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Guerre d'Iran : inventaire des navires et infrastructures pétroliers et gaziers frappés

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Analyse complète

La dimension énergétique de cette guerre ne se lit pas seulement dans le prix du baril ou dans la fermeture du détroit d’Ormuz, sujets que nous avons traités par ailleurs. Elle s’inscrit aussi dans une comptabilité concrète, celle des installations et des coques touchées. Cet article en propose l’inventaire, à une date donnée et avec une exigence de méthode, car un tel décompte ne vaut que par la qualité et la prudence de ses sources.

Une méthode, et ses limites

Deux catégories de cibles appellent deux niveaux de confiance. Pour les infrastructures, les meilleures sources sont les enquêtes de Human Rights Watch, appuyées sur l’imagerie satellitaire et les déclarations des exploitants comme QatarEnergy, Shell ou la National Iranian Gas Company. Le degré de certitude y est élevé : on voit les dégâts, on les date, on les mesure. Pour les navires, la matière est plus hétérogène, et nous l’avons adossée aux sources maritimes de premier ordre. L’autorité de référence est l’UKMTO, le bureau britannique de liaison du commerce maritime, qui a enregistré au moins 52 signalements d’incidents dans le golfe Arabo-Persique, le détroit d’Ormuz et le golfe d’Oman à la fin mai 2026, entre attaques, activités suspectes et détournements. Le centre d’information maritime interarmées, le JMIC, a qualifié la menace de critique au plus fort de la crise, une attaque étant jugée quasi inévitable, avant de l’abaisser à sévère en juin. La société de renseignement Ambrey et les clubs de protection et d’indemnisation complètent ce socle. Ces sources font autorité sur le décompte et sur la gravité, mais elles anonymisent souvent les navires : l’identification par nom, et surtout par numéro IMO, l’empreinte unique d’une coque, provient alors de la presse spécialisée et du renseignement maritime, parfois de revendications de belligérants qu’aucun enquêteur neutre n’a constatées. Quand ces sources divergent, nous privilégions le premier ordre : ainsi le Skylight, que des compilations donnaient pour deux morts, est décrit par l’UKMTO comme ayant fait quatre blessés.

Trois précautions s’imposent donc. Cet inventaire est celui de ce qui est documenté, pas une garantie d’exhaustivité : des incidents ont pu échapper au recensement, d’autres être comptés deux fois sous des noms différents. Les qualifications de dommage vont du bâtiment légèrement endommagé au navire coulé, et cette gradation compte autant que le décompte brut. Enfin, l’attribution, qui a frappé qui, est souvent revendiquée mais rarement prouvée. Nous listons donc ce qui est rapporté, en le pondérant par sa source.

Les infrastructures énergétiques

Le tournant a eu lieu le 7 mars 2026, avec les premières frappes israéliennes sur des installations pétrolières iraniennes, quatre dépôts autour de Téhéran. L’escalade a culminé le 18 mars avec l’attaque du champ gazier de South Pars et des installations d’Asaluyeh, puis la riposte iranienne sur les sites énergétiques du Golfe. South Pars, plus grand champ gazier du monde et cœur du système énergétique iranien, fournit environ 80 % du gaz du pays et alimente près de 79 % de sa production électrique. Selon l’imagerie analysée par Human Rights Watch et confirmée sur le terrain, plusieurs raffineries du complexe ont été endommagées par le feu, la raffinerie numéro 4, la plus grande, étant presque entièrement détruite. L’attaque a affecté environ 12 % de la production gazière iranienne et interrompu les livraisons de gaz vers l’Irak.

En représailles, l’Iran a frappé Ras Laffan, au Qatar, qui assure à lui seul près d’un cinquième du GNL mondial. Human Rights Watch y a documenté, par satellite et via QatarEnergy et Shell, des dégâts sévères : les lignes de liquéfaction 4 et 6, soit 12,8 millions de tonnes par an et 17 % des exportations qataries, et la ligne 2 de l’usine Pearl de gaz-vers-liquides. Les réparations sont estimées jusqu’à cinq ans pour le GNL. D’autres sites du Golfe et d’Israël ont été touchés, comme le résume le tableau ci-dessous.

Site Pays Date Nature des dégâts (source)
Quatre dépôts pétroliers, région de Téhéran Iran 7 mars Premières frappes israéliennes sur le pétrole iranien (Al Jazeera, HRW)
Champ gazier de South Pars, raffineries 3 à 7 Iran 18 mars Raffinerie 4 quasi détruite, feu, ~12 % du gaz iranien, ~100 Mm³/j à l’arrêt (HRW, NIGC)
Complexe pétrochimique d’Asaluyeh Iran 18 mars Réservoirs de stockage et installations gazières endommagés (Al Jazeera, HRW)
Ras Laffan, GNL (lignes 4 et 6) et Pearl GTL Qatar 18-19 mars Dégâts sévères, 17 % des exports qataris, réparations jusqu’à 5 ans (HRW, QatarEnergy, Shell)
Deux raffineries Koweït 18-19 mars Visées par des tirs iraniens (PBS)
Installations gazières, Abou Dhabi Émirats 18-19 mars Opérations suspendues après 13 missiles et 27 drones (Wikipedia South Pars)
Raffinerie de Haïfa Israël 18-19 mars Coupure de courant d’environ 45 minutes (Wikipedia South Pars)
Ports de Duqm et Salalah, stockage de carburant Oman mars Au moins un réservoir de carburant endommagé à Duqm (compilations d’incidents)
Deux coups au cœur du système gazierPart de production ou d'exportation affectée par les deux frappes majeures de mars 2026.South Pars : part de la production gazière iranienne~12 %Ras Laffan : part des exportations de GNL du Qatar~17 %Réparations estimées jusqu'à cinq ans pour le GNL de Ras Laffan.Sources : Human Rights Watch, QatarEnergy, Shell, National Iranian Gas Company.
La frappe sur South Pars a touché environ 12 % du gaz iranien, celle sur Ras Laffan 17 % des exportations de GNL du Qatar. Sources : HRW, QatarEnergy, Shell.

Les navires pétroliers et gaziers

Le second front est maritime, et il a été particulièrement intense dès l’ouverture du conflit, quand le trafic n’avait pas encore été dérouté. Le trafic quotidien dans le détroit est d’ailleurs tombé d’environ 138 navires à quelques unités par jour au début juin, selon l’UKMTO. Le tableau ci-dessous recense les navires liés au pétrole et au gaz, pétroliers, transporteurs de produits chimiques, de bitume ou de gaz de pétrole liquéfié, rapportés touchés, saisis ou désactivés. Les numéros IMO, empreinte unique de chaque coque, sont indiqués quand une source de premier ordre les confirme. Les navires porte-conteneurs, vraquiers et autres, également nombreux à avoir été visés, n’y figurent pas, l’inventaire se concentrant sur la demande du sujet.

Navire Pavillon Type Date Lieu et nature (source)
Skylight (IMO 9330020) Palaos pétrolier 28 février Projectile à 5 nm au nord de Khasab ; 4 blessés, évacuation (UKMTO)
MKD Vyom (IMO 9284386) Îles Marshall pétrolier 28 février Projectile au-dessus de la ligne de flottaison, incendie maîtrisé (UKMTO)
Sea La Donna (IMO 9380532) Liberia pétrolier-chimiquier 28 février Attaque sous investigation (UKMTO)
Hercules Star Gibraltar pétrolier 1 mars Dégâts mineurs
Ocean Electra Liberia pétrolier 1 mars Dégâts mineurs
LCT Ayeh Émirats pétrolier 1-2 mars Endommagé
Stena Imperative États-Unis transporteur de produits 2 mars Port de Bahreïn, frappé deux fois ; 1 ouvrier tué
Athe Nova Honduras transporteur de bitume 2 mars Frappé par drones
Libra Trader Îles Marshall pétrolier brut 3 mars Dégâts mineurs
Sonangol Namibe Bahamas pétrolier 4 mars Drone marin près du port Mubarak Al Kabeer (Koweït) ; marée noire
Prima Malte pétrolier-chimiquier 7 mars Attaqué par drone (revendication IRGC)
Louis P Îles Marshall pétrolier 7 mars Attaqué par drone (revendication IRGC)
Safesea Vishnu Îles Marshall pétrolier 11 mars Incendié ; 1 mort (revendication marine iranienne)
Zefyros Malte pétrolier 11 mars Incendié, abandonné
Gas Al Ahmadiah Koweït transporteur de GPL 17 mars Projectile à l’est de Fujairah, dégâts mineurs
Parimal Palaos chimiquier 18 mars Incendie ; capitaine porté disparu
Al Salmi Koweït pétrolier géant (VLCC) 31 mars Drone au port de Dubaï ; incendie
Aqua 1 Panama pétrolier 1 avril Projectiles au nord de Doha
Barakah Émirats (ADNOC) pétrolier 3 mai Deux drones au nord de Fujairah ; à vide
Ocean Koi Barbade pétrolier 8 mai Saisi par l’Iran
Sevan Panama transporteur de propane-butane 25 avril Saisi par les États-Unis
Marivex Palaos pétrolier 8 juin Désactivé par les États-Unis, golfe d’Oman
Settebello Palaos pétrolier 9 juin Désactivé par les États-Unis ; 3 marins tués
Jalveer Guinée-Bissau pétrolier 10 juin Désactivé par les États-Unis, golfe d’Oman
Kiku Panama pétrolier 27 juin Projectile dans le détroit

À ce décompte s’ajoutent plusieurs pétroliers iraniens saisis par la marine américaine dans le cadre du blocus naval, dont le Deep Sea, le Dorena, le Sevin, le Derya, le Tifani et le Majestic X, capturés entre avril et mai au large de l’Inde, de la Malaisie et dans l’océan Indien. Ces saisies relèvent d’une logique de blocus plus que de destruction, et il faut les distinguer des navires endommagés au combat.

La guerre des pétroliers, mois par moisNavires pétroliers et gaziers recensés touchés, saisis ou désactivés (ordres de grandeur).Fin février et mars~17Avril~3Mai~3Juin~4Pic en mars, avant le déroutement massif du trafic.Sources : compilations d'incidents, avis de sécurité maritime, presse.
Les attaques contre les navires pétroliers et gaziers ont culminé en mars 2026, avant que le trafic ne soit largement dérouté. Sources : avis de sécurité maritime, presse.

Les enseignements du décompte

Trois enseignements se dégagent de ce recensement. Le premier est chronologique : la violence maritime a été concentrée sur les premières semaines, en mars, avant que le déroutement du trafic ne réduise mécaniquement le nombre de cibles. Le second est la nature à double détente des frappes sur les infrastructures : chaque camp a visé le cœur énergétique de l’autre, l’Iran perdant une part de South Pars, le Qatar une part de Ras Laffan, dans une symétrie destructrice où l’arme est l’approvisionnement mondial lui-même. Le troisième est humain, souvent oublié derrière les tonnages : plusieurs marins et au moins un ouvrier portuaire ont péri dans les attaques recensées contre des navires, les bilans exacts variant selon les sources, et les équipages, souvent originaires d’Asie du Sud, en ont payé le prix le plus lourd.

Ce coût matériel se traduit en coût économique, que nous avons chiffré ailleurs. La frappe sur South Pars et Ras Laffan a fait bondir le baril de 103 à 108 dollars et le gaz européen de 7 % en quelques heures, et les dégâts de Ras Laffan, réparables en cinq ans au plus, laisseront une empreinte durable, comme le montre notre analyse de la chaîne d’approvisionnement après Ormuz. L’inventaire des coques et des sites n’est pas qu’une macabre comptabilité : c’est la trame physique d’un choc dont le prix se lit encore sur les marchés.

Sources

  1. Human Rights Watch, « Israel, Iran: Unlawful March Attacks on Energy Infrastructure », 22 avril 2026 : analyse satellitaire et déclarations d’exploitants, dégâts de South Pars (raffineries 3 à 7, raffinerie 4 quasi détruite, ~12 % du gaz iranien) et de Ras Laffan (lignes 4 et 6, Pearl GTL, 17 % des exports qataris, réparations jusqu’à cinq ans) : https://www.hrw.org/news/2026/04/22/israel-iran-unlawful-march-attacks-on-energy-infrastructure
  2. Human Rights Watch, « Iran: Israel’s Oil Depot Strikes Endanger Environment, Health », 14 avril 2026 : frappes sur les dépôts pétroliers, risques sanitaires et environnementaux : https://www.hrw.org/news/2026/04/14/iran-israels-oil-depot-strikes-endanger-environment-health
  3. Wikipédia, « 2026 South Pars field attack » : date et déroulé de la frappe du 18 mars, South Pars fournissant 80 % du gaz et 79 % de l’électricité de l’Iran, ripostes sur le Golfe, raffinerie de Haïfa, impact sur les prix : https://en.wikipedia.org/wiki/2026_South_Pars_field_attack
  4. Al Jazeera, « Iran oil facilities hit for first time as war with US-Israel enters day 9 », 8 mars 2026 : premières frappes israéliennes sur les dépôts pétroliers iraniens : https://www.aljazeera.com/news/2026/3/8/israel-strikes-irans-oil-facilities-for-first-time-as-war-enters-ninth-day
  5. PBS News, « Iran intensifies attacks on Gulf energy sites after Israel struck its key gas field » : ripostes iraniennes sur les sites énergétiques du Golfe, raffineries koweïtiennes : https://www.pbs.org/newshour/world/iran-intensifies-attacks-on-gulf-energy-sites-after-israel-struck-its-key-gas-field
  6. Wikipédia, « 2026 Strait of Hormuz crisis » : tableau consolidé des navires marchands attaqués, saisis ou désactivés, avec pavillons, types, dates et bilan humain, agrégeant presse et avis de sécurité maritime : https://en.wikipedia.org/wiki/2026_Strait_of_Hormuz_crisis
  7. ABC News, escalade des attaques contre des navires commerciaux dans le détroit d’Ormuz : https://abcnews.com/International/attacks-strait-hormuz-intensify-iran-targeted-commercial-ships/story?id=130962627
  8. NPR, « Tanker set ablaze after being struck by projectile in the Strait of Hormuz », 7 juillet 2026 : https://www.npr.org/2026/07/07/g-s1-132265/tanker-attack-strait-of-hormuz
  9. PBS News, « U.S. fires on and disables 2 more Iranian tankers as tensions rise in the Strait of Hormuz » : navires iraniens désactivés par la marine américaine : https://www.pbs.org/newshour/world/u-s-fires-on-and-disables-2-more-iranian-tankers-as-tensions-rise-in-the-strait-of-hormuz
  10. UKMTO (UK Maritime Trade Operations), incidents récents et avis 2026 : autorité de référence sur le décompte des incidents, relèvement du niveau de menace, brouillage GNSS/AIS/VHF : https://www.ukmto.org/recent-incidents
  11. Skuld (club de protection et d’indemnisation), point de sécurité maritime Golfe et Ormuz : au moins 52 signalements d’incidents à l’UKMTO fin mai 2026, niveaux de menace du JMIC (critique puis sévère), navires nommés avec numéro IMO (Skylight IMO 9330020, MKD Vyom IMO 9284386, Sea La Donna IMO 9380532), trafic tombé d’environ 138 à quelques navires par jour, rôle d’Ambrey : https://www.skuld.com/topics/port/port-news/asia/maritime-security-update-gulf-region--strait-of-hormuz-and-red-sea/
  12. Euronews, 27 juin 2026, relèvement du niveau de menace dans le détroit d’Ormuz par l’agence maritime britannique après le signalement d’un pétrolier frappé : https://www.euronews.com/2026/06/27/uk-maritime-agency-raises-strait-of-hormuz-threat-level-after-oil-tanker-reports-being-str

Cet article ne constitue en aucun cas un conseil en investissement.

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