euros d’OAT long terme
Date de publication : 2026-10-01 · Consulté le 11/10/2026.
Adjudication du 01/10/2026 ; ONC2 annoncées pour le 02/10 ; règlement le 05/10/2026
Tableau complet et paragraphe sur les ONC2
https://www.aft.gouv.fr/fr/publications/communiques-presse/01-octobre-2026-emission-oat
[2] Agence France Trésor · Dernières adjudications : octobre 2026
Date de mise à jour : 2026-10-05 · Consulté le 11/10/2026.
Adjudication OAT du 01/10/2026, règlement du 05/10/2026 ; état consulté le 11/10/2026
Tableau OAT : demandes, attributions, ONC, total émis, prix moyens
[3] Agence France Trésor · Les techniques d’émissions
Date de mise en ligne non établie · Consulté le 11/10/2026.
Règles consultées le 11/10/2026
Adjudication au prix demandé ; modalités ; syndication
[4] Agence France Trésor · Présentation des spécialistes en valeurs du Trésor
Date de mise en ligne non établie · Consulté le 11/10/2026.
Mandat 2025–2027 ; sélection approuvée le 12/12/2024
Composition et missions du groupe de 15 SVT
https://www.aft.gouv.fr/fr/presentation-specialistes-en-valeurs-tresor
[5] Agence France Trésor · Charte des spécialistes en valeurs du Trésor 2025
Date de mise en ligne non établie · Consulté le 11/10/2026.
Mandat 2025–2027 ; date indiquée ici : prise d’effet, pas horodatage de mise en ligne
A.1, pages imprimées 2–3 ; obligations de participation
https://www.aft.gouv.fr/files/medias-aft/1_AFT/2.Partenaires/2.2_SVT/Charte%20SVT%202025.pdf
[6] Agence France Trésor · Annexes à la charte SVT 2025
Date de mise en ligne non établie · Consulté le 11/10/2026.
Règles accompagnant la charte 2025–2027
Page 6 : diffusion des grilles ; pages 11–13 : ONC ; page 13 : prix des ONC
https://www.aft.gouv.fr/files/medias-aft/1_AFT/2.Partenaires/2.2_SVT/Annexes_charte%20SVT%202025.pdf
[7] Agence France Trésor · Banque de France
Date de mise en ligne non établie · Consulté le 11/10/2026.
Organisation opérationnelle consultée le 11/10/2026
Compte unique du Trésor ; adjudications ; MAITRE et règlement-livraison
[8] Agence France Trésor · OAT 3,70 % 25 novembre 2036
Date de mise en ligne non établie · Consulté le 11/10/2026.
Historique du 04/06 au 01/10/2026 ; conditions de la souche FR0014018YR0
Caractéristiques ; cinq adjudications ; historique de l’encours
[9] Agence France Trésor · OAT 2,00 % 25 mai 2048
Date de mise en ligne non établie · Consulté le 11/10/2026.
Souche FR0013257524 ; réouverture du 01/10/2026, règlement du 05/10/2026
Caractéristiques, base ACT/ACT, remboursement au pair et historique
[10] Agence France Trésor · Glossaire
Date de mise en ligne non établie · Consulté le 11/10/2026.
Définitions consultées le 11/10/2026
Assimilation, obligation, coupon et amortissement
[11] U.S. Department of the Treasury · Treasury Auction Results : 29-Year 10-Month Bond, CUSIP 912810UW6
Date de publication : 2026-10-08 · Consulté le 11/10/2026.
Adjudication du 08/10/2026 ; émission/règlement prévu le 15/10/2026 ; échéance le 15/08/2056
PDF, page unique : caractéristiques, deux tableaux et notes 4–6
https://www.treasurydirect.gov/instit/annceresult/press/preanre/2026/R_20261008_3.pdf
[12] U.S. Department of the Treasury / TreasuryDirect · How Auctions Work
Date de mise en ligne non établie · Consulté le 11/10/2026.
Règles consultées le 11/10/2026
Allocation des offres ; prix uniforme ; issue date
[13] U.S. Department of the Treasury / TreasuryDirect · Auction FAQs : bidder definitions
Date de mise en ligne non établie · Consulté le 11/10/2026.
Définitions applicables consultées le 11/10/2026
Primary dealer, direct bidder, indirect bidder
https://www.treasurydirect.gov/help-center/faqs/auction-faqs/
[14] U.S. Department of the Treasury / TreasuryDirect · Reopenings
Date de mise en ligne non établie · Consulté le 11/10/2026.
Règles consultées le 11/10/2026
Coupon, échéance, CUSIP, prix et intérêts courus
[15] Federal Reserve Bank of New York · Primary Dealers
Date de mise en ligne non établie · Consulté le 11/10/2026.
Attentes opérationnelles consultées le 11/10/2026
Auction participation ; reasonably competitive prices ; FR 2004WI
[16] Federal Reserve Bank of New York · FAQs: Treasury Rollovers
Date de mise en ligne non établie · Consulté le 11/10/2026.
Modalités consultées le 11/10/2026 ; exemple SOMA du 08/10/2026
Rollover, offres non compétitives et ajout à l’offre annoncée
[17] Michael J. Fleming, Weiling Liu et Giang Nguyen / Federal Reserve Bank of New York · Intraday Price Pressure and Order Flow Around U.S. Treasury Auctions, Staff Report 1188
Date de publication : 2026-03 · Consulté le 11/10/2026.
Révision juillet 2026 ; échantillon 1991–2024
Résumé et introduction, pages PDF 2–6 ; page de présentation.
https://www.newyorkfed.org/medialibrary/media/research/staff_reports/sr1188.pdf
[18] U.S. Department of the Treasury · Investor Class Auction Allotments
Date de mise en ligne non établie · Consulté le 11/10/2026.
Calendrier de diffusion consulté le 11/10/2026
Ventilation des adjudications par catégories d’investisseurs
https://home.treasury.gov/data/investor-class-auction-allotments/
[19] Agence France Trésor / Banque de France · Principaux chiffres de la dette
Date de mise en ligne non établie · Consulté le 11/10/2026.
Tableau de détenteurs notamment au T1 2026, consulté le 11/10/2026
Structure de détention : champ, période et valeur de marché
[20] République française / Légifrance · Loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026
Date de publication : 2026-02-20 · Consulté le 11/10/2026.
Promulgation le 19/02/2026 ; publication au JORF le 20/02/2026 ; loi initiale pour 2026, non assimilée à une exécution ni à une prévision actualisée au 11 octobre
Article 147 : tableau de financement
[21] Union européenne / EUR-Lex · Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, article 123
Date de mise en ligne non établie · Consulté le 11/10/2026.
Droit consulté le 11/10/2026
Article 123, paragraphe 1
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX:12016E123
[22] Fonds monétaire international · Hedge Funds Improve Market Functioning but Can Also Amplify Stress
Date de publication : 2026-10-06 · Consulté le 11/10/2026.
Analyse publiée le 06/10/2026 ; aucun agrégat chiffré repris dans l’article
Liquidité, levier et financement auprès des intermédiaires
https://www.imf.org/en/blogs/articles/2026/10/06/hedge-funds-improve-market-functioning-but-can-also-amplify-stress
[23] Financial Stability Board · Vulnerabilities in Government Bond-Backed Repo Markets
Date de publication : 2026-02-04 · Consulté le 11/10/2026.
Rapport publié le 04/02/2026
Vulnérabilités des marchés de financement garanti par dette publique
https://www.fsb.org/2026/02/vulnerabilities-in-government-bond-backed-repo-markets/
[24] Agence France Trésor · Présentation des OAT
Prix pied de coupon, convention ACT/ACT et règlement. Consulté le 11 octobre 2026.
Cet article ne constitue en aucun cas un conseil en investissement.
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