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Sénégal : les entreprises devenues créancières forcées de l’État

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Sénégal · Finances publiques · Entreprises

Une entreprise qui vend à l’État ne choisit pas nécessairement de lui prêter. Elle accepte un contrat, engage des dépenses et attend son règlement à une date convenue. Lorsque cette date passe sans paiement, elle continue pourtant de financer son client. La créance reste dans ses comptes ; les salaires et les fournisseurs, eux, ne peuvent pas être payés avec une promesse.

Le 8 septembre 2026, devant l’Assemblée nationale, le Premier ministre sénégalais remet ce problème au centre du redressement économique. Il évoque 1 956 milliards de francs CFA d’arriérés, évalués à fin mars 2025. L’annonce est du jour ; le stock cité a dix-sept mois. Il serait donc déjà trompeur d’en faire le montant exact encore impayé aujourd’hui. [1]

L’enjeu dépasse le calendrier de remboursement de la dette souveraine. Une tension de trésorerie publique peut se transmettre au bilan des entreprises, puis à leurs propres créanciers. Et un plan qui fait disparaître des arriérés des tableaux administratifs ne procure pas forcément, dans les mêmes proportions, de l’argent immédiatement utilisable aux fournisseurs.

Ce que recouvrent les 1 956 milliards

La déclaration officielle rattache ce montant à 5 425 dossiers recensés à fin décembre 2024, réguliers et irréguliers. Les dossiers classés réguliers représentent 49,5 % du stock en valeur, pour 2 406 dossiers. Le document juxtapose donc une date d’évaluation monétaire et une date de recensement, sans publier le registre permettant de les rapprocher facture par facture. [1]

Cette distinction change la lecture du chiffre. Les 49,5 % ne désignent ni la proportion déjà payée ni celle des entreprises concernées. Un dossier n’est pas nécessairement une entreprise. Quant à la qualification d’irrégulier, elle ne suffit pas, à elle seule, à démontrer une fraude ou l’absence de toute obligation de paiement. Elle signale qu’il reste à établir précisément la validité, le montant et le traitement de la demande.

En comptabilité publique, une facture en attente n’est d’ailleurs pas automatiquement un arriéré. Il faut notamment savoir si la prestation a été réalisée, si la demande de paiement est recevable et si l’échéance applicable a été dépassée. La note technique de Suzanne Flynn et Mario Pessoa publiée par le FMI en 2014 distingue ainsi l’obligation à payer de l’obligation déjà échue. [3]

Dossiers réguliers : valeur et nombre Selon le discours officiel du 8 septembre 2026, les dossiers réguliers représentent 49,5 pour cent du stock de 1 956 milliards de francs CFA évalué à fin mars 2025. Ils sont 2 406 sur 5 425 dossiers recensés à fin décembre 2024, soit 44,4 pour cent, calcul l0g. Les dénominateurs et les dates diffèrent. Pas une mesure de paiements. 01 / INVENTAIRE Dossiers réguliers : deux dénominateurs Présentation du 8 septembre 2026 Part du stock en valeur 49,5 % Sur 1 956 milliards de FCFA Évaluation : fin mars 2025 Part des dossiers en nombre 44,4 % 2 406 dossiers sur 5 425 Recensement : fin décembre 2024 Chaque barre représente 100 %. Ces parts ne mesurent pas les montants déjà payés.
Valeur et nombre de dossiers ne se confondent pas. Les catégories sont celles du discours gouvernemental, pas le résultat d’un audit l0g. Chaque barre complète vaut 100 % de son propre dénominateur ; 44,4 % = 2 406 ÷ 5 425, arrondi à une décimale. Un dossier n’est pas une entreprise. Source : Primature, 8 septembre 2026 [1].

Le travail de vérification n’est donc pas une formalité à contourner pour accélérer les virements. Payer deux fois une même prestation, régler un service non livré ou valider un montant injustifié ferait supporter une nouvelle perte au contribuable. Mais laisser un dossier sans décision pendant une durée indéfinie pénalise aussi un fournisseur de bonne foi.

La bonne question devient : quels montants sont reconnus, contestés, corrigés ou effectivement réglés, et à quelle date ? Le FMI signalait dès août 2025 un audit des arriérés engagé par l’Inspection générale des finances le 21 juillet de cette année-là. Cette mention confirme l’existence d’un travail d’inventaire ; elle ne vaut pas certification indépendante de chaque somme annoncée en septembre 2026. [8]

Une vente peut consommer de l’argent

Prenons le mécanisme à son point le plus simple. Une entreprise a livré un chantier. Elle a déjà acheté les matériaux et payé une partie de la main-d’œuvre. Sa facture peut constituer un actif valable sans lui permettre de financer le chantier suivant. Le problème tient au besoin en fonds de roulement : l’argent à avancer pendant l’intervalle entre les dépenses et les encaissements.

Si sa banque lui prête pendant cet intervalle, le fournisseur paie le temps supplémentaire. Si elle refuse, il doit puiser dans ses réserves, reporter un investissement ou différer ses propres règlements. Le sous-traitant qui attend à son tour n’a parfois aucun contrat avec l’administration : le retard lui arrive par son client.

Ces canaux sont décrits dans les travaux du FMI sur les arriérés en Afrique subsaharienne. Ils constituent un cadre pour examiner les comptes des entreprises, pas une mesure des emplois perdus au Sénégal en 2026. Nous n’avons pas trouvé de données publiques permettant d’attribuer un nombre de faillites ou de suppressions de postes au stock annoncé. [4]

Un calcul fictif montre le coût du délai, sans prétendre décrire les conditions bancaires sénégalaises. Supposons qu’une entreprise doive emprunter 100 millions de francs CFA, à 12 % par an, pendant toute la durée du retard. Avec des intérêts simples calculés sur une base de 360 jours, 90 jours coûtent 3 millions ; 180 jours, 6 millions ; 360 jours, 12 millions. Ni le taux ni le montant ne sont des observations de marché.

Intérêts d’un emprunt selon le délai : exemple fictif Hypothèses fictives : 100 millions de francs CFA empruntés à un taux annuel simple de 12 pour cent sur une base 360 jours. 90 jours : 3 millions d’intérêts ; 180 jours : 6 millions ; 360 jours : 12 millions. Capital constant, hors frais et compensation. Barres partant de zéro, même échelle. Aucun taux de marché sénégalais n’est utilisé. 02 / COÛT DU DÉLAI Le prix d’un retard Exemple entièrement fictif 100 millions de FCFA empruntés 12 % par an · intérêts simples 90 jours 3 M FCFA 180 jours 6 M FCFA 360 jours 12 M FCFA 0 6 12 Intérêts, en millions de FCFA Capital constant · base 360 jours Hors frais et indemnisation. Taux non observé sur le marché.
Calcul pédagogique, sans donnée bancaire observée. Intérêts = capital × taux annuel × jours ÷ 360. Trois durées alternatives, capital constant, aucun intérêt composé. La totalité du prêt reste utilisée ; les frais, taxes et compensations éventuelles sont exclus. Ces montants ne sont ni la facture d’une entreprise réelle ni une estimation des coûts des fournisseurs sénégalais. Calculs l0g.

Ce calcul suppose un capital emprunté constant et exclut frais, garanties, taxes et éventuelle indemnisation du retard. Il ne dit pas non plus que l’entreprise emprunte nécessairement toute la valeur de sa facture : le besoin réel dépend de ses dépenses déjà engagées, des acomptes reçus et de ses réserves.

Il permet néanmoins de comprendre une asymétrie. La somme due par l’État peut rester inchangée alors que le coût de l’attente augmente pour le fournisseur. Si ce dernier finit par recevoir le principal, il n’a pas nécessairement retrouvé la situation économique qu’il aurait connue avec un paiement à l’heure.

Le risque de crédit peut également revenir vers les banques. Une entreprise qui n’encaisse pas peut rencontrer des difficultés pour rembourser son propre prêt. Une exposition enregistrée au nom d’un client privé dépend alors, indirectement, du règlement public. L’intensité de ce lien varie selon les réserves du fournisseur, ses autres clients et les protections de la banque ; elle ne se déduit pas du seul montant des arriérés. [4]

La croissance pétrolière et la trésorerie des entreprises

Les chiffres macroéconomiques semblent, à première vue, raconter une histoire plus favorable. Selon le FMI, le PIB réel sénégalais a progressé de 6,7 % en 2025, contre 2,2 % hors hydrocarbures. Au premier trimestre 2026, la croissance hors hydrocarbures est remontée à 4,7 % sur un an. [2]

Le pétrole et le gaz contribuent à la production nationale. Cela n’implique pas que chaque entreprise bénéficie immédiatement de cette activité, ni que les recettes correspondantes soient déjà disponibles pour le Trésor. La production, les revenus distribués, les prélèvements publics et le paiement d’une facture sont des opérations différentes, avec leurs propres calendriers.

La comparaison des deux taux de 2025 éclaire ce décalage, sans isoler un effet causal des arriérés. On ne peut pas non plus soustraire 2,2 de 6,7 pour obtenir la contribution des hydrocarbures à la croissance : il faudrait les pondérations et la décomposition des comptes nationaux.

Croissance réelle du Sénégal, selon le périmètre Le FMI rapporte une croissance réelle de 6,7 pour cent en 2025 pour le PIB total, contre 2,2 pour cent hors hydrocarbures. Barres à origine zéro, échelle de 0 à 8 pour cent ; les périmètres se chevauchent et ne s’additionnent pas. Repère séparé : croissance hors hydrocarbures de 4,7 pour cent au premier trimestre 2026 sur un an. Source : FMI, 1er septembre 2026. Aucune causalité quantifiée des arriérés. 03 / CROISSANCE PIB réel : deux périmètres Année 2025 · variation annuelle Ensemble de l’économie 6,7 % Hors hydrocarbures 2,2 % 0 % 4 % 8 % Un rebond ensuite 4,7 % Hors hydrocarbures, au T1 2026 par rapport au T1 2025. Période distincte des barres. Ce n’est pas une mesure de l’effet des arriérés sur le PIB.
Deux taux annuels, puis un repère trimestriel distinct. Les barres mesurent la croissance réelle de 2025 par rapport à 2024. Le PIB hors hydrocarbures est inclus dans le total : les deux taux ne sont ni des composantes additives ni des contributions à la croissance. La donnée de 2026 compare deux premiers trimestres. Source : services du FMI, 1er septembre 2026 [2].

Le rebond observé début 2026 interdit surtout de raconter une économie entièrement immobilisée par les impayés. Une demande privée plus dynamique peut coexister avec des fournisseurs publics en difficulté. Pour savoir qui souffre et à quel point, il faudrait suivre les délais, les créances et les financements des entreprises concernées, pas leur attribuer mécaniquement l’évolution du PIB.

Les causes peuvent aussi fonctionner dans les deux sens. Une conjoncture moins favorable réduit les recettes publiques et complique les paiements ; des paiements retardés peuvent ensuite aggraver les difficultés privées. Les travaux régionaux du FMI documentent cette interaction, avec des limites de données explicites. Ils ne permettent pas de calculer, par simple règle de trois, la croissance que le Sénégal aurait gagnée en réglant toutes ses factures. [4]

Des règlements ont déjà eu lieu

Il serait tout aussi inexact de suggérer qu’aucun paiement n’a précédé le nouveau discours. Le rapport du ministère des Finances sur l’exécution du budget à fin 2025, daté d’avril 2026, annonce 474 milliards de francs CFA de règlements sur une enveloppe prévue de 500,9 milliards. Son taux de réalisation de 94,6 % porte sur cette enveloppe, pas sur les 1 956 milliards cités en septembre. [5]

Le même rapport indique 82,2 milliards payés dans le BTP sur 105 milliards prévus. Il attribue l’exécution incomplète de cette ligne à des dossiers encore incomplets devant le comité de validation. C’est l’explication du ministère ; les pièces individuelles permettant de la contrôler ne sont pas jointes. [5]

Le lien avec l’activité ne relève pas seulement d’une hypothèse générale. Dans son compte rendu d’août 2025, le FMI associait déjà les difficultés de la construction aux arriérés. Il s’agit d’une appréciation sectorielle des services du Fonds, sans estimation du nombre d’entreprises ou d’emplois concernés. [8]

Ces résultats obligent à tenir ensemble deux constats : un stock important a été recensé, et une partie des arriérés a déjà fait l’objet de règlements. Ils ne permettent pas de reconstruire le solde actuel. Soustraire 474 de 1 956 donnerait un chiffre précis, mais non démontré : il manque le rapprochement des périmètres, les nouvelles échéances impayées et les corrections apportées depuis l’inventaire.

Une autre prudence concerne les étapes du paiement. Dans sa partie sur l’énergie, le rapport parle de montants ordonnancés, c’est-à-dire d’ordres de payer. Cela ne constitue pas, à lui seul, une preuve d’encaissement par le bénéficiaire. Le tableau de trésorerie permet de retrouver les 474 milliards : 246,1 sur financements extérieurs et 227,9 sur ressources intérieures. Le texte de la section sur les arriérés inclut en plus 14,4 milliards de dons dans les paiements extérieurs, absents de cette ligne du tableau. Les deux présentations doivent donc être distinguées. Le total annoncé par le ministère doit rester attribué, pas être transformé en rapprochement bancaire que nous aurions réalisé. [5]

Cinq modes de règlement, des effets différents

Le gouvernement envisage plusieurs voies : paiement en numéraire, affacturage, titrisation, compensation fiscale et rééchelonnement. Les critères annoncés de priorité incluent l’ancienneté, les PME et certains secteurs à fort impact. Les conditions financières et le calendrier détaillé ne figurent pas dans le passage publié du discours. [1]

Ces modalités ne sont pas équivalentes pour une entreprise qui doit payer ses salariés vendredi. Il faut regarder, pour chacune, la somme nette disponible, la date à laquelle elle l’est et le risque qui reste à supporter.

Le virement apporte directement des liquidités. S’il rembourse une dépense déjà enregistrée, il éteint une dette ; il ne finance pas une seconde fois une nouvelle prestation. Le rapport budgétaire sénégalais de 2024 montre précisément que des dépenses impayées peuvent être intégrées aux dépenses rapportées. Dépense comptabilisée et sortie de trésorerie doivent donc être suivies séparément. [6]

Reste à financer le versement. Mobiliser des recettes, emprunter ou déplacer d’autres paiements n’a pas les mêmes effets sur l’économie. Pour apprécier le soutien net à l’activité, il faudrait examiner à la fois le paiement reçu par le fournisseur et la ressource publique utilisée pour le financer. On ne peut annoncer un gain de croissance à partir du seul montant réglé.

L’affacturage permet de mobiliser une créance auprès d’un établissement spécialisé, contre rémunération. Le COFEB, centre de formation de la BCEAO, le présente notamment comme un instrument de trésorerie pour les PME. Le fournisseur reçoit un financement ; l’affactureur organise le recouvrement. [7]

L’enjeu contractuel est alors décisif : quelle fraction est avancée, quels frais sont prélevés, qui les paie et qui supporte un défaut ou un nouveau retard ? Tant que ces modalités ne sont pas publiées, on ne sait pas quelle somme nette un fournisseur du programme sénégalais recevrait. Une avance peut être utile même si elle coûte cher ; son utilité n’efface pas son prix.

La titrisation évoquée dans le discours renvoie à la possibilité de transformer les créances en titres financiers ; le montage annoncé n’est pas détaillé. Recevoir un titre payable plus tard ne donne pas, par nature, le même montant de trésorerie qu’un virement immédiat. Le détenteur devra éventuellement le vendre ou le donner en garantie, si un acheteur ou un prêteur l’accepte.

La note technique de Flynn et Pessoa publiée par le FMI en 2014 avertit du risque de décote lors de telles conversions et préconise de réserver cette voie au dernier recours. Ce jugement général n’est ni une interdiction juridique ni une décision du FMI sur le programme sénégalais actuel. [3]

La compensation fiscale utiliserait la créance pour éteindre une dette fiscale admissible. Elle peut éviter une sortie d’argent à l’entreprise, mais elle ne verse pas de salaire et n’aide pas de la même manière celle qui doit peu d’impôts. Le bénéfice dépend des obligations éligibles, des dates et des règles de reconnaissance.

Flynn et Pessoa mettent également en garde contre l’opacité des compensations et recommandent de conserver un enregistrement brut des dépenses et recettes. C’est un point de contrôle concret : un fournisseur doit pouvoir vérifier ce qui a été éteint, et le contribuable ce que l’État a payé et recouvré. [3]

Le rééchelonnement, enfin, donnerait un nouvel échéancier. Cela peut rendre un règlement plus prévisible sans résoudre le besoin de trésorerie immédiat. Un fournisseur disposant de réserves et un autre déjà contraint d’emprunter ne peuvent pas attendre dans les mêmes conditions. La durée proposée, une éventuelle rémunération du délai et les possibilités de refus ou de recours importent autant que le montant facial.

Il serait prématuré de qualifier tout le plan de décote imposée : les contrats ne sont pas publics. Il serait tout aussi prématuré de présenter chaque franc d’arriéré retiré du stock comme un franc disponible pour investir.

Les conditions du financement du FMI

L’accord du 1er septembre 2026 porte, au niveau des services du FMI, sur un programme envisagé d’environ 2,2 milliards de dollars sur trente-six mois. Il reste soumis à l’approbation de la direction et du conseil d’administration, à des mesures correctrices concernant les déclarations inexactes et à des assurances de financement. Ce n’est ni un décaissement réalisé ni une enveloppe intégralement réservée aux fournisseurs. [2]

Cette distinction évite un raccourci tentant : opposer le montant annoncé par le Fonds au stock d’arriérés, puis conclure que le problème est financièrement réglé. Un programme de soutien vise plusieurs besoins. Même approuvé, son rythme de versement doit être rapproché des échéances publiques, pas de la seule photographie des factures anciennes.

Du côté de l’entreprise, la crédibilité d’un plan commence par une information beaucoup plus modeste : sa demande est-elle reconnue, par quelle administration, pour quel montant et avec quelle date de règlement ? Un calendrier peut améliorer la capacité à négocier un financement. Sans reconnaissance claire de la créance, une annonce macroéconomique ne fournit pas la même assurance.

Empêcher la prochaine file d’attente

Le suivi utile devrait rapprocher, à périmètre constant, le stock de départ, les nouveaux retards, les règlements et les corrections. Il devrait aussi distinguer cash reçu, créances cédées, titres remis et compensations effectuées. Sinon, la baisse d’un poste d’arriérés peut simplement refléter son déplacement vers une autre catégorie de dette.

La priorité donnée à certains fournisseurs pose une question d’équité, même lorsqu’elle est justifiée économiquement. Une petite créance urgente peut protéger une entreprise très fragile ; une grosse créance peut bloquer toute une chaîne de sous-traitants. Aucun critère unique ne tranche tous les cas. Publier les critères, permettre de contester une erreur de classement et suivre leur application limiterait l’arbitraire sans sacrifier la vérification des pièces.

Le contrôle doit surtout intervenir avant le retard : avant d’engager une commande, puis lors de la réception et de la validation de la facture. Une autorisation budgétaire ne garantit pas que l’argent sera disponible à l’échéance. Faire correspondre les engagements au calendrier de trésorerie est un axe central des recommandations de gestion publique du FMI. [3][8]

Le Sénégal dispose désormais d’une annonce de traitement, de données budgétaires sur des règlements et d’un accord technique avec le Fonds. Il manque encore, dans les pièces publiques consultées, le pont entre l’inventaire et les comptes bancaires des créanciers. Pour le fournisseur qui a livré, la question décisive reste entière : combien recevra-t-il, quand, et quelle part du coût de l’attente restera à sa charge ?

Le rapport budgétaire au 31 mars 2026, publié en juin, ne fournit pas davantage de rapprochement de cet inventaire avec les paiements aux fournisseurs. Le solde restant dû ne peut donc pas être actualisé à partir de ces seuls documents. [9]

Pour prolonger cette lecture, voir notre analyse du financement de la trésorerie dans la filière cacao au Ghana et celle du partage des pertes lors d’un défaut souverain.

Sources et repères documentaires

Neuf documents institutionnels. Le rapport budgétaire de fin 2025 est lié au site du Trésor public ; ceux de fin 2024 et du premier trimestre 2026 sont accessibles via Archives.sn, hébergeur indépendant. Les chiffres ministériels restent attribués à leur auteur. Recherche arrêtée au 8 septembre 2026. Aucun entretien ni accès aux comptes bancaires des fournisseurs n’est revendiqué.

  1. Déclaration de politique générale du 8 septembre 2026. Passage sur les arriérés : stock évalué à fin mars 2025, dossiers recensés à fin décembre 2024, classification, modes de traitement et priorités. Déclaration gouvernementale, non certification indépendante des créances. Les 49,5 % portent sur la valeur ; 2 406 est un nombre de dossiers. Aucun registre individuel ni contrat d’apurement dans le texte.

  2. FMI : Accord au niveau des services avec le Sénégal. Communiqué 26/282. Croissance réelle annuelle 2025 : 6,7 % au total et 2,2 % hors hydrocarbures. Pour le premier trimestre 2026, 4,7 % hors hydrocarbures sur un an : période différente. Programme envisagé sur 36 mois, environ 2,2 milliards de dollars, encore conditionnel. Appréciation des services, pas décision du conseil ni décaissement.

  3. Prévenir et gérer les arriérés de dépenses publiques : note technique du FMI. Notice FMI TNM 2014/003 publiée le 9 juillet 2014 ; le PDF porte mai 2014 en couverture. Pages imprimées 3–6 : définitions et effets ; 17–24 : vérification, priorités, modalités de liquidation ; 23–24 : réserves sur compensation fiscale et titres. Recommandations générales des auteurs, pas texte juridique sénégalais ni condition particulière du programme de 2026.

  4. Arriérés intérieurs en Afrique subsaharienne : Perspectives économiques régionales. Octobre 2019, chapitre 3, pages imprimées 41–58, notamment 48–50. Étude régionale, avec limites reconnues sur la mesure des arriérés ; mécanismes, associations statistiques et simulations ne sont pas des estimations causales du Sénégal en 2026. Aucun coefficient ni nombre d’emplois perdu n’est transposé dans l’article.

  5. Sénégal : Exécution du budget au 31 décembre 2025. Ministère des Finances et du Budget, avril 2026, copie publiée par le Trésor public. Pages 7 et 33 : 474,0 milliards de règlements sur 500,9 prévus. Page 29 : BTP, 82,2 payés sur 105,0 ; énergie, ordonnancements. Le tableau 8 donne 246,1 milliards extérieurs et 227,9 intérieurs, soit 474,0. Le texte de la section V ajoute 14,4 milliards de dons aux paiements extérieurs, portant ceux-ci à 260,5. Ce changement de périmètre ne permet pas de recalculer le stock actuel. Tableaux et pages correspondantes relus.

  6. Sénégal : Exécution du budget au quatrième trimestre 2024. Ministère des Finances et du Budget, juin 2025, rapport sur fin 2024. Pages 7 et 8, section II.2 : dépenses rapportées et arriérés cumulés, non pris en charge au Trésor faute de couverture budgétaire. Utilisé pour distinguer comptabilisation et paiement. Document ministériel reproduit sur Archives.sn, hébergeur indépendant ; pages correspondantes relues.

  7. COFEB : Affacturage et financement des créances en Afrique. Présentation du mécanisme d’affacturage et de son intérêt pour les besoins de trésorerie des PME. Source institutionnelle participant à sa promotion. Elle ne documente ni les frais ni les conditions des opérations d’apurement envisagées au Sénégal en septembre 2026.

  8. FMI : Mission au Sénégal, août 2025. Communiqué 25/282 : audit des arriérés lancé le 21 juillet 2025 par l’IGF ; renforcement des contrôles d’engagement et de l’information sur la dette. La mission relie déjà des difficultés du BTP aux arriérés, sans chiffrer une perte d’emplois. Ne pas confondre le rapprochement de la dette par Forvis Mazars également évoqué et l’audit des factures.

  9. Sénégal : exécution du budget au 31 mars 2026. Ministère des Finances et du Budget, juin 2026, copie accessible via Archives.sn. Rapport plus récent sur les recettes et les dépenses, qui ne fournit pas de rapprochement du stock de 1 956 milliards avec les règlements aux fournisseurs. Il ne permet donc pas d’actualiser ce solde.

Cet article ne constitue en aucun cas un conseil en investissement.

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