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Euro numérique, 2/6 : le stress test à 699 milliards
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Analyse complète
Ce texte constitue le deuxième volet de notre enquête en six parties sur l’euro numérique. Le premier article montrait qu’une conversion ne change pas le nombre d’euros mais le bilan qui porte la dette. Ce deuxième volet suit le mouvement jusqu’au bout : combien de dépôts peuvent changer de nature, comment les banques remplacent ce financement et à quel moment le collatéral devient la dernière digue.
État du dossier au 13 août 2026. Le plafond de détention définitif de l’euro numérique n’est pas fixé. Les valeurs comprises entre 500 et 3 000 euros analysées par la BCE répondent à une demande technique des colégislateurs. Elles ne constituent ni une décision ni la position finale de la banque centrale.
699 milliards d’euros.
Le chiffre est exact dans un sens très précis. Il apparaît dans le scénario le plus sévère publié par la Banque centrale européenne en octobre 2025. Chaque personne éligible cherche alors à convertir le maximum autorisé en euros numériques, dans la limite de ses dépôts à vue disponibles. Le mouvement se produit rapidement, simultanément et dans toute la zone euro.
Avec un plafond hypothétique de 3 000 euros, le modèle obtient 699 milliards d’euros de sorties de dépôts. Cela représente 2,2 % des actifs du secteur bancaire et 8,2 % des dépôts de détail à vue retenus dans l’exercice.
Le même chiffre devient faux dès qu’on lui ajoute une mauvaise phrase.
La BCE ne prévoit pas un bank run de 699 milliards. Elle ne dit pas que l’euro numérique déclencherait la crise. Elle ne dit pas davantage que 699 milliards pourraient quitter les banques sans coût économique. Elle construit un choc extrême, puis demande si les établissements peuvent remplacer le financement perdu sans épuiser leur liquidité et leur collatéral.
La réponse du modèle est rassurante en agrégé. Elle reste conditionnelle dans le détail.
À retenir en sept lignes
- Les 699 milliards appartiennent à un scénario extrême où la perte de confiance bancaire est déjà déclenchée.
- La crise de confiance est supposée extérieure à l’euro numérique.
- La BCE utilise les données prudentielles de 2 025 banques et une collecte confidentielle sur la distribution des dépôts.
- Les banques peuvent utiliser leurs réserves, le marché en temps normal et le refinancement de l’Eurosystème.
- Avec un plafond de 3 000 euros, 13 banques atteignent un LCR de 100 % et 9 manquent de collatéral standard pour conserver ce seuil.
- Ces résultats ne signifient ni faillite ni insolvabilité.
- Le modèle repose sur les bilans du premier trimestre 2024, dans un environnement beaucoup plus liquide qu’en août 2026.
Un exercice commandé par les législateurs
Le rapport technique de la BCE répond à une demande spécifique née pendant les négociations législatives.
Le rapporteur du Parlement et les colégislateurs voulaient connaître l’impact de plusieurs plafonds hypothétiques allant jusqu’à 3 000 euros sur :
- les dépôts bancaires ;
- le ratio de couverture de liquidité, ou LCR ;
- le ratio structurel de liquidité à long terme, ou NSFR ;
- la rentabilité ;
- le crédit ;
- le ratio crédits sur dépôts.
Notre guide de la solidité bancaire replace ces ratios dans le bilan complet d’un établissement.
Dans sa lettre du 10 octobre 2025 à Aurore Lalucq, Piero Cipollone précise que le travail ne représente ni la méthodologie finale complète de la BCE, ni sa position sur le bon niveau du plafond.
Cette précaution change la lecture.
3 000 euros n’est pas un seuil que la BCE aurait choisi, puis validé avec son propre modèle. C’est la borne haute d’une série de valeurs qu’on lui a demandé de tester.
Deux scénarios fondés sur des mécanismes distincts
La BCE construit deux environnements.
Le scénario business-as-usual
Il représente l’usage ordinaire attendu.
Une enquête demande aux habitants de la zone euro :
- s’ils essaieraient l’euro numérique ;
- combien ils voudraient détenir ;
- s’ils financeraient le portefeuille avec des dépôts, du cash ou d’autres actifs ;
- s’ils préféreraient préfinancer le portefeuille ou utiliser un compte lié.
En moyenne, 66 % des répondants sont considérés comme susceptibles d’essayer le dispositif.
Le financement déclaré ne vient pas uniquement des banques. La BCE estime que 23 % des montants proviendraient d’autres actifs, dont 16 % de billets. Cette partie ne crée donc aucune sortie de dépôts.
Avec un plafond de 3 000 euros, la demande moyenne déclarée atteint environ 450 euros numériques par personne, dont un peu moins de 400 euros financés depuis des comptes bancaires. Le plafond augmente fortement, mais l’encours désiré progresse beaucoup moins vite. L’utilisateur ordinaire ne remplit pas nécessairement tout l’espace disponible.
Le scénario flight-to-safety
Le second scénario commence par une perte de confiance dans l’ensemble du système bancaire.
Son point de départ est essentiel :
la crise est supposée extérieure à l’euro numérique.
Chaque déposant cherche alors à obtenir le maximum permis, sous deux contraintes :
- le plafond testé ;
- le montant effectivement disponible sur ses dépôts à vue.
La conversion se produit rapidement et simultanément dans toutes les banques.
Le modèle ne mesure donc pas la probabilité de la panique. Il mesure la quantité que l’euro numérique pourrait absorber si la panique existait déjà.
Les hypothèses bornent la portée du scénario
Le flight-to-safety cumule des hypothèses très dures :
- tous les déposants éligibles ouvrent un portefeuille ;
- tous demandent le maximum disponible ;
- le mouvement est simultané ;
- le marché interbancaire est fermé dans la simulation de stress ;
- les banques cherchent malgré tout à conserver au moins 100 % de LCR et de NSFR.
La réalité pourrait être moins brutale sur ce canal.
Le rapport reconnaît que les comptes détenus dans plusieurs banques peuvent conduire à compter plusieurs fois une même personne. L’hypothèse surestime alors la capacité réelle d’absorption du portefeuille.
La réalité pourrait aussi être plus brutale sur l’ensemble du système.
Le modèle ne retire ni les dépôts d’épargne ni les dépôts à terme. Il n’intègre pas davantage la fuite des entreprises vers d’autres actifs, alors que les sociétés non financières détiennent 31 % des dépôts overnight. Plus d’un tiers des dépôts overnight éligibles des ménages se trouvent par ailleurs sur des comptes dépassant 100 000 euros. Ces déposants pourraient chercher à déplacer bien davantage que le plafond numérique lors d’une crise bancaire générale.
La BCE l’écrit elle-même : une partie importante des sorties se produirait même sans euro numérique, vers les billets, les titres sûrs, les autres banques ou des actifs numériques, notamment des stablecoins.
Le scénario isole donc une question précise :
combien la nouvelle destination publique peut-elle ajouter à une fuite qui existe déjà ?
Il ne reconstruit pas toute la crise.
La digitalisation qui compense les sorties
Le scénario normal contient un autre élément rarement cité.
La BCE projette que le recul progressif des paiements en billets laisserait davantage de monnaie sur les comptes bancaires. Son scénario moyen estime cet apport à 127 milliards d’euros de dépôts supplémentaires d’ici 2034.
Dans les calculs business-as-usual, cette tendance compense plus que les sorties estimées vers l’euro numérique, même avec un plafond de 3 000 euros.
Cette conclusion repose sur un contrefactuel :
- sans poursuite de la digitalisation des paiements, le portefeuille provoque une petite sortie nette ;
- avec cette tendance, les banques reçoivent davantage de dépôts qu’elles n’en perdent vers l’euro numérique.
La digitalisation ne constitue pas un revenu créé par le projet. Elle représente un changement de forme de paiement qui aurait probablement lieu de toute façon.
Le rapport publie donc systématiquement les résultats avec et sans cet effet. L’article retient la version sans compensation lorsque l’objectif est d’isoler le choc propre à l’euro numérique.
Derrière le chiffre, 2 025 bilans bancaires
La qualité principale du travail tient à sa base de données.
La BCE ne multiplie pas simplement le plafond par la population. Elle utilise :
- FINREP ;
- COREP ;
- les rapports prudentiels de liquidité ;
- les réserves ;
- les HQLA ;
- le collatéral éligible ;
- l’accès au marché ;
- les données de 115 grandes banques ;
- les données de 1 910 établissements moins importants ;
- une collecte spéciale appelée DRDEPO.
La méthodologie préliminaire décrit le contenu de DRDEPO :
- dépôts à vue, d’épargne et à terme ;
- douze tranches de solde ;
- nombre de déposants ;
- nombre de comptes ;
- rémunération moyenne ;
- part couverte par la garantie ;
- classification prudentielle des dépôts stables ;
- objectifs internes de liquidité.
Cette granularité explique pourquoi la courbe ralentit lorsque le plafond augmente. Beaucoup de déposants n’ont pas 3 000 euros disponibles à vue. Relever le plafond de 500 à 3 000 euros ne multiplie donc pas les sorties par six.
Elle explique aussi pourquoi le résultat exact n’est pas reproductible publiquement. Les données décisives restent confidentielles.
Les trois options de financement d’une banque
Le modèle reçoit une sortie de dépôts propre à chaque banque.
L’établissement recompose ensuite son bilan pour maximiser son résultat sous plusieurs contraintes :
- LCR ;
- NSFR ;
- réserves disponibles ;
- collatéral ;
- accès au marché ;
- coût des différentes sources de financement ;
- objectif interne de liquidité.
Trois grandes réponses sont possibles.
1. Utiliser ses propres réserves
La banque remet une partie de ses réserves à l’Eurosystème afin de financer la conversion demandée par ses clients.
Cette solution est immédiate, mais réduit son coussin de liquidité et les intérêts perçus sur les réserves.
2. Trouver des réserves sur le marché
En temps normal, elle peut emprunter à d’autres banques, en financement sécurisé ou non sécurisé, à différentes maturités. Elle peut également émettre des obligations.
Le modèle suppose que les établissements qui n’ont pas eu accès au marché pendant les trois années précédentes restent sans accès.
Dans le flight-to-safety, le marché interbancaire est fermé pour tous.
3. Emprunter à l’Eurosystème
La banque peut obtenir des réserves contre du collatéral éligible.
Le modèle distingue :
- les HQLA ;
- le collatéral éligible qui n’est pas HQLA ;
- un financement résiduel à taux pénalisant contre des actifs actuellement non éligibles.
Cette dernière catégorie ne décrit pas une facilité déjà promise. Elle sert d’indicateur de stress : elle mesure le besoin qui resterait si les opérations monétaires ordinaires ne suffisaient plus.
Le bilan de l’Eurosystème absorbe une partie du choc
Le mécanisme décisif apparaît à la troisième étape.
Lorsqu’un ménage transforme un dépôt en euro numérique, sa banque perd le dépôt et les réserves nécessaires au règlement. Si elle emprunte ensuite ces réserves à l’Eurosystème, le financement bancaire revient par une autre porte.
La relation devient :
- le ménage possède une créance directe sur l’Eurosystème ;
- la banque porte une dette supplémentaire envers l’Eurosystème ;
- les actifs donnés en garantie deviennent grevés.
Le choc change donc moins la quantité totale de liquidité que sa distribution, son prix et la nature des engagements.
Ce point explique pourquoi 699 milliards peuvent produire un résultat agrégé contenu. La banque centrale n’est pas un observateur extérieur du système soumis au test. Son bilan constitue une partie de la solution.
Le modèle ne promet pourtant pas une liquidité inconditionnelle. Le refinancement ordinaire exige du collatéral. La capacité des banques à mobiliser des actifs acceptables sans épuiser leurs ratios constitue donc le dernier goulot d’étranglement, au-delà du niveau facial des dépôts perdus.
Treize banques au seuil, neuf face au collatéral
Le graphique le plus utile du rapport n’est pas celui des 699 milliards.
Il compte les établissements qui atteignent les limites du modèle.
| Plafond hypothétique | Banques atteignant 100 % de LCR | Banques atteignant 100 % de NSFR | Banques limitées par le collatéral standard |
|---|---|---|---|
| 500 € | 2 | 0 | 1 |
| 1 000 € | 6 | 0 | 5 |
| 2 000 € | 10 | 0 | 7 |
| 3 000 € | 13 | 0 | 9 |
À 3 000 euros :
- les 13 banques représentent 0,3 % des actifs bancaires ;
- les 9 banques contraintes par le collatéral représentent 0,1 % des actifs ;
- les 13 établissements sont répartis dans six pays ;
Le terme « contraintes » doit rester précis.
Une banque à 100 % de LCR n’est ni insolvable ni en faillite. Elle arrive au minimum réglementaire retenu par le modèle. Les règles prudentielles permettent d’ailleurs de passer temporairement sous 100 % en période de stress, puisque les coussins de liquidité sont précisément conçus pour être utilisés.
Les neuf banques constituent un cas plus instructif. Elles n’ont pas assez de collatéral non-HQLA éligible et non grevé pour reconstituer entièrement leur position au moyen des opérations monétaires standard tout en conservant 100 % de LCR.
Le rapport leur affecte alors le financement résiduel pénalisant. Il ne dit pas qu’elles cessent de payer. Il signale qu’une intervention sortant du cadre standard deviendrait nécessaire dans les hypothèses retenues.
L’identité des treize banques reste confidentielle
La BCE a refusé certaines ventilations demandées par les colégislateurs parce qu’elles auraient permis d’identifier des établissements.
Les comptes publics ne suffisent pas à reconstituer le classement.
Le résultat dépend de données absentes des rapports annuels :
- nombre de déposants uniques ;
- distribution individuelle des soldes ;
- clients présents dans plusieurs banques ;
- dépôts classés stables ;
- objectifs internes de liquidité ;
- collatéral réellement libre et éligible ;
- liens internes aux systèmes de protection institutionnels ;
- prix propre à chaque source de financement.
Un LCR public relativement faible ne prouve donc rien.
Une banque peut afficher un ratio plus proche de 100 % tout en disposant de nombreux déposants fortunés, d’un excellent accès au marché ou d’un collatéral mobilisable. Une autre peut publier un ratio supérieur tout en concentrant de nombreux petits comptes susceptibles de remplir entièrement leur plafond.
Nous pouvons construire un indicateur public de sensibilité. Nous ne pouvons pas transformer cet indicateur en identification des banques confidentielles de la BCE.
Les banques de détail encaissent le plus gros choc
La distribution par modèle économique confirme une intuition simple.
Les établissements les plus touchés en proportion de leur bilan sont :
- les small market lenders ;
- les retail lenders ;
- les diversified lenders.
Ils dépendent davantage des dépôts de ménages directement substituables par l’euro numérique.
Cette exposition ne signifie pas automatiquement fragilité. Elle doit être confrontée aux réserves, au collatéral, aux réseaux de solidarité et à l’accès au financement.
Le cas allemand l’illustre particulièrement bien.
Les Sparkassen et les banques coopératives sont très exposées aux dépôts retail. Elles appartiennent aussi à des réseaux capables de redistribuer la liquidité entre établissements locaux, associations régionales et institutions centrales.
L’Allemagne teste le même risque avec deux autres modèles
La Bundesbank a publié deux travaux qui complètent utilement l’exercice européen.
Le choc immédiat de 2024
Le Technical Paper 05/2024 suppose une conversion rapide, avec peu de temps laissé aux banques pour s’adapter.
Les caisses d’épargne et les coopératives subissent les sorties les plus importantes.
Avec un plafond de 3 000 euros :
- le déficit de liquidité agrégé mesuré par le LCR reste inférieur ou égal à environ 2 % du stock de HQLA ;
- aucune Sparkasse ni banque coopérative ne présente de déficit si la liquidité peut être redistribuée efficacement à l’intérieur des réseaux.
La mutualisation transforme donc le résultat.
Le nouvel équilibre de 2026
Le Discussion Paper 19/2026, publié le 31 juillet 2026, regarde le long terme.
Il part de 1 156 banques allemandes, puis exclut 104 établissements sans dépôts retail. Les 1 052 banques simulées peuvent :
- relever les taux servis sur les dépôts ;
- émettre davantage d’obligations ;
- modifier leurs coussins de liquidité ;
- arbitrer entre coût du financement et risque de liquidité.
Le modèle n’intègre pas explicitement le refinancement de banque centrale.
Dans son scénario le plus défavorable avec un plafond de 3 000 euros, il obtient :
- environ 0,2 point de pourcentage de baisse du ROE ;
- environ 7 points de baisse du LCR.
Même contenu, l’effet conserve un coût.
L’absorption du choc modifie le coût du financement
Le stress test de la BCE est d’abord un exercice de liquidité.
Il établit qu’un choc peut être financé dans les hypothèses retenues. Il n’établit pas que la structure bancaire reste identique après le choc.
Le financement de remplacement peut produire :
- une perte de revenus sur les réserves utilisées ;
- une dette de marché plus chère ;
- davantage d’actifs grevés ;
- une dépendance accrue à l’Eurosystème ;
- une hausse des taux servis pour retenir les dépôts ;
- une répercussion sur le prix du crédit ;
- une réduction du bilan à plus long terme.
Dans le scénario normal sans compensation par la digitalisation, le graphique 12 du rapport complet traduit le canal du revenu net d’intérêts en une baisse du ROE comprise entre 9 et 18 points de base selon le plafond. À 3 000 euros, la valeur atteint 18 points de base.
La BCE juge l’effet faible par rapport à la volatilité historique du ROE.
Le calcul contient cependant plusieurs exclusions :
- les banques ne relèvent pas la rémunération des dépôts pour les retenir ;
- aucun élargissement des spreads lié à une crise de confiance n’est ajouté ;
- les revenus des services en euros numériques ne sont pas comptés ;
- les économies de gestion du cash ne sont pas comptées ;
- les commissions de paiement potentielles ne sont pas comptées.
Le résultat ne constitue donc ni un scénario totalement favorable ni un scénario totalement défavorable. Il isole un canal de rentabilité à partir de prix de financement observés.
Une petite divergence existe même entre les documents officiels : la présentation de synthèse indique une fourchette de 8 à 18 points de base, tandis que l’annexe complète et son graphique affichent 9 à 18. Nous retenons l’annexe complète.
Le crédit bouge peu dans le modèle
La BCE examine également le ratio crédits sur dépôts et la durée de survie sous stress.
À 3 000 euros :
- les ratios crédits sur dépôts varient peu pour la plupart des modèles ;
- les small market lenders enregistrent une hausse d’environ 2 points ;
- la capacité de survie sous stress ne recule presque pas ;
- l’ajout du choc euro numérique au scénario extrême LiST ne modifie pas matériellement les périodes de survie.
Cette stabilité découle en partie de la nature du modèle.
La banque réoptimise son financement pour continuer à porter ses actifs. La contraction du crédit n’est pas le premier mécanisme d’ajustement.
À long terme, une hausse durable du coût de funding pourrait pourtant modifier l’offre ou le prix du crédit. Le papier Bundesbank 2026 aborde mieux cette transition structurelle, même s’il reste lui aussi partiel.
Le stress test démontre donc une capacité d’absorption à bilan largement maintenu. Il ne clôt pas la question macroéconomique du crédit.
Le décor monétaire a déjà changé
Les simulations BCE utilisent les données du premier trimestre 2024.
À cette période, l’excès de liquidité moyen de la zone euro atteignait 3 428,3 milliards d’euros. Le taux de la facilité de dépôt était de 4 %.
Au 12 août 2026, la BCE mesure 2 121,5 milliards d’euros d’excès de liquidité. La baisse atteint environ 1 307 milliards, soit 38 %. Le taux de la facilité de dépôt est désormais de 2,25 %.
| Environnement | Excès de liquidité | Facilité de dépôt |
|---|---|---|
| Période des données BCE, Q1 2024 | 3 428,3 Md€ | 4,00 % |
| Situation au 12 août 2026 | 2 121,5 Md€ | 2,25 % |
Les deux montants ne fournissent pas un ratio de couverture des 699 milliards. Les réserves sont distribuées de manière inégale, le collatéral compte et l’Eurosystème peut créer de nouvelles réserves contre actifs éligibles.
La comparaison révèle toutefois une évidence :
le coussin agrégé utilisé comme point de départ a déjà fortement diminué.
Les ratios prudentiels ont également reculé pour les grandes banques directement supervisées. Au premier trimestre 2026, leur LCR agrégé s’établit à 153,93 % et leur NSFR à 125,63 %. Ces chiffres ne sont pas parfaitement comparables au 166 % et 128 % du modèle, qui couvre aussi les petites banques et utilise une agrégation différente. Ils confirment néanmoins que la calibration ne peut pas être figée sur le bilan de 2024.
Le rapport BCE le reconnaît : l’exercice devra être répété à proximité du lancement.
Les taux produisent deux effets contraires
La baisse des taux change le problème par deux canaux.
Le coût unitaire du remplacement
Une banque perd un dépôt souvent faiblement rémunéré et le remplace par des réserves, du marché ou du financement de banque centrale proche du taux directeur.
Quand la politique monétaire est restrictive et que les dépôts restent peu rémunérés, cet avantage de financement est important. Chaque euro perdu coûte davantage à remplacer.
Le rapport BCE montre ainsi que l’impact par unité de sortie augmente avec le resserrement monétaire.
La demande d’euros numériques
Un euro numérique serait non rémunéré.
Lorsque les taux des dépôts sont élevés, conserver beaucoup de monnaie à 0 % devient coûteux pour le ménage. Lorsque les taux diminuent, cet écart se resserre et l’actif public devient relativement plus attractif.
Le papier Bundesbank 2026 insiste sur ce second canal : dans un environnement de taux modérés ou faibles, les banques pourraient devoir mieux rémunérer les dépôts pour les retenir.
Une baisse des taux peut donc réduire le coût de remplacement d’un euro tout en augmentant la quantité que les clients souhaitent déplacer.
Le plafond approprié dépend des deux effets.
Les 699 milliards mesurent le canal de l’euro numérique
La BCE compare son choc à des épisodes historiques.
Les sorties de 8,2 % des dépôts retail à vue restent inférieures aux retraits observés à Chypre en 2013, soit 20,9 %, et en Grèce en 2015, soit 25,9 %. Elles dépassent la sortie belge de 6,4 % associée à l’annonce d’un produit d’épargne public attractif.
Les périmètres et les périodes diffèrent. La comparaison sert seulement à situer l’ordre de grandeur.
Elle montre surtout que le plafond borne les montants accessibles via l’euro numérique. La fuite totale peut emprunter d’autres voies.
Une crise systémique pourrait mobiliser :
- l’euro numérique jusqu’au plafond ;
- les billets ;
- les virements vers d’autres banques ;
- les fonds monétaires ;
- les obligations souveraines ;
- les devises ;
- les stablecoins.
Le chiffre spectaculaire ne doit donc pas être interprété comme le coût complet d’une panique. Il mesure l’ouverture supplémentaire créée par la monnaie publique numérique.
Le plafond peut aussi stabiliser un système bancaire plus petit
La littérature ne conclut pas uniformément que toute désintermédiation est mauvaise.
Le Working Paper 1280 de la BIS distingue deux mouvements de désintermédiation liés aux CBDC. Notre guide de lecture d’une CBDC détaille les paramètres de conception qui encadrent ces effets.
La désintermédiation lente
En temps normal, une partie des dépôts devient monnaie de banque centrale.
Le système bancaire perd du financement mais réduit aussi son levier. Dans le modèle des auteurs, cette contraction peut diminuer la fragilité structurelle.
La désintermédiation rapide
En période de panique, une CBDC sans plafond offre un refuge public facile à stocker à grande échelle.
Ce canal augmente la probabilité et la violence des runs.
Le compromis optimal du modèle se situe entre 1 500 et 2 500 euros selon les hypothèses de demande. Ces valeurs ne constituent pas une recommandation pour la zone euro. Elles dépendent d’une enquête allemande et d’un modèle macroéconomique particulier.
Le résultat intellectuel compte davantage que le chiffre :
un plafond peut autoriser une désintermédiation lente utile tout en bloquant la fuite rapide.
Le FMI aboutit à une conclusion voisine dans sa synthèse de 2025. Les risques sont généralement gérables avec un design approprié, mais il n’existe pas de relation univoque entre une limite plus basse et une meilleure stabilité. Un plafond trop restrictif peut compromettre l’utilité de la CBDC ou laisser les flux se déplacer vers des actifs moins contrôlables.
Le périmètre reproductible avec les données publiques
Les données publiques permettent de vérifier :
- la définition des deux scénarios ;
- les sorties agrégées de 156 et 699 milliards ;
- le poids de 8,2 % des dépôts retail à vue ;
- les 13 banques au seuil de LCR ;
- les 9 banques contraintes par le collatéral ;
- l’absence de banque au seuil de NSFR ;
- les ordres de grandeur des ratios agrégés ;
- le canal de rentabilité ;
- les différences entre modèles économiques ;
- la baisse de l’excès de liquidité depuis 2024.
Elles permettent aussi de construire une analyse de sensibilité publique pour les groupes bancaires publiant assez de données :
- choc de 1 %, 3 %, 5 % ou 8,2 % des dépôts retail à vue ;
- réserves et cash ;
- HQLA ;
- LCR ;
- NSFR ;
- ratio crédits sur dépôts ;
- financement de marché ;
- actifs non grevés.
Les données confidentielles ferment la réplication exacte
Les données publiques ne permettent pas de retrouver :
- la distribution exacte des dépôts par personne ;
- les déposants présents dans plusieurs banques ;
- les cibles internes de liquidité ;
- le collatéral mobilisable au jour du choc ;
- les coûts individuels de refinancement ;
- la répartition exacte de la liquidité dans les réseaux mutualistes ;
- l’identité des treize banques.
Toute liste nominative produirait une précision fictive.
L’indicateur l0g pourra mesurer une sensibilité publique. Il ne prétendra pas reproduire le classement confidentiel de la BCE.
La portée exacte du stress test
La BCE démontre une proposition plus limitée et plus intéressante que le slogan rassurant.
Dans son scénario extrême :
- le plafond de 3 000 euros limite le canal euro numérique à 699 milliards ;
- la très grande majorité des banques dispose de réserves ou de collatéral ;
- le bilan de l’Eurosystème peut remplacer une partie du financement perdu ;
- les ratios agrégés restent au-dessus de 100 % ;
- le goulot d’étranglement final concerne neuf petites banques représentant 0,1 % des actifs.
Le test ne démontre pas :
- que 699 milliards seraient sans coût ;
- que les banques conserveraient la même structure de funding ;
- que le crédit resterait identique sur plusieurs années ;
- qu’aucune crise plus large ne pourrait se produire ;
- que le résultat resterait le même avec la liquidité de 2026 ou de 2029.
La variable décisive n’est donc pas seulement le nombre inscrit sur le portefeuille.
Elle est composée de quatre éléments :
plafond, réserves, collatéral, refinancement.
Le plafond détermine la taille maximale du canal. Les trois autres déterminent si les banques peuvent l’absorber.
Prochaine pièce : qui voit le paiement ?
Le troisième volet suit désormais les données : identités, pseudonymes, alias et mécanisme antifraude.
La BCE affirme qu’elle ne pourra pas relier directement les paiements en ligne à une identité et que le mode hors ligne offrira une confidentialité proche du cash. Dans le même temps, les banques resteront soumises aux obligations d’identification, un mécanisme central antifraude produira des scores en temps réel et un service d’alias associera des numéros de téléphone à des comptes numériques.
Notre prochaine question sera donc moins abstraite :
qui connaît l’identité, le montant, la contrepartie et le terminal à chaque étape d’un paiement en euros numériques ?
Sources et méthode
Ce volet repose principalement sur :
- le rapport technique BCE d’octobre 2025 et sa présentation de synthèse ;
- l’annexe méthodologique DRDEPO et bilan bancaire ;
- les travaux BCE Central bank digital currency and bank intermediation, Know your holding limits et Digital euro safeguards ;
- le papier Bundesbank de court terme et le papier de long terme publié en juillet 2026 ;
- le Working Paper 1280 de la BIS et la synthèse du FMI ;
- les données BCE sur la liquidité au premier trimestre 2024, la liquidité quotidienne en août 2026 et les ratios prudentiels du premier trimestre 2026.
Les valeurs lues directement dans les graphiques officiels sont identifiées comme telles. Les analyses Bundesbank représentent les vues de leurs auteurs et non nécessairement celles de l’institution. Aucune banque n’est identifiée à partir d’informations confidentielles.
Cet article ne constitue en aucun cas un conseil en investissement.
// historique des révisions
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- révision
Les corrections substantielles suivent la politique de correction et sont consignées dans le changelog éditorial.
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